Misinformation Monitor : Août 2020

Bienvenue dans le “Misinformation Monitor” de NewsGuard, une newsletter qui suit l’évolution de la mésinformation avec des données exclusives en provenance de cinq pays.
Par Gabby Deutch
Traduit par Chine Labbé


L’histoire principale…  Le mouvement anti-masques gagne en popularité, et devient de plus en plus politique en Europe. 


Mais d’abord, un quiz:

1. Quel site a inventé et publié la fausse allégation selon laquelle Kamala Harris, ancienne candidate à la présidentielle américaine et désormais colistière du candidat démocrate Joe Biden, n’était pas éligible comme présidente car ses parents sont des immigrés?
a.
En-volve.com, un site conservateur de mésinformation dont la page Facebook a plus de 675.000 followers.
b. TheGatewayPundit.com, un site conservateur très populaire qui a relayé plusieurs théories du complot, notamment celle selon laquelle les lycéens s’étant prononcés en faveur d’un contrôle plus strict des armes après la fusillade de février 2018 au lycée de Parkland, en Floride, avaient mis en scène leur réaction. 
c. OneWorld.press, un site de propagande russe identifié par le département d’Etat américain comme interférant dans les affaires politiques américaines. 

2. Quel site de mésinformation a récemment été partagé par un sénateur français sur Twitter, avant que ce dernier retire son tweet et reconnaisse son erreur? 
a.
Wikistrike.com, un site qui publie régulièrement des théories du complot, notamment sur la santé. 
b. Qactus.fr, un site géré de manière anonyme qui relaie des intox liées à QAnon, un mouvement complotiste de droite né aux Etats-Unis. 
c. Patriote.info, un site faisant la promotion d’idées nationalistes et d’extrême droite.

3. Quelle personnalité politique européenne a refusé de porter un masque lors d’une réunion en juillet, minimisant le danger posé par le coronavirus?  
a.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson.
b. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, principal parti français d’extrême droite.
c. Matteo Salvini, le leader du parti de droite italien La Ligue. 

Rendez-vous à la fin de la section suivante pour les réponses.


En Europe, le mouvement anti-masques a commencé sur des sites de mésinformation peu connus du grand public. Voici comment il est devenu populaire. 

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Le 2 août, le compte Twitter pro-Gilets jaunes @91Gilets a posté une photo d’un masque sur lequel était écrit : “Quand la tyrannie devient la loi, la RÉSISTANCE devient un devoir”.

Aux Etats-Unis, le débat anti-masques oppose liberté et choix individuels à contrôle gouvernemental et règles imposées par les autorités. Ces derniers mois, des arguments du même acabit ont commencé à émerger en Europe, notamment en Allemagne où ce mouvement est particulièrement visible. Une manifestation anti-masques a rassemblé 20.000 personnes en août à Berlin — et a donné un nouveau souffle aux théories du complot anti-masques et à la désinformation qui grossit depuis plusieurs mois en ligne sur le sujet.  

  • La manifestation allemande était organisée par Querdenken 711, une initiative qui semble être connectée à Querfront, un nouveau mouvement nationaliste qui rassemble des personnes radicales de droite et de gauche ainsi que des théoriciens du complot qui ont en commun de s’opposer au gouvernement en place et à ses réponses à la pandémie de coronavirus.
  • Le nom de la manifestation — “La fin de la pandémie — Le Jour de Liberté”  — faisait explicitement référence à un film de propagande nazie appelé “Le Jour de Liberté”, réalisé en 1935 par Leni Riefenstahl.
  • Même si 20.000 manifestants non-masqués ont participé à ce rassemblement en pleine pandémie, certains observateurs italiens ont assuré à tort sur Twitter que le rassemblement était en fait beaucoup plus grand. Un tweet populaire montrait une photo d’un événement à Zurich, en Suisse, accompagnée de la légende : “Berlin aujourd’hui”. Un autre reprenait une photo prise à Berlin, mais en 1999. 

Dans le détail : Avant même que les premières règles sur le port du masque soient entrées en vigueur en avril 2020, certains sites obscurs avaient posé les premières bases de l’idéologie anti-masques, en publiant des allégations pseudoscientifiques que les militants anti-masques ont par la suite citées comme des “preuves” de la dangerosité des règles imposant le port du masque, et de leur atteinte aux droits individuels.

  • Un article de janvier 2020 publié sur le site français Cogiito.com, évalué Rouge par NewsGuard (c’est-à-dire globalement peu fiable) affirmait : les “Masques N95 (sont) INUTILES, le coronavirus pénètre dans le corps par les yeux”. 
  • Le site allemand Politaia.org, évalué Rouge par NewsGuard, a écrit en février : “la fonction protectrice des masques est non seulement controversée, mais pratiquement rejetée”.
  • En Italie, les sites de mésinformation ont fait avancer la fausse allégation selon laquelle les masques sont pire que la pandémie elle-même, avec de nombreux articles citant le travail d’un chercheur controversé appelé Stefano Montanari, dont le site personnel – évalué Rouge par NewsGuard – publie fréquemment de fausses allégations sur la santé.
  • Des comptes pro-QAnon sur les réseaux sociaux en Italie et en France se sont aussi joints à cette conversation anti-masques, en appelant leurs abonnés à pratiquer la “désobéissance civile” et à ne pas porter de masques. Le 14 juillet, le compte Twitter @QAnonFrance a retweeté l’annonce du president Emmanuel Macron sur le port du masque obligatoire dans les lieux clos, avec ce message : “La Dictature en Marche. On se réveille pour de bon? Ou on laisse mijoter encore un peu, pour que les gens comprennent enfin qu’on dérive vers un système totalitaire? Il va falloir se bouger sérieusement, là”.

La propagande anti-masques s’est adaptée à différentes idéologies politiques en Europe. 

  • Un article de juillet 2020 publié sur le site d’extrême droite RiposteLaique.com s’est ainsi appuyé sur un argument xénophobe pour marquer son opposition aux masques : “On arrive à convaincre des Français abrutis de la nécessité de porter un masque pour faire leurs courses, comme on arrive à leur expliquer que l’immigration est toujours une chance pour la France”.
  • Le 2 août 2020, un compte Twitter pro-Gilets jaunes a tweeté une photo d’un masque sur lequel est écrit :  “Quand la tyrannie devient la loi, la RÉSISTANCE devient un devoir”.
  • La députée italienne Sara Cunial — qui n’est plus affiliée à aucun parti après qu’elle a été renvoyée du Mouvement anti-système 5 Étoiles l’année dernière — a posté en mai dernier sur Facebook un billet affirmant que les masques peuvent provoquer des crises cardiaques. 
  • En juillet, Matteo Salvini, le leader de La Ligue, parti italien de droite, a assisté à une réunion au Sénat italien minimisant les risques du virus – le tout sans porter de masque, malgré un rappel à l’ordre. Une semaine plus tard, il est revenu sur sa position, en assurant au site d’actualité SkyTg24 : “Les masques doivent être utilisés quand cela est nécessaire”. 

Pourquoi c’est important : La pseudoscience anti-masques promue par des sites de mésinformation en Europe a rapidement été reprise par des théoriciens du complot. Mais ils ont désormais été rejoints par des activistes politiques, qui y voient une bataille pour leur liberté. C’est un message convaincant, et qui n’est pas prêt de perdre en popularité. 


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REPONSES AU QUIZ:

  1. (a) En-volve.com, un site d’actualité crée en 2016 pour soutenir la campagne présidentielle de Donald Trump, a publié un article à l’été 2019  — au moment où la campagne démocrate pour la présidentielle commençait tout juste — affirmant : “le certificat de naissance de Kamala Harris la disqualifie pour la présidence”. 
  2. (a) En juin, le sénateur Les Républicains Alain Houpert a partagé sur Twitter – où il a 19.000 abonnés – un article du site Wikistrike.com, évalué Rouge par NewsGuard. L’article, qu’il a par la suite supprimé, reconnaissant qu’il relayait une fausse information, affirmait à tort que le gouvernement français avait secrètement installé son application StopCovid sur les smartphones des Français. 
  3. (c) Matteo Salvini n’a pas porté de masque lors d’une réunion au Sénat italien le mois dernier, mais il a par la suite changé de position, et une semaine plus tard, il a appelé tous les Italiens à porter des masques. 

Pendant ce temps, aux Etats-Unis… 

Des professionnels de la politique créent des sites “d’actualité” locaux pour transmettre des éléments de propagande partisane à leurs potentiels électeurs. Et de nouvelles données montrent que c’est une stratégie gagnante. 

Le nombre total d’engagements sur les réseaux sociaux générés par les articles de l’Arizona Mirror, d’Alpha News, et du Tennessee Star était plus important dans la première moitié de 2020 que pour tout 2019. Quant aux intéractions avec les articles de Up North News, un site créé en décembre 2019, elles ont fortement augmenté entre janvier et juin. (NewsGuard avec NewsWhip)

Des centaines de sites qui se présentent comme des sites d’actualité locale sont en réalité financés par des organisations politiques qui cherchent à atteindre davantage d’électeurs en se faisant passer pour ce qu’ils ne sont pas. Une analyse de quatre de ces sites, évalués Rouge par NewsGuard car généralement peu fiables — deux sites progressistes, le Arizona Mirror et Up North News (Wisconsin), et les sites conservateurs Tennessee Star et Alpha News (Minnesota) — montre que ça marche. 

Ces quatre sites ont gagné en popularité en 2020. L’Arizona Mirror, Alpha News, et le Tennessee Star ont généré plus d’engagements sur les réseaux sociaux (likes, partages, et commentaires sur Facebook, Twitter et Pinterest) dans la première moitié de 2020 que sur toute l’année 2019. Up North News n’existait pas jusqu’en décembre dernier, mais de janvier à juin, l’engagement que ce site a généré sur les réseaux sociaux a été multiplié par dix. (NewsGuard a pu compiler ces données grâce à NewsWhip et CrowdTangle, deux outils d’analyse des réseaux sociaux). 

Qui lit ces articles? Les articles de ces quatre sites financés par des groupes politiques sont souvent repris par des hommes et femmes politiques sur Facebook, où ces billets positifs servent en quelque sorte de messages de campagne. 

  •  Tricia Zunker, membre d’un conseil scolaire du Wisconsin et candidate démocrate au Congrès, a partagé sur Facebook un article de Up North News critiquant son opposant républicain pour ses prises de position sur la pandémie de coronavirus. Up North News fait partie de Courier Newsroom, un réseau de sites de gauche qui utilise des publicités Facebook pour faire avancer ses articles pro-démocrates auprès des électeurs, et qui est financé par l’association progressiste Acronym.
  •  Jason Lewis (Minnesota), un ancien membre du Congrès désormais candidat pour remplacer la sénatrice démocrate Tina Smith, a partagé de nombreux articles d’Alpha News attaquant les démocrates et leurs politiques libérales dans le Minnesota. Alpha News n’indique pas qu’il a été créé par le directeur exécutif du Minnesota Freedom Club, un lobby conservateur.
  • Mark Kelly, un astronaute démocrate candidat au Sénat en Arizona a partagé de nombreux articles de l’Arizona Mirror sur l’immigration et d’autres sujets au coeur de sa campagne. AZMirror.com fait partie de States Newsroom, un réseau de sites lié au fond  Hopewell, une association progressiste.
  • En juillet, la sénatrice républicaine du Tennessee Marsha Blackburn a partagé un article du Tennessee Star la citant en longueur, et reliant les récentes manifestations du mouvement Black Lives Matter (“Les Vies Noires Comptent”) à une augmentation du nombre de cas de COVID-19. Le Tennessee Star a été créé par d’anciens activistes du Tea Party.

Pourquoi c’est important : Ces sites internet sont perçus comme une méthode nouvelle et discrète de s’adresser aux électeurs, à un moment ou médias, chercheurs et politiques surveillent au plus près la propagation de fausses informations en ligne.  Les électeurs et les plateformes de réseaux sociaux commencent à s’en apercevoir : plus tôt ce mois-ci, Facebook a annoncé la mise en place de nouvelles mesures pour s’attaquer à ces sites. Mais il est clair que ces nouveaux projets ont un impact — et remplissent un vide laissé par la fermeture de nombreuses sources légitimes d’actualité locale aux Etats-Unis.  


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