Misinformation Monitor: Juin 2020

Bienvenue dans le “Misinformation Monitor” de NewsGuard, notre newsletter qui suit l’évolution de la mésinformation avec des données exclusives en provenance de cinq pays.
Par Gabby Deutch
Traduit par Chine Labbé


L’histoire principale… Sur internet, le vaccin contre le COVID-19 est condamné avant même d’exister 


Mais d’abord, un quiz:

1. Quel auteur à succès a partagé sur son site personnel une vidéo de 3 heures de David Icke, un complotiste britannique dont la page Facebook a été supprimée pour avoir publié de “fausses informations sur la santé pouvant causer des dommages physiques” ?
a)
J.K. Rowling
b) Alice Walker
c) Marc Lévy
d) Michel Houellebecq

2.  Quel site peu fiable français a récemment publié un dessin représentant Bill Gates, seringue à la main, déclarant, en anglais, “Votre corps, mon choix” ?
a) 
LeLibrePenseur.org
b) French.PressTV.com
c) Wikistrike.com
d) Voltairenet.org

3. Quel pays a le plus grand pourcentage de personnes en désaccord avec l’idée que les vaccins sont sûrs ?
a) 
Les Etats-Unis
b) La Russie
c) La France
d) La Chine

Rendez-vous à la fin de la section suivante pour les réponses.


Le vaccin contre le COVID-19 n’existe pas encore. Mais cela n’empêche pas les anti-vaccins d’affirmer qu’il ne marchera pas.  

Le site du Children’s Health Defense de Robert F. Kennedy Jr. est noté Rouge par NewsGuard, ce qui signifie qu’il est globalement peu fiable.

Alors que les scientifiques progressent dans l’élaboration d’un vaccin, les opposants aux vaccins dans le monde entier affirment déjà qu’il sera inefficace et dangereux.

  • Robert F. Kennedy, Jr., neveu de l’ancien président John F. Kennedy, et activiste anti-vaccins de premier plan aux Etats-Unis, a déclaré à NewsGuard dans une interview : “Si un vaccin était créé et qu’il faisait vraiment ce que les gens pensent, et ce que ses soutiens suggèrent qu’il fera, alors on le soutiendrait sans restriction aucune”.
    • Sa fondation Children’s Health Defense assure qu’elle soutiendrait les vaccins s’ils étaient mieux testés. Mais elle s’oppose actuellement à tous les vaccins existant.
    • La raison? Children’s Health Defense affirme de manière erronée que la sûreté des vaccins n’est pas testée. Pourtant, le développement d’un vaccin est en général soumis à trois phases de test, et lors de la troisième phase  — qui teste l’efficacité du vaccin contre un placebo, sur des milliers de personnes —  on vérifie “l’efficacité et la sûreté” des vaccins, comme l’explique le site des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).
    • D’après Robert F. Kennedy, “en phase 3, on étudie seulement l’efficacité, et pas la sûreté” des vaccins. Mais c’est faux. Robert F. Kennedy affirme par ailleurs qu’aucun des vaccins pour enfants “n’a été testé contre un placebo pour vérifier sa sûreté”, ce qui est également faux.
    • Montrez-moi “un vaccin dont la sûreté a été testée, qui a été testé contre un placebo, et qui (…) pourrait éviter plus de mal qu’il n’en cause — il me semble que c’est un standard assez simple”, a-t-il dit à NewsGuard. Or il s’agit bien là du standard utilisé en la matière par la Food and Drug Administration (FDA), l’organisation américaine qui régule et approuve les vaccins.
    • “C’est la même dynamique que pour le scandale pédophile au sein de l’Eglise catholique”, dit Robert F. Kennedy au sujet de ceux qui s’opposent aux vaccins, suggérant ainsi que les activistes anti-vaccins diffusent des messages impopulaires mais bien réels, au même titre que les lanceurs d’alerte qui ont révélé des abus sexuels au sein de l’Eglise catholique.
  • En France, plusieurs sites peu fiables ont mis en garde contre un vaccin qui pourrait, d’après eux, tuer plus de personnes que le COVID-19 — un site a ainsi déformé une citation de Bill Gates pour faire avancer cette théorie, tandis qu’un autre reprenait la vidéo Plandemic, qui est truffée de théories du complot.
  • L’Italie, l’Allemagne et la France ont vu se propager la fausse information selon laquelle ceux ayant reçu le vaccin contre la grippe saisonnière courent un risque plus élevé de contracter le COVID-19, bien qu’aucune preuve ne permette de soutenir cette affirmation.
    • Dans ces trois pays, le nombre de vaccins obligatoires a augmenté ces dernières années, parallèlement à l’accroissement du scepticisme envers les vaccins. Une récente campagne allemande pourrait être révélatrice : le pays a rendu le vaccin contre la rougeole obligatoire en mars, au moment même où le nombre de cas de coronavirus explosait en Europe. Un groupe de parents a intenté une action en justice contre la nouvelle règle, affirmant “ne pas s’opposer aux vaccinations en elles-mêmes, mais au caractère obligatoire de la loi”, comme l’a rapporté la chaîne d’information Taggesschau. Leur indignationpourrait être un signe de ce qui nous attend : les gouvernements du monde entier veulent en effet s’assurer qu’un maximum de personnes puissent être vaccinées contre le COVID-19 quand un vaccin sera disponible. 
  • Des sondages montrent qu’un nombre important de personnes disent qu’elles ne se vaccineront pas contre le COVID-19 quand un vaccin sera disponible.

Pourquoi c’est important : Alors que la pandémie se transforme et modifie nos vies, les fausses informations elles aussi se transforment et s’adaptent à la nouvelle réalité. Et les résultats de ces sondages montrent que les gens continuent à prendre au sérieux des allégations clairement fausses — malgré le manque criant de preuves.


NewsGuard fournit une solution humaine à la mésinformation en évaluant la fiabilité des sites d’information et d’actualité. Nos évaluations, qui s’appuient sur neuf critères journalistiques objectifs, attribuent à chaque site un score de zéro à 100 – ainsi qu’une icône correspondante qui est soit Verte (si le site est globalement fiable), soit Rouge (si le site est globalement peu fiable) – donnant ainsi davantage de contexte aux internautes sur ce qu’ils lisent en ligne. Inscrivez-vous ci-dessous pour recevoir cette newsletter par email.

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

REPONSES AU QUIZ:

  1. (b) Alice Walker, l’auteure de La Couleur Pourpre, lauréate du Prix Pulitzer, a posté une vidéo de David Icke liant la pandémie de COVID-19 aux Juifs, comme l’a rapporté Le Monde.
  2. (a)  LeLibrePenseur.org, un site qui publie souvent de fausses allégations sur la santé, a publié ce dessin en illustration d’un article intitulé “Le double objectif de la crise du coronavirus : vaccination et récession”.
  3. (b) La France est le plus où le plus grand pourcentage de personnes ne sont pas d’accord avec l’idée selon laquelle les vaccins sont sûrs. Une personne sur trois estime que les vaccins ne sont pas sûrs, d’après une étude réalisée en 2018 par Gallup, et financée par Wellcome, une association britannique de santé publique.

Des sites peu fiables en Europe répandent des mensonges pour affirmer que les gouvernements mettent en péril la vie privée et la liberté des citoyens dans leur lutte contre le COVID-19

WikiStrike.com est l’un des sites français qui a relayé l’intox de LumiereSurGaia.com sur
l’application de traçage StopCovid.

Les Etats-Unis et l’Europe ont commencé à entamer leur processus de déconfinement. Et dans le même temps, les théories du complot ont évolué, et concernent moins la maladie elle-même, que d’autres aspects de la pandémie. 

En France et en Italie, les sites d’intox ont ainsi commencé à propager de fausses informations sur les applications de traçage développées pour suivre la propagation du virus, en mettant en garde contre une prétendue installation automatique de celles-ci sur les téléphones de tous les citoyens. 

Cette affirmation est fausse. Elle s’appuie sur une confusion née autour d’un outil technologique développé par Apple et Google qui permet aux gouvernements qui le souhaitent de s’appuyer sur cette solution pour construire leur propre application de traçage en accédant aux données Bluetooth des smartphones. Mais les gouvernements peuvent seulement accéder à ces données avec le consentement explicite des personnes concernées, si celles-ci téléchargent l’application.  

  • En France, le site LumiereSurGaia.com, évalué Rouge par NewsGuard, et qui a publié de nombreuses intox et fausses informations sur des sujets allant des OVNIS à l’environnement, a été le premier à publier cette fausse information. Il a aussi publié un guide expliquant comment désinstaller l’application française, avant même son lancement par les autorités.
    • L’article a rapidement été repris sur les sites ReseauInternational.net et WikiStrike.com, deux sites considérés comme peu fiables et notés Rouge par NewsGuard. Ces trois sites figurent parmi les sites d’intox les plus populaires en France.
    • Sur chaque site, cet article, consacré à la manière de désinstaller l’application de traçage du gouvernement, est l’article ayant suscité le plus d’engagement sur les réseaux sociaux sur le mois — ce qui signifie que ce texte a généré plus de likes, commentaires et partages sur Twitter et Facebook que tous les autres contenus publiés, selon la société d’analyse des réseaux sociaux NewsWhip.
    • Le sénateur Les Républicains Alain Houpert a même partagé l’article de WikiStrike auprès de ses 19.000 followers sur Twitter dans un tweet qu’il a depuis supprimé(Il a par la suite reconnu sur Twitter avoir relayé une fausse information).
    • En réalité : La France n’utilise pas l’outil développé par Google et Apple, et a choisi de construire son app StopCovid par ses propres moyens uniquement. 
  • Le site italien ViralMagazine.it, évalué Rouge par NewsGuard, a partagé une variation de cette intox le 26 avril. “La Chine a d’abord créé le coronavirus dans un laboratoire et l’a diffusé dans le monde entier”, écrit alors le site, en référence à une théorie populaire sur les origines du virus. Et d’ajouter : “et maintenant, la Chine a créé l’application Immuni, et le gouvernement italien veut que nous l’installions”. ViralMagazine.it a finalement retiré cet article du site après la publication, par NewsGuard, d’un rapport mettant en avant certaines fausses informations diffusées par le site. En réalité, l’application de traçage italienne Immuni a été créée par Bending Spoon, une société implantée à Milan. NUO Capital, une société italienne qui fonctionne grâce à du capital chinois, ne possède que 2% de ses actions.
    • En mai, ByoBlu.com, un site évalué Rouge par NewsGuard, affirme que Google a installé automatiquement une application de traçage sur les smartphones des gens sans qu’ils le sachent. Mais ça n’est pas vrai. Contrairement à ce que la vidéo affirme, ce service, fourni par Google, doit être activé par les utilisateurs en installant l’app italienne Immuni sur leur téléphone. Bien que le gouvernement recommande fortement l’utilisation de cette application, les citoyens ne sont pas obligés de la télécharger. 

Pourquoi c’est important : Malgré ces théories du complot, plus de 500.000 Italiens ont téléchargé l’application de traçage Immuni le jour de sa mise à disposition, début juin. Plus de 1,4 millions de personnes ont téléchargé l’application française StopCovid durant la première semaine suivant sa mise à disposition. De nombreuses personnes téléchargent volontairement ces apps pour aider à contenir la propagation du virus. Mais ces gouvernements ont besoin de millions de téléchargements supplémentaires pour que ces apps soient véritablement efficaces. 


Les sites d’intox établissent un lien entre George Soros et diverses manifestations depuis que le mouvement Black Lives Matter a pris de l’ampleur, en 2014

La popularité relative de l’expression “manifestants payés” (paid protestors) dans les recherches Google au fil du temps. Des pics apparaissent : en mars 2016, quand une petite annonce satirique sur Craigslist affirme que des gens peuvent être payés pour manifester contre Donald Trump, alors candidat à l’élection présidentielle américaine; en novembre 2016, lors de l’élection présidentielle; et enfin en mai 2020, quand les manifestations contre le racisme et les violences policières aux Etats-Unis commencent, après la mort de George Floyd. 

Les manifestations contre les violences policières ont gagné l’ensemble du pays, et dans le même temps, un refrain fréquent visant à les discréditer s’est imposé.  

L’idée que des manifestants ont été payés pour prendre part aux cortèges permet à ses opposants de disqualifier les manifestations et leur message comme inauthentiques, en avançant que ceux qui y participent ne sont pas motivés par des raisons morales ou idéologiques, mais financières. 

Cela n’est pas nouveau. La dernière itération de ce discours montre simplement comment celui-ci a évolué ces dernières années, au fil des mouvement sociaux. Nous avons remonté la piste de ce terme, et l’avons relié, dans de nombreux cas, à des sites évalués Rouge par NewsGuard 

Août 2014 : Des manifestations ont lieu à Ferguson, dans le Missouri, après que la police a tué le jeune Noir Michael Brown. 

Avec l’amplification du mouvement “Black Lives Matter” (“Les Vies Noires Comptent”), George Soros est accusé de financer des émeutiers à Ferguson, et de financer le mouvement dans son ensemble via un paiement de 33 millions de dollars. Ses fondations Open Society ont en effet donné de l’argent à plusieurs organisations de Ferguson. Mais nombre d’entre elles ont reçu ces financements avant que les manifestations démarrent, et sans qu’il y ait forcément de lien avec celles-ci.

Des sites d’intox comme Your NewsWire.com, un site évalué Rouge par NewsGuard car il relaie de fausses informations (et désormais connu sous le nom de News Punch), continuera pendant des années à affirmer que le mouvement a été “produit par George Soros”. 

Janvier 2017 : Des Marches des Femmes sont organisées partout aux Etats-Unis en réponse à  l’inauguration du président Donald Trump.

George Soros est accusé de financer ces manifestations en raison de donations effectuées par le passé à des organisations impliquées dans ces Marches, comme le Planning Familial.

Un blog conservateur américain évalué Rouge par NewsGuard écrit que “les médias de gauche et les commentateurs démocrates dénaturent les marches du week-end dernier en les présentant comme un mouvement de terrain. En les entendant, on croirait que les participants sont des citoyens sincères, spontanés, et inquiets. Mais si certains sont bien authentiques, la plupart sont des larbins payés”, ajoute le site. 

Août 2017 : La Manifestation “Unite the Right” est organisée par des suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie. 

Des sites peu fiables se demandent si les contre-manifestants qui défilent en opposition à la droite alternative (alt-right) sont bien réels. Le site ZeroHedge.com, évalué Rouge par NewsGuard, renvoie vers une petite annonce sur Craigslist proposant de “louer des foules” comme une preuve de leur inauthenticité. Mais cette petite annonce vise en fait à embaucher des acteurs et des photographes à Charlotte, en Caroline du Nord, et non pas à Charlottesville, en Virginie.

Février 2018 : La tuerie de masse d’un lycée de Parkland, en Floride, entraîne des manifestations pour le contrôle des armes à feu sur des campus dans tout le pays.

De fausses accusations affirment que les activistes de Parkland sont des “acteurs de crise” qui n’étaient pas au lycée pendant la fusillade et qui ont été engagés – par des démocrates ou par d’autres — pour que cette tragédie serve à promouvoir des politiques anti-armes. Alex Jones du site InfoWars avait déjà fait des allégations similaires concernant la fusillade de Sandy Hook en 2012.

George Soros est connecté à cette crise, via des preuves bien maigres. David A. Clarke, ex-sheriff de Milwaukee et commentateur conservateur, tweete : “L’effort très bien ORGANISE des lycéens de Floride pour demander le contrôle des armes est couvert des EMPREINTES DE GEORGE SOROS”. 

Octobre 2018 : Une caravane de migrants en provenance d’Amérique centrale se rapproche de la frontière américaine pour demander l’asile. 

Même sans manifestation, les colporteurs de fausses informations invoquent George Soros, en affirmant qu’il a financé le groupe de migrants, dont il est dit — sans preuve — qu’il pose un danger pour les Etats-Unis. Des sites évalués Rouge par NewsGuard, comme PacificPundit.com et PuppetStringNews.com relaient cette allégation comme s’il s’agissait d’un fait, malgré le démenti des Fondations Open Society de George Soros.

Mai – juin 2020 : Des manifestations contre les violences policières secouent le pays après la mort de George Floyd. 

Des posts sur Facebook accusent à tort George Floyd d’être un “acteur de crise”, affirmant qu’il n’est pas mort et qu’il était présent à ses propres funérailles.

Le site The Conservative Treehouse, évalué Rouge par NewsGuard, est le premier à relayer une théorie du complot selon laquelle un homme de 75 ans de Buffalo, New York, gravement blessé quand la police l’a poussé au sol, n’est pas un simple manifestant, mais un antifasciste. Le site Natural News, connu pour diffuser de nombreuses fausses informations, accuse l’homme – à tort – d’être un “acteur de crise” et un “agitateur professionnel”. Le président Donald Trump donne de l’écho à ces accusations sur Twitter après avoir vu un compte rendu de cette histoire sur One America News, une chaîne de droite qui fait la promotion de théories du complot.

La commentatrice conservatrice Candace Owens tweete que “le démocrate George Soros est le sponsor de ces voyous”, en référence aux manifestants de Minneapolis. 


Vous pouvez lire la version anglaise de cette newsletter ici

Téléchargez NewsGuard


Installez notre extension de navigateur pour voir les icônes de NewsGuard dans vos résultats de recherches sur vos moteurs de recherche et dans vos flux Facebook, Twitter et LinkedIn sur votre ordinateur. Téléchargez notre nouvelle application mobile, disponible sur iOS et Android


This image has an empty alt attribute; its file name is DtAwE9lr5RJq30LN-hab7mQU6SD_mE7SHpllAJNVDzOGyYuCYNinJCjD5rXkW1_WB9cziviu8BOLi1P6EIp7IudxXjOau7-EuM372IvA4CCyboM7CCFMd7FzDy6dMICEOpLImxhHxZdreAXYmxYeIyXGblGt7dbO_VA=s0-d-e1-ft