Rapport : Les Mythes sur les vaccins contre le COVID-19

Les mythes les plus populaires en ligne sur les vaccins contre le COVID-19 

par John Gregory

Kendrick McDonald et Chine Labbé ont aussi contribué à ce rapport.

Les scientifiques et les chercheurs ont réussi à produire des vaccins contre le COVID-19. Des candidats-vaccins ont récemment été approuvés dans certains pays, et sont en passe de l’être dans d’autres. Pourtant, les fausses informations sur la sûreté et les effets secondaires des vaccins à venir menacent déjà son déploiement. Dans ce rapport, nous cataloguons les intox les plus populaires sur les vaccins contre le COVID-19, telles qu’elles sont apparues dans les évaluations, par NewsGuard, de plus de 6.000 sites d’actualité et d’information dans le monde.

  1. MYTHE : Les vaccins à ARNm développés contre le COVID-19 vont modifier l’ADN humain. 
  2. MYTHE : Les vaccins contre le COVID-19 ne sont pas testés contre un placebo dans des essais cliniques.
  3. MYTHE : Le vaccin contre le COVID-19 s’appuiera sur une technologie de surveillance via des micropuces créée par des travaux de recherche financés par Bill Gates. 
  4. MYTHE : Anthony Fauci va s’enrichir personnellement grâce au vaccin contre le COVID-19.
  5. MYTHE : Une nouvelle loi dans l’Etat du Colorado, aux Etats-Unis, forcera les parents à scolariser leurs enfants dans un programme d’éducation gouvernemental s’ils refusent de les faire vacciner contre le COVID-19.
  6. MYTHE : Il est prouvé que le vaccin contre le COVID-19 a rendu infertiles 97% des personnes vaccinées. 
  7. MYTHE : Les vaccins contre le COVID-19 contiendront des cellules de foetus humains avortés.
  8. MYTHE : Le vaccin contre le COVID-19 développé par l’Université d’Oxford et AstraZeneca transformera les Hommes en singes.
  9. MYTHE : Aux Etats-Unis, les bons alimentaires seront refusés aux personnes qui refusent de se faire vacciner contre le COVID-19. 
  10. MYTHE : L’autorité britannique de réglementation du marché des dispositifs médicaux (MHRA, Medicines and Healthcare products regulatory agency) utilisera l’intelligence artificielle pour surveiller la sûreté des vaccins contre le COVID-19 parce qu’elle sait que ces vaccins sont très dangereux. 
  11. MYTHE : Un document publié sur le site de la FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, montre que deux participants à un essai clinique pour un vaccin contre le COVID-19 sont morts en raison d’“effets secondaires graves”.
  12. MYTHE : Le virus mute si vite qu’un vaccin ne fonctionnera jamais.



MYTHE : Les vaccins à ARNm développés contre le COVID-19 vont modifier l’ADN humain. 

LES FAITS :

Plusieurs candidats-vaccins contre le COVID-19 s’appuient sur l’acide ribonucléique (ARN) messager, qui porte l’information génétique nécessaire à la fabrication des protéines, selon l’Institut National américain contre le cancer. Ces vaccins donnent l’ordre aux cellules de produire une protéine qui ressemble en partie au virus du COVID-19, déclenchant la réponse immunitaire du corps, et la production d’anticorps. 

Il s’agit d’une nouvelle technologie de vaccin, mais elle ne peut pas modifier l’ADN des personnes vaccinées. “Cela ne peut pas changer votre matériel génétique”, a déclaré à l’Associated Press Dan Culver, pneumologue à la Cleveland Clinic, en septembre 2020. “Le temps de survie de cet ARN dans les cellules est assez bref, il se chiffre en heures. Ce que vous faites, c’est que vous introduisez dans la cellule la recette d’une protéine pour quelques heures”. 




MYTHE : Les vaccins contre le COVID-19 ne sont pas testés contre un placebo dans des essais cliniques. 

LES FAITS :

La phase finale d’un essai clinique pour les candidats-vaccins contre le COVID-19 est la Phase 3, au cours de laquelle le vaccin est administré à des dizaines de milliers de patients. Les chercheurs comparent alors le nombre de patients contaminés par rapport à un groupe distinct de patients qui se sont vu administrer un placebo, afin de déterminer l’efficacité et la sûreté du vaccin. Les 10 vaccins-candidats qui avaient démarré leur Phase 3 au 3 novembre 2020 étaient tous testés contre un placebo, selon l’Organisation mondiale de la Santé




MYTHE : Le vaccin contre le COVID-19 s’appuiera sur une technologie de surveillance via des micropuces créée par des travaux de recherche financés par Bill Gates.

LES FAITS :

Il n’existe aucun vaccin – contre le COVID-19 ou contre une autre maladie – qui dispose de micropuces ou d’autres éléments de surveillance. En décembre 2019, des chercheurs du MIT ayant reçu un financement de la Fondation Bill et Melinda Gates ont publié un article sur le développement d’une technologie capable d’enregistrer les informations vaccinales sous la peau d’un patient grâce à une injection semblable à de l’encre pouvant être lue par un smartphone. Toutefois, cette technologie ne peut pas suivre les mouvements d’un patient, comme l’a expliqué à FactCheck.org Kevin McHugh, chercheur en bioingénierie de Rice University ayant travaillé sur cette étude au MIT. La Fondation Gates a par ailleurs indiqué que ces recherches n’avaient aucun rapport avec le COVID-19.

Il est vrai que Bill Gates a déclaré que des “certificats numériques” pourraient être utilisés dans le cadre d’un effort vaccinal, mais il n’existe aucune preuve que lui ou sa fondation aient créé une technologie capable de surveiller les personnes vaccinées contre le COVID. Des certificats numériques sont utilisés pour envoyer des information cryptées en ligne, et la Fondation Bill et Melinda Gates a déclaré à Reuters : “La référence à des certificats numériques renvoie à des efforts visant à créer une plateforme numérique open source dans le but d’étendre l’accès à un test à domicile qui soit sécurisé”. 

Bill Gates a lui-même démenti ces allégations lors d’une interview sur CBS News le 22 juillet 2020. “Il n’y a aucun lien entre ces vaccins et une quelconque surveillance. Je ne sais pas d’où vient cette idée,” a-t-il dit. 




MYTHE : Anthony Fauci va s’enrichir personnellement grâce au vaccin contre le COVID-19.

LES FAITS :

Il n’existe aucune preuve qu’Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses aux Etats-Unis (NIAID), ait un quelconque intérêt personnel financier dans les vaccins qui sont en cours de développement contre le COVID-19. L’agence dirigée par Anthony Fauci travaille avec la compagnie pharmaceutique Moderna sur un potentiel vaccin — un des 202 vaccins en cours de développement actuellement, selon l’Organisation Mondiale de la Santé – mais PolitiFact n’a trouvé aucune trace d’une relation financière ou commerciale entre Anthony Fauci et Moderna lors d’une recherche effectuée en avril 2020 dans la base de données de la SEC (Securities and Exchange Commission), l’organisme de contrôle des marchés américains. 




MYTHE : Une nouvelle loi dans l’Etat du Colorado, aux Etats-Unis, forcera les parents à scolariser leurs enfants dans un programme d’éducation gouvernemental s’ils refusent de les faire vacciner contre le COVID-19.

LES FAITS :

Le projet de loi sur la vaccination avant l’entrée à l’école, devenu loi dans le Colorado en juin 2020, ne fait aucune référence au COVID-19 ni au vaccin contre le COVID-19. Cette loi renforce la procédure étatique pour obtenir une exemption religieuse ou pour croyances personnelle aux vaccins, et exige des parents qui demandent cette exemption de soumettre un formulaire signé par un professionnel de santé, ou de compléter ce que la loi appelle un “module d’éducation en ligne” sur la science des vaccins, produit par le département de la santé publique et de l’environnement du Colorado. 




MYTHE : Il est prouvé que le vaccin contre le COVID-19 a rendu infertiles 97% des personnes vaccinées. 

LES FAITS :

Cette allégation semble avoir été lancée par le YouTubeur britannique Zed Phoenix. Celui-ci a affirmé qu’une source anonyme au sein de l’entreprise pharmaceutique GlaxoSmithKline lui avait déclaré que 61 des 63 femmes ayant reçu le vaccin contre le COVID-19 étaient devenues infertiles, et qu’un vaccin distinct, à destination des hommes avait “entraîné une diminution de la taille des testicules, une chute des niveaux de testostérone, et une atrophie marquée de la prostate”. 

Les déclarations de  Zed Phoenix sur les effets présumés de ces vaccins semblent reprendre verbatim une étude sans rapport datant de 1989 et émanant de l’Institut national d’immunologie de New Delhi, en Inde, d’après Reuters. Ces travaux de recherche examinaient l’utilisation de vaccins anti-fertilité sur des babouins dans le cadre de discussions sur des options de traitement, à l’avenir, pour des patients humains atteints de cancer, et dont les tumeurs seraient affectées par les hormones de fertilité. Aucun des candidats-vaccins contre le COVID-19 n’est spécifique a un sexe, et aucun n’est lié à la fertilité. 




MYTHE : Les vaccins contre le COVID-19 contiendront des cellules de foetus humains avortés.

LES FAITS :

Certains vaccins pour enfants, notamment ceux protégeant contre la rubéole et la varicelle, ont été conçus à l’aide de cellules issues de foetus avortés il y a plusieurs décennies. D’après un article de juin 2020 publié dans Science magazine, au moins cinq candidats-vaccins contre le COVID-19 utilisent des lignées cellulaires embryonnaires : l’une descend d’un foetus avorté en 1972 et une autre d’un avortement réalisé en 1985. 

Cependant, aucun tissu embryonnaire supplémentaire n’est nécessaire à la production de ces vaccins, y compris ceux qui sont développés contre le COVID-19, et aucun tissu fœtal n’est présent dans ces vaccins. Le Centre catholique national de bioéthique (National Catholic Bioethics Center), aux Etats-Unis, qui consulte le Vatican et les catholiques sur les problèmes d’éthique médicale, et qui s’oppose à l’avortement, a déclaré sur le sujet : “Les cellules dans ces lignées se sont divisées de multiples fois avant d’être utilisées pour la production de vaccins. Après la production, les vaccins sont retirés des lignées cellulaires et purifiés. On ne peut pas exactement dire que les vaccins contiennent une quelconque cellule issue de l’avortement initial”.




MYTHE : Le vaccin contre le COVID-19 développé par l’Université d’Oxford et AstraZeneca transformera les Hommes en singes. 

LES FAITS :

Cette fausse allégation se fonde sur le fait que le vaccin d’Oxford et  AstraZeneca s’appuie sur un adénovirus de chimpanzé modifié, qui doit susciter une réponse immunitaire au virus responsable du COVID-19. D’après le Times of London, cette allégation a été promue via des mèmes et des clips vidéo, dans le cadre d’une campagne de désinformation impliquant des responsables d’agences étatiques russes, ciblant prioritairement des pays où la Russie veut vendre son propre vaccin contre le COVID-19.




MYTHE : Aux Etats-Unis, les bons alimentaires seront refusés aux personnes qui refusent de se faire vacciner contre le COVID-19. 

LES FAITS :

Le site de pseudoscience et à tendance complotiste Natural News a été le premier à écrire que la task force de Joe Biden contre le COVID-19 avait annoncé une telle mesure. Toutefois, cet article s’appuyait sur des informations datées et inexactes. Luciana Borio, qui est membre de cette task force, a contribué à écrire un rapport du Johns Hopkins Center for Health Security en juillet 2020. Ce rapport évoquait les bons alimentaires dans le cadre d’une discussion plus large sur les vaccins contre le COVID-19. En revanche, ce rapport n’a pas été produit par la task force, et il ne recommandait pas de refuser les bons alimentaires aux personnes choisissant de ne pas se faire vacciner contre le COVID-19. Les auteurs principaux de ce rapport ont indiqué, dans une déclaration à FactCheck.org en novembre 2020, qu’ils ne “préconisaient PAS que des outils de soutien social comme ceux-ci soient retenus à aucun moment, en fonction du statut vaccinal d’une personne”. 




MYTHE : L’autorité britannique de réglementation du marché des dispositifs médicaux (MHRA, Medicines and Healthcare products regulatory agency) utilisera l’intelligence artificielle pour surveiller la sûreté des vaccins contre le COVID-19 parce qu’elle sait que ces vaccins sont très dangereux. 

LES FAITS :

L’autorité britannique de réglementation du marché des dispositifs médicaux a en effet accordé un contrat à la compagnie Genpact pour la création d’un outil d’intelligence artificielle chargé de suivre les effets indésirables liés aux vaccins contre le COVID-19. Toutefois, cette agence indique qu’il n’existe aucune preuve pour l’instant de dangers posés par ces vaccins. Par ailleurs, la déclaration d’un effet indésirable ne prouve pas que cette réaction ait été causée par le vaccin.  

Dans une déclaration transmise en novembre 2020 a NewsGuard, la MHRA a déclaré : “Nous avons de nombreuses ressources et technologies pour soutenir le suivi de la sûreté de tout programme de vaccination contre le COVID-19. L’utilisation de l’intelligence artificielle en sera l’un des éléments. Nous prenons toute déclaration sur un effet secondaire présumé très sérieusement, et nous combinons ces déclarations individuelles avec une analyse statistique des dossiers cliniques”.  

Et d’ajouter : “D’après les rapports publiés pour les Phases 1 et 2 des essais cliniques, nous n’anticipons pas pour le moment d’inquiétudes particulières en ce qui concerne la sécurité des vaccins contre le COVID-19. En général, nous prévoyons pour ces vaccins une sécurité similaire à celle d’autres types de vaccins. Un vaccin contre le COVID-19 ne sera déployé qu’une fois qu’il aura été prouvé qu’il est sûr et efficace, au travers d’essais cliniques robustes, et une fois que son utilisation aura été approuvée”.




MYTHE : Un document publié sur le site de la FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, montre que deux participants à un essai clinique pour un vaccin contre le COVID-19 sont morts en raison d’“effets secondaires graves”.

LES FAITS :

Deux personnes sont mortes parmi les 21.000 ayant participé à l’essai clinique pour le vaccin contre le COVID-19 de Pfizer et BioNtech. Mais la FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, n’a attribué aucune de ces morts au vaccin. 

D’après un document de la FDA datant de décembre 2020 qui décrit les circonstances de ces morts, “une personne a subi une crise cardiaque 62 jours après la vaccination numéro 2, et est morte trois jours plus tard. L’autre est morte d’athérosclérose trois jours après sa première vaccination”. Ce document ajoute que, dans le cas de cette seconde mort, le participant à l’essai clinique souffrait d’obésité et d’une athérosclérose pré-existante, c’est-à-dire un rétrécissement des artères.

Quatre autres morts ont été dénombrées parmi les 21.000 participants à l’essai clinique ayant reçu un placebo. Ces morts “représentent les événements qui interviennent dans la population générale, dans les groupes d’âges dans lesquels elles ont eu lieu, à un taux similaire”, souligne la FDA dans ce document. 

Pour déterminer la sûreté du vaccin, l’essai clinique a enregistré les “effets secondaires graves”, qui sont définis par la Bibliothèque américaine de médecine comme tout événement médical qui a pour conséquence la mort, l’hospitalisation, ou qui vient perturber de manière significative les conditions de vie normale. Le document de la FDA indique que parmi les effets secondaires graves rapportés dans le cadre de l’essai clinique Pfizer/BioNTech, seuls deux ont été considérés comme potentiellement liés au vaccin : une blessure de l’épaule et des ganglions lymphatiques enflés, une condition assez commune et en générale bénigne. 




MYTHE : Le virus mute si vite qu’un vaccin ne fonctionnera jamais.

LES FAITS :

Les données disponibles à ce stade suggèrent que le virus responsable du COVID-19 est plutôt stable génétiquement, et mute plutôt doucement. Par exemple, il mute deux fois plus lentement que le virus de la grippe, qui nécessite un nouveau vaccin chaque année, d’après Emma Hodcroft, épidémiologiste moléculaire à l’Université de Bâle, en Suisse, qui est citée dans un article de septembre 2020 dans Nature.  

Le taux de mutation relativement lent du COVID-19 suggère qu’au moins à court terme, un vaccin pourra fonctionner. Trevor Bedford, spécialiste des maladies infectieuses au centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson, à Seattle, a déclaré à Business Insider en novembre 2020 : “il faudra quelques années pour que le virus mute assez pour vraiment faire obstacle à un vaccin”.