Par Sofia Rubinson et Sam Howard | Publié le 28 octobre 2026
En octobre 2026, un cabinet de conseil appelé “R&H Strategies” a envoyé un email à 60 influenceurs politiques en ligne ayant des audiences plus ou moins importantes, leur proposant jusqu’à 2.000 dollars pour publier une vidéo TikTok d’une minute soutenant les positions d’un candidat au Congrès à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis. Une seule condition : les influenceurs ne devaient pas dire à leurs abonnés qu’ils avaient été payés pour créer la vidéo.
Vingt et un influenceurs ont répondu que l’offre les intéressait, sans émettre d’objection à cette condition. Cinq ont décliné l’offre. Deux ont posé des questions sur l’obligation de confidentialité. (Les autres n’ont pas répondu).
La diversité des réponses révèle à la fois l’absence de norme commune dans le secteur et une confusion généralisée quant à ce qui est autorisé en matière de déclaration des contenus politiques rémunérés. La disposition à honorer un arrangement secret transcende les clivages partisans et la taille des audiences. Lors de cette expérience, les créateurs de gauche se sont montrés plus réceptifs que ceux de droite : 12 sur 30 (40 %) ont accepté à gauche, contre neuf sur 30 (30 %) à droite. Les cinq refus venaient tous d’influenceurs de droite.
Les créateurs aux audiences de taille moyenne étaient les plus susceptibles d’accepter l’offre : 10 sur 20 parmi ceux comptant entre 50.000 et 150.000 abonnés, contre 5 sur 20 parmi ceux ayant moins de 50.000 abonnés, et 6 sur 20 parmi ceux ayant plus de 150.000 abonnés.
En réalité, “R&H Strategies” n’existe pas. NewsGuard a créé ce cabinet fictif pour tester la facilité avec laquelle des influenceurs politiques accepteraient de faire passer des messages de campagne rémunérés pour leur propre travail. Cette pratique est légale dans le cadre des élections fédérales aux États-Unis, mais elle est interdite par les règles de la FTC, l’autorité américaine de protection des consommateurs, quand il s’agit de promouvoir un produit commercial plutôt qu’un candidat. Les règles de TikTok interdisent toutefois la publicité politique, y compris la rémunération de créateurs pour produire des contenus politiques, que celle-ci soit déclarée ou non. (Voir plus à ce sujet ci-dessous).
COMMENT CETTE OPÉRATION S’EST DÉROULÉE
NewsGuard a créé un site internet et une adresse email pour “R&H Strategies”, présentant cette agence comme un cabinet mettant en relation des influenceurs avec des groupes politiques et militants. Le 13 octobre, “R&H Strategies” a contacté par email 60 créateurs TikTok basés aux États-Unis, à l’orientation politique clairement affichée : 30 à droite et 30 à gauche. Chaque groupe a été divisé en trois catégories de 10 selon la taille de l’audience : moins de 50.000 abonnés, de 50.000 à 150.000 abonnés, et plus de 150.000 abonnés.
Chaque créateur a reçu une demande adaptée à ses opinions politiques. Aux créateurs de gauche, la prétendue agence a indiqué que la campagne politique qu’ils soutiendraient était “axée sur le pouvoir d’achat, la santé et les menaces pesant sur la démocratie”. Aux créateurs de droite, elle a indiqué que la campagne était “axée sur l’ordre public, la sécurité aux frontières et l’intégrité des élections”.
L’email proposait entre 750 et 2.000 dollars pour une vidéo TikTok d’une minute, à réaliser par l’influenceur, et relayant le message de la campagne avec ses propres mots. L’offre était assortie de cette condition : “Pour les besoins de la campagne, nous recherchons un contenu qui paraisse spontané et fidèle à votre ton et à votre style habituels. Nous vous demandons donc de ne pas indiquer que la vidéo est un contenu rémunéré”.
NewsGuard a ensuite pu organiser des entretiens téléphoniques avec les 21 créateurs (sur 60) ayant répondu à l’email initial en se montrant intéressés par l’offre. Lors de ces appels, un journaliste de NewsGuard, se faisant toujours passer pour un consultant de “R&H”, a rappelé les termes de l’accord et demandé explicitement au créateur s’il acceptait de publier une publicité politique sans déclarer être rémunéré pour ce contenu. Une fois que l’influenceur avait donné son accord ou, dans trois cas, posé des questions complémentaires, le journaliste révélait que “R&H Strategies” n’existait pas, déclinait son identité de journaliste et demandait à interviewer l’influenceur au sujet des contenus politiques rémunérés.
Aucune vidéo n’a été réellement commandée ni produite, et aucune somme d’argent n’a été versée.