Misinformation Monitor

Bienvenue dans le “Misinformation Monitor” de NewsGuard, une newsletter qui suit l’évolution de la mésinformation avec des données exclusives en provenance de cinq pays. NewsGuard fournit une solution humaine à la mésinformation en évaluant la fiabilité des sites d’information et d’actualité. Nos évaluations, qui s’appuient sur neuf critères journalistiques objectifs, attribuent à chaque site un score de zéro à 100 – ainsi qu’une icône correspondante qui est soit Verte (si le site est globalement fiable), soit Rouge (si le site est globalement peu fiable) – donnant ainsi davantage de contexte aux internautes sur ce qu’ils lisent en ligne. Cliquez ici pour recevoir cette newsletter par email ou téléchargez NewsGuard sur votre moteur de recherche.

Par Gabby Deutch 
Traduit par Chine Labbé

L’histoire principale… De nouvelles données montrent la stupéfiante popularité des sites de mésinformation sur les réseaux sociaux

Mais d’abord, un quiz:

1. Quel annonceur fournit le plus de soutien financier à la machine de propagande de Vladimir Poutine ? 

a) Blue Cross Blue Shield (une fédération de sociétés d’assurance-maladie américaines)
b) Disney
c) General Motors
d) Nordstrom

2. Quel pays européen a le plus fort pourcentage de sites Rouges (et donc généralement peu fiables)?

a) Le Royaume-Uni
b) L’Allemagne
c) La France
d) L’Italie

3. Quelle édition internationale de RT, le vecteur de désinformation et de propagande du Kremlin, n’indique pas que le site est financé par le gouvernement russe?

a) RT Etats-Unis
b) RT Allemagne
c) RT France
d) Tous ces sites

Rendez-vous à la fin de la section suivante pour les réponses.


L’INDEX ROUGE DE NEWSGUARD: Plus d’une interaction sur 10 avec l’actualité sur Twitter et Facebook concerne des articles provenant de sites peu fiables

Ce graphique montre les pourcentages d’engagement — “likes”, partages, commentaires — sur Twitter et Facebook avec des articles provenant de sites “douteux”, c’est-à-dire de sites notés Rouge par NewsGuard car ils ne respectent pas des standards de base de crédibilité et de transparence. (Gabby Deutch / Université du Michigan / NewsGuard)

Les sites de mésinformation ont reçu plus de 10% de tous les “likes”, commentaires et partages sur Twitter et Facebook en janvier. En suivant ce que les chercheurs de l’Université du Michigan appellent l’“Index Iffy” (Iffy signifie douteux en anglais) — le pourcentage d’engagement sur les réseaux sociaux avec des liens provenant de sites anglophones douteux, c’est-à-dire de sites notés Rouge par NewsGuard — on se rend compte qu’en moyenne, 12,2% de l’engagement avec les sites anglophones d’actualité sur les deux plus grosses plateformes de réseaux sociaux concerne ces sites peu fiables.

Twitter devance Facebook avec plus de mésinformation partagée en janvier

11,2% des liens partagés sur Twitter chaque jour en janvier provenaient de sites douteux. En moyenne, ce chiffre était de 8.6% sur Facebook. 

  • Ce n’est pas seulement qu’il y a davantage de mésinformation sur Twitter. Elle est également d’une autre nature, avec plus d’articles que nulle part ailleurs provenant de sites politiques américains affiliés à droite. Parmi les sites dont les articles sont souvent partagés sur Twitter mais pas sur Facebook, on peut citer Gateway Pundit — un site américain qui a fait la promotion d’allégations inventées de toutes pièces sur Christine Blasey Ford (qui a accusé le  juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh de l’avoir agressée sexuellement) et sur les survivants de la fusillade de l’école de Parkland (Floride), en février 2018 — qui bat tous les autre sites.
  • Dans le détail : le problème est bien plus large que des personnes qui postent des articles provenant de sites douteux. Les sites douteux génèrent un engagement disproportionné – des commentaires, des “likes”, des partages – par rapport aux textes provenant de sites fiables. Tandis que 11,2% des articles publiés sur Twitter le mois dernier lors d’une journée type provenaient de sites douteux, ces sites représentaient 13,2% de l’engagement sur cette plateforme, ce qui signifie que les contenus douteux génèrent une quantité disproportionnée de “likes”, commentaires et partages. Sur Facebook, en moyenne, 8,6% des articles provenaient de sites douteux — avec 11,2% de l’engagement sur Facebook concernant ces sites douteux. 
  • Pourquoi c’est important : Bien que les géants des réseaux sociaux annoncent sans cesse de nouvelles mesures pour lutter contre la mésinformation, il est difficile de dire que ces mesures fonctionnent si ces sites conservent une popularité si disproportionnée.  

REPONSES AU QUIZ:

  1.  (d) Sur les trois derniers mois, la chaîne de magasins de vêtements Nordstrom était le premier annonceur sur le site SputnikNews.com, devant d’autres marques américaines comme Blue Cross Blue Shield, Disney, et General Motors, lesquelles ont également diffusé des publicités sur le site de propagande russe.  
  2. (c) Avec 23%, la France a le plus haut pourcentage de sites notés Rouge de tous les pays européens où NewsGuard travaille. L’Allemagne (13.2%), l’Italie (12.6%), et le Royaume-Uni (13.9%) sont à peu près à des niveaux équivalents les uns des autres. Aucun de ces pays — pas même la France — n’arrive à la cheville des Etats-Unis, où 36% des sites sont peu fiables. 
  3. (c) Rt.com et Deutsch.rt.com, les versions américaine et allemande de ce site, indiquent tous les deux qu’ils sont financés publiquement par le budget de la Fédération de Russie. Les deux sites ont ajouté cette indication après une analyse de NewsGuard relevant leur manque de transparence sur cette question. En revanche, Francais.rt.com, la version française du site, ne l’indique nulle part.  

Ces sociétés qui financent la propagande russe et de dangereux sites de mésinformation en matière de santé 

Une publicité pour Geico est apparue en février sur un article de HealthyFoodHouse.com (HealthyFoodHouse.com / NewsGuard)

De grandes sociétés comme Amazon, Walmart, Google et Geico financent des sites dont le contenu figure parmi ce qu’Internet offre de plus dangereux et douteux — notamment de la désinformation sponsorisée par l’Etat russe et des sites d’intox sur la santé.

  • Dans le détail : Google a promis de faire la chasse à la mésinformation dans ses résultats de recherche. Mais Google était le second plus gros annonceur ces trois derniers mois sur le site HealthyFoodHouse.com, un site américain de “santé et de bien-être” qui a publié de fausses informations sur la santé, notamment des allégations sans fondement selon lesquelles le sirop de baie de sureau serait plus efficace en prévention de la grippe que le vaccin contre la grippe. Les cinq plus gros annonceurs sur le site incluaient également Geico, Amazon, et la marque de vêtements américaine Madewell.
    • La machine de propagande de Vladimir Poutine s’appuie aussi sur des dollars américains. Les deux plus gros annonceurs sur le site anglophone Sputnik sur les trois derniers mois étaient Nordstrom et Best Buy; quant à RT, les annonceurs sur le site incluaient Progressive Insurance et United Airlines.
  • Pourquoi c’est important : ces compagnies ne choisissent probablement pas délibérément de diffuser leurs publicités sur des sites peu fiables. Mais quand elles décident de placer leurs publicités en ligne via un algorithme, sans prendre en compte les standards journalistiques de ces sites, elles mettent leur image de marque en danger, comme l’a écrit le co-PDG de NewsGuard, Gordon Crovitz, dans le New York Times (en anglais).

Scores : Les bons, les brutes et les truands

Les nouvelles icônes de NewsGuard montrent le score de chaque site sur un total de 100 points déterminé par NewsGuard.

Mois après mois, Francetvinfo.fr génère plus d’engagement sur les réseaux sociaux en France que tout autre site évalué par NewsGuard dans le pays. LeParisien.fr arrive juste derrière. Les trois sites qui les accompagnent sur le podium des cinq sites générant le plus d’engagement en France sont généralement Actu.fr, Bfmtv.com, et 20minutes.frMais seul Actu.fr se voit attribuer un score parfait de 100 par NewsGuard, remplissant chacun de nos 9 critères de crédibilité et de transparence.

  • Dans le détail : cela ne vous surprendra peut-être pas d’apprendre que les sites de CNN et de Fox News aux Etats-Unis mélangent parfois informations et opinions, ce qui explique qu’il ne répondent pas à l’ensemble des critères de NewsGuard. Mais certains des noms considérés comme les plus fiables du journalisme ont aussi certains manquements surprenants.
    • Reuters, l’agence de presse récompensée à maintes reprises et qui fournit des articles d’actualité à des lecteurs dans plus de 100 pays, obtient un score de 95 sur 100 car les noms des auteurs, quand ils sont donnés, ne sont accompagnés d’aucune information biographique les concernant. Idem pour l’Agence France-Presse.
    • Courrier International manque également de peu un score parfait car le site ne précise pas qu’il appartient au groupe Le Monde.

Les standards des sites d’actualité varient également par pays : en France, parmi les sites aux scores parfaits, on trouve de nombreux sites d’information locaux, mais deux des médias les plus réputés — Le Monde et Le Figaro — ne figurent pas dans cette liste. Le nombre de sites obtenant un score parfait varie grandement par pays. Voyez par vous-mêmes :

  • Allemagne : 29.56%
  • Royaume-Uni : 27.32%
  • Etats-Unis : 25.32%
  • France : 8.41%
  • Italie : 6.67%

Mais des sites peuvent être globalement fiables et manquer de peu le score parfait, en échouant sur un critère. Le pays qui a le plus haut pourcentage de sites notés Vert (ce qui signifie qu’ils respectent des standards de base de crédibilité et de transparence) est l’Italie — 86.9% des sites y sont globalement fiables, contre seulement 65% aux Etats-Unis.


Un oeil sur les élections américaines : s’agit-il de journalisme local ou de propagande locale?

Courier Newsroom a payé moins de 900$ pour cette publicité faisant la promotion de Gil Cisneros, représentant de l’Etat de Californie, pour qu’elle apparaisse dans les fils d’actualité de près de 80.000 californiens. (Bibliothèque des publicités de Facebook / NewsGuard)

Une nouvelle forme de mésinformation aura sans doute un fort impact cette année lors des élections américaines : la propagande politique se faisant passer pour de l’actualité locale. 

  • Acronym, un obscur groupe de financement pro-démocrate, entend réorganiser le paysage médiatique en ligne en tirant profit de la confiance accordée par les Américains au journalisme local.
    • Ce groupe investit des millions de dollars dans un site qui s’appelle Courier Newsroom, et plusieurs sites associés dans six Etats américains. Courier Newsroom a une niche stratégique : valoriser des démocrates modérés élus au Congrès américain en 2018 dans des Etats qui votent plutôt pour les républicains. Le site dépense ensuite des centaines de milliers de dollars en publicités ciblées sur Facebook pour s’assurer que les électeurs voient ces articles élogieux sur leurs représentants. 
    • Courier Newsroom affirme que son objectif est de lutter contre la mésinformation. Mais la solution contre la mésinformation politique n’est pas une nouvelle forme de mésinformation politique, plus ingénieuse technologiquement. La correspondante de NewsGuard à Washington, Gabby Deutch, a écrit un article sur le sujet dans le Washington Post (en anglais).
  • Courier Newsroom n’est pas la seule organisation qui voit le journalisme local comme la prochaine frontière de la propagande politique. Un réseau conservateur créé aux Etats-Unis par des activistes du Tea Party possède des sites appellés TheMichiganStar.com et TennesseeStar.com. States Newsroom, un réseau qui détient des sites dans 15 États américains, a quant à lui été lancé avec le soutien de Hopewell Fund, un autre obscur groupe de financement. 

Comment des sites d’actualité fiables aux Etats-Unis et en Europe ont contribué à la propagation de théories du complot sur le Coronavirus de Wuhan 

Le journaliste italien Paolo Liguori a publié un éditorial vidéo le mois dernier sur le réseau de télévision Tgcom24 dans lequel il affirmait que d’après une “source très fiable”, le Coronavirus en provenance de Wuhan avait été “créé dans un laboratoire militaire où des expériences ont été menées pour modifier le virus SRAS, avec des objectifs militaires”. Il n’a donné aucune preuve pour soutenir ses allégations sur les origines du virus, remises en question par le site américain de vérification des faits PolitiFact et la Direction générale de la Santé en France. 

  • La théorie selon laquelle le virus vient d’un laboratoire militaire chinois est d’abord apparue dans un journal conservateur américain : le Washington Times. La seule preuve du journal était une citation vague d’un ancien officier des services secrets israéliens, selon laquelle un laboratoire militaire de Wuhan qui étudie des virus dangereux pourrait être lié au programme de développement d’armes biologiques du pays, et pourrait avoir des objectifs sinistres. La conclusion de l’article — que ce virus a été créé par les chercheurs du laboratoire — n’a aucun fondement. 
  • Cela n’a pas empêché cette dangereuse théorie de traverser les frontières. Après l’éditorial de Paolo Liguori, le site francophone d’extrême droite Fl24.net a repris cette théorie. De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux en France ont également relayé cette information. Il n’est pas surprenant que cette théorie du complot ait rencontré un tel écho en France : le laboratoire de haute sécurité de Wuhan au coeur de cette théorie a été créé en collaboration avec des institutions françaises.  

Quand une publicité n’en est pas vraiment une

Des publicités mal labelisées sur Bfmtv.com (NewsGuard)

L’un des neuf critères de NewsGuard  — labelliser clairement la publicité — semble simple. Mais les éditeurs trouvent des moyens de labelliser leurs contenus payés qui sont loins d’être clairs. Quand les publicités ne ressemblent pas à des publicités, mais à du contenu supplémentaire, les sites attirent des lecteurs vers ces publicités.

Les sites trouvent sans cesse de nouveaux moyens de cacher qu’un contenu a été payé par un annonceur, et non pas produit par son équipe éditoriale.

  • Sur LaVoixDuNord.fr, le site du quotidien régional La Voix du Nord, certains contenus faisant la promotion de sociétés apparaissent sur la page d’accueil avec la simple mention “Présenté par”.
  • Sur Bfmtv.com, la publicité est en général séparée du contenu éditorial. Mais certains contenus sponsorisés faisant la promotion de sociétés sont simplement décrits comme des “partenaires”.
  • NewsGuard voit souvent des publicités décrites comme du “contenu partenaire”, du contenu écrit “en collaboration avec”, “presenté par” ou encore “en association avec”. Aucun de ces qualificatifs n’est acceptable.

Les consommateurs ont le droit de savoir s’ils lisent du contenu commercial ou éditorial. NewsGuard a constaté que la manière dont un site gère la labellisation de ses publicités est une indication de son respect général des standard de base du journalisme — ou de ses manquements. Parmi les sites qui échouent sur ce critère relatif à la labellisation de la publicité, 65 % sont notés Rouge par NewsGuard, ce qui signifie qu’ils sont globalement peu fiables. 

Qu’est-ce qui constitue une labellisation claire? Les journalistes de NewsGuard abordent ce critère avec leur sens commun, et s’interrogent sur la manière dont un consommateur d’information lambda verra ce contenu. Nous faisons très attention à toute ambiguïté.

  • Indiquer qu’un contenu a été écrit “en collaboration avec” une marque n’est pas un signal clair qu’il s’agit d’une publicité, à moins que les lecteurs connaissent avec finesse le monde du marketing sur Internet.
  •  “Contenu partenaire” peut désigner un “partenariat” pour produire du contenu éditorial entre équipes de journalistes, et n’indique pas clairement que l’un des “partenaires” a payé l’autre pour publier son contenu promotionnel.
  • “Sponsorisé” et “Payé” sont des indications adéquates.

Il n’y a qu’une façon simple et efficace pour les éditeurs de passer tous les critères de NewsGuard : nommer un chat un chat. Et écrire “Publicité”.


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