Centre de suivi de la désinformation Russie-Ukraine : plus de 300 sites qui diffusent de la désinformation de guerre, et les principaux mythes qu'ils relaient

NewsGuard a identifié 311 sites qui diffusent de la désinformation sur la Russie et l'Ukraine, et surveille les principaux récits qu’ils publient sur la guerre en Ukraine.

Par Madeline Roache, Sophia Tewa, Chine Labbe, Virginia Padovese, Roberta Schmid, Edward O’Reilly, Alex Cadier, Karin König, Marie Richter, McKenzie Sadeghi, Chiara Vercellone, Zack FishmanNatalie AdamsValerie PavilonisShayeza Walid, Kelsey GriffinCoalter Palmer, Andie Slomka, Louise Vallée, Akshata Kapoor, Eva Maitland,  Macrina Wang et Kathryn Palmer.

Dernière mise à jour : 8 décembre 2022

Plusieurs mois avant que l’armée russe envahisse l’Ukraine le 24 février 2022, de fausses allégations sur l’Ukraine et ses alliés, promues pour nombre d’entre elles par les outils de désinformation du Kremlin, proliféraient déjà en ligne. Des fausses affirmations sur un génocide ciblant les Ukrainiens russophones, aux assertions selon lesquelles l’idéologie nazie guiderait le pouvoir politique ukrainien, ces mythes étaient utilisés pour justifier l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Alors que le soutien au gouvernement ukrainien s’est accru, Kyiv a utilisé les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie instantanée pour répondre à la machine de désinformation du Kremlin. Toutefois, un flux croissant de mésinformation anti-russe s’est aussi propagé en ligne. Certains sites pro-Ukraine et de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont ainsi partagé de fausses informations sur la guerre, allant d’images manipulées du mythique Fantôme de Kyiv à des images trompeuses de supposées attaques russes. 

Suivi de 311 sites de désinformation sur la Russie et l’Ukraine

  • Sites anglophones : 164
  • Sites francophones : 44
  • Sites en allemand : 22
  • Sites en italien : 34
  • Autres : 47

A ce jour, l’équipe de NewsGuard a identifié et surveille 311 sites – certains qui ont déjà publié de la propagande et de la désinformation pro-russe par le passé – ayant colporté de fausses allegations sur le conflit Russie-Ukraine. Parmi ces sites figurent des médias d’Etat russes tels que ceux qui ont été visés par des sanctions temporaires de certaines plateformes depuis le début de l’invasion russe. Mais de nombreux sites ne sont pas des outils officiels de propagande de l’Etat russe, et ne sont donc pas sanctionnés par les plateformes. Ils font toutefois aussi la promotion de faux contenus soutenant le gouvernement de Vladimir Poutine. Ces sources incluent des sites anonymes, des fondations et des sites de recherche au financement obscur – dont certains au moins sont liés au gouvernement russe sans que cela soit révélé aux lecteurs.

Les trois sites les plus influents connus pour être financés et opérés par le gouvernement russe sont les médias d’Etat RT, TASS, et Sputnik News. Nous publions ci-dessous nos analyses (Étiquettes Nutritionnelles) de ces trois sources – dans leurs versions anglaises; et françaises quand elles existent. 

L’équipe de NewsGuard surveille ces sites, et les dizaines d’autres identifiés comme colportant de la désinformation sur le conflit Russie-Ukraine, notamment les principaux mythes et fausses allégations citées dans ce rapport. Comme noté plus haut, dès que des nouveaux mythes et sources de désinformation émergeront, nous mettrons ce rapport à jour pour les y inclure.

La Russie déploie une stratégie multiple pour introduire, amplifier, et diffuser des récits faux et déformés dans le monde entier – en s’appuyant sur un mélange de médias d’Etat officiels, de sites et comptes anonymes, et d’autres méthodes pour distribuer une propagande qui promeut les intérêts du Kremlin et sape ceux de ses ennemis. Les sites financés par le Kremlin utilisent des plateformes numériques comme YouTube, Facebook, Twitter et TikTok pour promouvoir ces récits. NewsGuard suit la piste de ces sources et analyse leurs méthodes depuis 2018, et fournit ses données sur les efforts de propagande russe au Département d’Etat américain, au U.S. Cyber Command, et à d’autres gouvernements et groupes travaillant sur des sujets de défense.

En 2020, le centre d’engagement global du département d’Etat américain, citant les données de NewsGuard, a détaillé les principaux composants de ces efforts dans un rapport.

Tandis que la force de frappe de désinformation du Kremlin a permis à la désinformation pro-Russie de rester prédominante, la désinformation anti-Russie ou pro-Ukraine, parfois reprise par les autorités ukrainiennes, a aussi commencé à émerger. Ces récits ont tendance à donner une image triomphante des forces armées ukrainiennes, tout en relayant des allégations anti-Russie sans fondement.

Par exemple, des vidéos du “Fantôme de Kyiv”, un pilote légendaire ukrainien qui aurait abattu six avions militaires russes, ont été diffusées auprès de millions d’utilisateurs sur TikTok et d’autres plateformes. Quelques jours après leur diffusion, on a découvert que les images provenaient en réalité d’un jeu vidéo, et qu’aucun élément ne permettait de corroborer l’existence du “Fantôme de Kyiv”.

Les chercheurs, plateformes, annonceurs, agences gouvernementales et autres institutions qui souhaitent accéder à la liste complète des sites peuvent nous contacter ici : Demander la liste de domaines.

Les principaux mythes sur la Russie et l'Ukraine

Ces mythes sont listés dans l'ordre où ils ont été décryptés par les analystes de NewsGuard, avec les décryptages les plus récents en haut de page.

MYTHE : Le député Jamie Raskin a appelé à la destruction de la Russie, car c’est un pays chrétien orthodoxe. 

LES FAITS : Lors de son émission télévisée “Tucker Carlson Tonight” du 27 octobre 2022, le présentateur de Fox News Tucker Carlson a critiqué les politiques énergétiques de l’administration de Joe Biden à l’égard de la Russie dans le contexte de la guerre contre l’Ukraine. Tucker Carlson a fait référence à un décret de mars 2022 interdisant les importations américaines de pétrole, de charbon et de gaz naturel russes, et suggère que cette politique n’a fait que nuire aux États-Unis et à l’Europe, et non à la Russie. Tucker Carlson a ensuite demandé à son auditoire, de manière rhétorique, pourquoi les États-Unis adopteraient une telle politique, prétendument inefficace, avant d’affirmer que la réponse se trouve dans les commentaires du représentant américain (député) Jamie Raskin, (Démocrate-Maryland). 

“Eh bien, cette semaine, le représentant Jamie Raskin du Maryland, de Bethesda, a répondu à cette question”, a déclaré Tucker Carlson. “La Russie est un pays chrétien orthodoxe avec des valeurs sociales traditionnelles. Pour cette raison, elle doit être détruite, quel qu’en soit le coût pour nous. Donc, ceci n’est pas une guerre conventionnelle. C’est un djihad. Jamie Raskin l’a dit tout haut, mais nombreux sont ceux à Washington qui sont d’accord avec lui, dans les deux partis”.

Les déclarations de Tucker Carlson affirmant que Jamie Raskin aurait demandé la destruction de la Russie ont été partagées en ligne dans plusieurs langues, souvent accompagnées de vidéos du monologue de Tucker Carlson. Des comptes sur les réseaux sociaux et des sites associés à des médias d’État russes ont aussi aidé à faire circuler cette fausse allégation, ainsi que des sites évalués peu fiables par NewsGuard comme Breitbart, LifeSiteNews et Investment Watch. L’allégation est aussi apparue dans une émission en direct sur la chaîne détenue par l’État russe, Russia-1. 

En réalité, il n’existe aucune trace d’une déclaration dans laquelle Jamie Raskin aurait appelé à la destruction de la Russie. Un article de vérification de Newsweek du 1er novembre 2022 a conclu que Tucker Carlson avait très probablement déformé les commentaires faits par le représentant dans une déclaration publiée sur son site Internet officiel quelques jours avant l’émission “Tucker Carlson Tonight”, dans laquelle Jamie Raskin réitérait son soutien à la souveraineté de l’Ukraine et critiquait le gouvernement russe.

“En ce moment, Moscou est un noyau de tyrannie corrompue, de censure, de répression autoritaire, de violence policière, de propagande, de mensonges gouvernementaux et de désinformation, et de planification de crimes de guerre”, disait Jamie Raskin dans cette déclaration. “C’est un centre mondial de haine antiféministe, anti-gay, anti-trans, ainsi que la patrie d’une théorie du grand remplacement prête à l’export”. 

Jamie Raskin n’a pas décrit la Russie comme étant “chrétienne orthodoxe” ou ayant des “valeurs sociales traditionnelles” et il n’a pas non plus affirmé que le pays devait “être détruit”. 

MYTHE : Le principal enquêteur dans l’attaque contre le gazoduc Nord Stream, Erik Olsen, a été retrouvé mort.

LES FAITS : Le 26 septembre 2022, les deux gazoducs sous-marins Nord Stream, appartenant à la Russie et transportant du gaz vers l’Europe, ont été touchés par une série d’explosions qui ont déclenché des fuites de gaz en Suède, parmi d’autres pays. Les autorités suédoises ont ouvert une enquête dans les jours qui ont suivi. Une semaine après l’incident, le site pro-russe PomogiDonbassu.ru a posté sur Telegram que l’enquêteur suédois, identifié comme étant Erik Olsen, avait été retrouvé mort après avoir “accusé publiquement les services de renseignement occidentaux d’avoir saisi et dissimulé les premiers protocoles d’inspection” de l’enquête. 

En réalité, les autorités n’ont pas signalé la mort d’un Suédois du nom d’Erik Olsen, et rien ne prouve qu’un homme portant ce nom ait jamais fait partie de l’enquête suédoise sur les fuites du gazoduc Nord Stream.

“C’est une fausse information”, a déclaré le parquet suédois, qui dirige l’enquête suédoise, à l’Agence France-Presse et à la Deutsche Presse-Agentur en octobre 2022. Dans une déclaration à l’AFP, l’autorité de la police de Stockholm a également démenti qu’un dénommé Erik Olsen soit décédé dernièrement.

Un autre homme prénommé Erik Olsen, qui vit en Norvège et travaille comme chercheur pour l’Institut norvégien de recherche marine, a pris la parole sur Twitter pour déclarer qu’il n’était pas l’homme mentionné dans les fausses allégations.

“Je pense que vous devez me confondre avec un autre Erik Olsen (c’est un nom courant en Norvège et en Scandinavie)”, a-t-il déclaré dans un tweet daté du 11 octobre 2022. Deux jours plus tard, il a ajouté : “Si vous lisez ma page d’accueil sur Twitter, il est assez évident que je n’ai rien à voir avec les enquêtes sur Nordstream 2, donc toute personne qui me relie à cette affaire n’a manifestement pas essayé de vérifier qui je suis”.

Le principal enquêteur suédois sur les fuites de gaz s’appelle Mats Ljungqvist.

MYTHE : Les États-Unis ont blanchi des milliards de dollars d’aide à l’Ukraine via FTX. 

LES FAITS : Mi-novembre 2022, après l’effondrement de la société d’échange de crypto-monnaies FTX et la démission de son PDG et fondateur américain, Sam Bankman-Fried, des sites d’État russes et des utilisateurs des réseaux sociaux ont affirmé que des milliards de dollars d’aide américaine à l’Ukraine avaient été acheminés vers des candidats du parti démocrate par l’intermédiaire de FTX. Par exemple, un article du 13 novembre 2022 du site d’information RT.com, propriété de l’État russe, affirmait que “les politiques démocrates qui envoient de l’aide à l’Ukraine verraient leur argent revenir sous forme de dons par l’intermédiaire de FTX”. RT.com citait un rapport de The Gateway Pundit, un site d’information conservateur dont NewsGuard a constaté qu’il publiait régulièrement de fausses informations.   

Cependant, il n’existe aucune preuve que l’aide américaine à l’Ukraine ait été blanchie au profit de candidats démocrates via FTX. “Nous n’avons aucune raison de croire que ces rapports sont autre chose que des mensonges purs et simples et de la mésinformation”, a déclaré un porte-parole du département d’État américain à NewsGuard dans une déclaration envoyée par email en novembre 2022. “Les mécanismes de surveillance que nous avons mis en place n’ont pas détecté de déviation par rapport à l’utilisation prévue des fonds”, ajoutait cette déclaration.

De même, dans un tweet de novembre 2022, Alex Bornyakov, le ministre adjoint ukrainien de la transformation numérique pour le développement informatique, a déclaré : “Le gouvernement ukrainien n’a jamais investi de fonds dans FTX. Tout le récit selon lequel l’Ukraine aurait investi dans FTX, qui a donné de l’argent aux démocrates, est franchement ridicule”.

L‘article de RT.com pointait également du doigt l’une des initiatives de collecte de fonds de l’Ukraine, et affirmait que les contributions versées à l’Ukraine via sa plateforme de dons en crypto-monnaies, Aid For Ukraine, étaient acheminées “vers les États-Unis par le biais de dons politiques”. 

En mars 2022, FTX, le ministère ukrainien de la Transformation numérique, la bourse de crypto-monnaies ukrainienne Kuna et la société de blockchain Everstake ont lancé Aid For Ukraine, une fondation de collecte de dons en crypto-monnaies, selon un communiqué de presse de l’époque. Toutefois, Liliia Tulupenko, porte-parole du ministère ukrainien de la Transformation numérique, a déclaré à NewsGuard par email en novembre 2022 que les dons en crypto-monnaies étaient destinés à des causes militaires et humanitaires ukrainiennes liées à la guerre, et que le rôle de FTX dans l’initiative était limité à un travail de logistique.

“Le rôle de FTX était de fournir un service pour convertir les dons en crypto-monnaies en monnaie fiduciaire, et Kuna y envoyait des crypto-monnaies pour obtenir de l’argent et payer les équipements nécessaires aux forces armées ukrainiennes “, a déclaré Liliia Tulupenko. Il a également déclaré que le ministère ukrainien de la Transformation numérique n’avait “jamais investi ni déposé de fonds dans FTX”. 

Dans un tweet du 15 novembre 2022, Everstake a écrit que l’initiative Aid For Ukraine avait recueilli 60 millions de dollars de dons en crypto-monnaies, dont 54 millions de dollars ont “déjà été dépensés pour les besoins humanitaires et militaires de l’Ukraine”.

MYTHE : L’Ukraine a produit une “bombe sale”, et est prête à l’utiliser. 

LES FAITS : Des responsables russes ont répété à plusieurs reprises la fausse allégation selon laquelle l’Ukraine se tiendrait prête à faire exploser une “bombe sale”, c’est-à-dire un explosif conventionnel contenant des matériaux radioactifs. Bien que ces dispositifs ne disposent pas du pouvoir explosif d’une arme nucléaire, les bombes sales peuvent contaminer des zones et les rendre inhabitables. Le gouvernement russe affirme aussi que l’Ukraine se préparerait à lancer une bombe nucléaire.

Le 24 octobre 2022, Igor Kirillov, chef des troupes de défense contre les radiations, les produits chimiques et biologiques de l’armée russe, a déclaré que le ministère russe de la Défense avait “des informations selon lesquelles le régime de Kiev planifierait une provocation en faisant exploser une bombe dite ‘sale’, ou une ogive nucléaire à faible puissance”. Igor Kirillov a aussi affirmé que l’Ukraine disposait de “réserves de substances radioactives” pouvant être utilisées pour créer une bombe sale, notamment des déchets nucléaires provenant des stocks entreposés à la centrale nucléaire de Tchernobyl dans le nord de l’Ukraine. Il a ajouté que Kyiv tiendrait la Russie responsable de l’explosion, et l’accuserait d’avoir utilisé des armes nucléaires. 

Comme soi-disant preuves de la fabrication par l’Ukraine d’une bombe sale, le 24 octobre 2022, le ministère russe des Affaires étrangères a posté sur son site et sur son compte Twitter deux graphiques avec des photos censées montrer des centrales électriques et des matériaux nucléaires en Ukraine, avec ce commentaire : “deux organisations ukrainiennes ont reçu pour ordre direct de créer une ‘#bombe sale’”. Ces allégations ont été largement reprises par des médias d’État russes, des posts sur les réseaux sociaux, des sites d’actualité pro-Kremlin, et des sites comme NaturalNews.com, GlobalResearch.ca et WarOnFakes.com, qui publient fréquemment de fausses informations, selon des analyses de NewsGuard.

Il n’existe aucune preuve que l’Ukraine dispose d’une “bombe sale”. Les photos publiées par le ministère russe des Affaires étrangères montrent en réalité des centrales nucléaires russes, ainsi que des détecteurs de fumée en Slovénie, comme le montre une analyse d’images inversée réalisée par NewsGuard et de nombreux fact-checkers.

Par ailleurs, l’Ukraine – qui a renoncé à ses armes nucléaires après la chute de l’Union soviétique en 1991 – ne dispose ni de matériaux suffisants ni de la capacité technologique pour développer une bombe nucléaire, selon le ministère américain de la Défense et l’Agence internationale de l’énergie atomique, une agence onusienne. De plus, l’agence a rapporté en novembre 2022 qu’elle n’avait détecté aucune “activité nucléaire non déclarée” en Ukraine. 

Les armes nucléaires sont en général fabriquées en utilisant de l’uranium ou du plutonium enrichi, ou une combinaison des deux. 

Selon une notice explicative de juin 2022 du ministère américain de la Défense, la petite quantité d’uranium fortement enrichi qui reste en Ukraine “est bien en-deçà de la quantité nécessaire pour produire un dispositif nucléaire”, et “est destinée à des utilisations spécifiquement scientifiques”.

MYTHE : Volodymyr Zelensky a appelé l’OTAN et la communauté internationale à lancer des “frappes nucléaires préventives” contre la Russie.

LES FAITS : Lors d’un discours prononcé le 6 octobre 2022 devant le think tank australien Lowy Institute, il a été demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky ce que l’OTAN devrait faire pour dissuader la Russie d’utiliser l’arme nucléaire. Volodymyr Zelensky a alors appelé, en ukrainien, la communauté internationale à prendre des mesures “préventives”. 

“Que devrait faire l’OTAN ? Éliminer la possibilité que la Russie utilise des armes nucléaires. Mais surtout… des frappes préventives, pour qu’ils sachent ce qui leur arrivera s’ils utilisent des armes nucléaires”, a déclaré le président ukrainien. “Et non l’inverse, attendre des frappes nucléaires de la Russie pour pouvoir dire : ‘Oh, eh bien, tu fais ça, alors maintenant prends ça de notre part!’”, a-t-il ajouté.

Il n’a jamais dit que cette action “préventive” devrait être une frappe nucléaire. 

Selon Marta Jenkala, professeur  associée d’ukrainien à l’École d’études slaves et est-européennes de University College London (UCL), la réponse de Volodymyr Zelensky ne contenait aucune référence à des “frappes nucléaires préventives”.  

“Zelensky n’a certainement pas utilisé le terme ‘nucléaire’… et il n’a prononcé le mot ‘nucléaire’ qu’en parlant de la Russie, plus tard dans la phrase”, a expliqué Marta Jenkala à NewsGuard.

Le contexte de la citation indique par ailleurs que Volodymyr Zelensky ne parlait pas de frappes physiques, mais réitérait plutôt ses appels pour que l’OTAN mette en place des sanctions et des moyens de dissuasion avant une possible attaque russe, plutôt qu’après qu’une attaque a déjà eu lieu. 

Peu après l’allocution, des responsables russes, des médias d’État russes, des sites et comptes pro-Kremlin sur les réseaux sociaux ont affirmé que Volodymyr Zelensky avait appelé l’OTAN et la communauté internationale à procéder à des “frappes nucléaires préventives” contre la Russie. Ils ont affirmé que les propos de Volodymyr Zelensky s’apparentaient à “un appel au déclenchement d’une guerre mondiale” et au génocide du peuple russe.

MYTHE : L’ambassadeur de France en Ukraine, Étienne de Poncins, a démissionné et quitté Kyiv en octobre 2022. 

 

LES FAITS : En octobre 2022, des messages publiés sur les réseaux sociaux en anglais, français et d’autres langues, affirmaient à tort que l’ambassadeur de France en Ukraine, Étienne de Poncins, avait démissionné à la suite d’une vague de frappes de missiles russes sur Kyiv. Les posts affirmaient également à tort qu’Étienne de Poncins avait déclaré avant de quitter Kyiv : “Nous ne savons plus ce que nous défendons ici, même Volodymyr Zelensky n’est plus ici à Kiev, pourquoi continuez [sic] de sacrifier le peuple ukrainien”. 

Toutefois, l’ambassade de France en Ukraine a confirmé à l’Associated Press et à Reuters que ces allégations étaient fausses, et que l’ambassadeur n’avait jamais quitté son poste. Anne-Claire Legendre, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, a également tweeté le 18 octobre 2022 : “Hommage à toute l’équipe de 🇨🇵 à Kiev sous la conduite d’@EdePoncins qui n’a jamais quitté l’#Ukraine”. 

Étienne de Poncins a assuré qu’il s’agissait d’une “fake news” dans un tweet du 19 octobre 2022. La citation qui lui a été attribuée, dans laquelle il annonçait prétendument sa démission, n’apparaît pas sur les réseaux sociaux d’Étienne de Poncins, et il n’y a aucune preuve qu’il ait fait une telle déclaration aux médias. 

En réalité, Étienne de Poncins a partagé plusieurs images de lui-même remplissant ses fonctions diplomatiques en Ukraine depuis le 18 octobre 2022. Par exemple, une vidéo du 20 octobre 2022 montre Étienne de Poncins en route pour la ville d’Odessa, dans l’ouest de l’Ukraine, et une autre vidéo, plus tard dans la journée, le montre en train de serrer la main du maire de la ville après y avoir déposé des dons humanitaires. Une vidéo du 16 octobre 2022 le montre dans la ville de Tchernivtsi, en train de remettre d’autres dons humanitaires à des responsables.

Il n’y a également aucune preuve que Volodymyr Zelensky ait fui l’Ukraine en octobre 2022. Les rumeurs selon lesquelles le président aurait déserté l’Ukraine ont perduré tout au long de la guerre et ont été démenties par NewsGuard et de nombreux médias, dont Reuters et The Associated Press. 

MYTHE : En octobre 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait un discours dans lequel il a appelé les Ukrainiens à “tuer les Russes un par un”. 

LES FAITS : Dans un discours vidéo du 1er octobre 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est adressé en ukrainien aux dirigeants russes, qui accusent certains généraux russes d’être responsables des échecs militaires récents, qu’ils seraient les prochains sur la liste. “C’est le premier signal qui devrait être entendu à tous les niveaux du pouvoir russe”, a dit Volodymyr Zelensky. “Tant que vous n’aurez pas résolu le problème que représente celui qui est à l’origine de cette guerre contre l’Ukraine dénuée de sens pour la Russie, on va vous faire dégager un par un, en faisant de vous des boucs émissaires pour ne surtout pas avoir à admettre que cette guerre est une erreur historique pour la Russie”.  

Peu après ce discours, de nombreux sites d’information en français et en anglais, utilisateurs sur les réseaux sociaux et personnalités politiques françaises d’extrême droite ont affirmé que Volodymyr Zelensky avait appelé les Ukrainiens à “tuer les Russes un par un”. 

Ces allégations proviennent en partie d’une traduction anglaise erronée des propos de Volodymyr Zelensky, publiée sur le site de la présidence ukrainienne, qui a utilisé la phrase “tués un par un” plutôt que “dégagés un par un”, une formulation qui se trouve toujours sur le site. Cette traduction a été republiée par l’Agence France-Presse et citée par de nombreux médias traditionnels. 

Plusieurs sites pro-Kremlin et utilisateurs des réseaux sociaux ont ensuite affirmé que Volodymyr Zelensky avait appelé au “génocide” de la population russe, rappelant un faux récit communément utilisé dans la propagande russe pour justifier l’invasion. 

En réalité, Volodymyr Zelensky n’a pas appelé les Ukrainiens à “tuer” les Russes. Comme la plupart des sites d’actualité ukrainiens l’ont clairement expliqué, notamment TSN.ua et Obozrevatel.com, le président ukrainien s’adressait aux représentants de la Fédération russe, pour les avertir que, dans le contexte des revers militaires essuyés en Ukraine, le gouvernement russe tentait de leur “faire porter la responsabilité des défaites [récentes]”.  

Par ailleurs, dans un article publié le 4 octobre 2022, l’experte en linguistique Oleg Chinkarouk a expliqué au service de fact-checking du journal français Le Monde que la traduction du verbe “вибивати” (vybyvaty) par “tuer” était inexacte dans le contexte de cette phrase, et que la traduction exacte était “dégagés”. L’AFP et plusieurs autres médias, dont BFMTV.com et Lalibre.be, ont publié une correction. Les sites pro-Kremlin et les posts sur les réseaux sociaux cités ci-dessus ne l’ont pas fait. 

Après que NewsGuard a signalé le problème de traduction au Centre de lutte contre la désinformation du Conseil de la sécurité nationale et de la défense d’Ukraine en novembre 2022, la présidence ukrainienne a corrigé la traduction en anglais du discours de Zelensky sur son site officiel pour indiquer qu’il avait déclaré on va vous “éliminer un par un”.

MYTHE : Les référendums organisés dans les régions occupées de l’Ukraine ne contreviennent pas à la Charte des Nations Unies.

LES FAITS : Environ sept mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des prétendus référendums sur l’adhésion à la Fédération de Russie ont eu lieu fin septembre dans les régions occupées par la Russie, à savoir Donetsk, Lougansk, Zaporozhye et Kherson. Des responsables soutenus par la Russie dans ces régions ont déclaré que les électeurs avaient massivement soutenu les propositions d’adhésion à la Russie. S’appuyant sur ces votes, le président russe Vladimir Poutine a ensuite signé des soi-disant traités d’adhésion, pour officialiser l’annexion des quatre régions à la Russie. 

“Nous constatons le désir des gens de s’unir à la Russie et, par conséquent, nous traiterons leur choix avec respect”, a déclaré le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à Newsweek, citant le “droit à l’autodétermination” prévu par la Charte des Nations Unies. Des médias d’État russes, sites pro-Kremlin et chaînes Telegram ont relayé des allégations similaires.

En réalité, les référendums ont enfreint le droit international parce qu’ils ont eu lieu dans des zones occupées par la Russie, pendant un conflit armé, et en dehors du cadre légal et constitutionnel prévu par l’Ukraine, selon des représentants de l’ONU et des experts en droit international. “Du point de vue des normes internationales, ils ne sont pas valides, c’est comme s’ils n’existaient pas”, a déclaré Eyal Benevisti, professeur de droit international et directeur du Lauterpacht Center for International Law de l’Université de Cambridge, lors d’un entretien téléphonique avec NewsGuard, le 12 octobre 2022. “Ils n’ont aucune signification juridique”. 

Selon les experts, ces référendums enfreignent les protocoles internationaux, notamment la Convention de Genève, qui stipule dans son article 47 qu’aucune puissance ne peut prétendre à la souveraineté sur un territoire qu’elle occupe. 

Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires politiques, a déclaré lors d’une réunion d’information du 27 septembre 2022 devant le Conseil de sécurité de l’ONU que les référendums ukrainiens “ne peuvent être considérés comme légaux au regard du droit international” et “ne peuvent être qualifiés d’expression authentique de la volonté populaire”. À propos des événements qui ont conduit aux référendums, Rosemary DiCarlo a déclaré : “Les autorités de facto, accompagnées de soldats, ont fait du porte-à-porte avec des urnes. Ces exercices, qui ont débuté le 23 septembre, ont été organisés pendant un conflit armé actif, dans des zones sous contrôle russe et en dehors du cadre légal et constitutionnel de l’Ukraine”. 

Selon l’article 72 de la constitution ukrainienne, un référendum doit être approuvé par la Verkhovna Rada (le parlement ukrainien) ou le président ukrainien, et ne peut être organisé qu’à la demande d’au moins trois millions de citoyens – à condition que les signatures en faveur du référendum soient recueillies dans au moins deux tiers des régions, avec au moins 100.000 signatures dans chaque région. Les référendums organisés en Ukraine ne remplissaient aucune de ces conditions. De plus, en vertu de l’article 73 de la Constitution, un référendum sur la modification du territoire ukrainien doit être organisé à l’échelle nationale, et non au niveau local, or c’est ainsi que se sont déroulés les quatre référendums en Ukraine occupée.

Le 12 octobre 2022, l’Assemblée Générale des Nations Unies a déclaré que les référendums étaient illégaux au regard du droit international et a exigé que la Russie fasse marche arrière. Les résultats ont également été rejetés par l‘Union européenne. 

MYTHE : Le navire américain USS Kearsarge se trouvait, de manière suspecte, proche des gazoducs Nord Stream lorsque ceux-ci ont été endommagés par des explosions.

LES FAITS : Entre le 26 septembre 2022 et le 29 septembre 2022, quatre fuites ont été détectées sur les gazoducs parallèles Nord Stream 1 et 2, qui passent sous la mer Baltique et ont été construits pour acheminer le gaz naturel de la Russie vers l’Allemagne. Depuis juin 2022, la Russie a réduit de manière constante l’approvisionnement en gaz par Nord Stream 1, jusqu’à y mettre fin indéfiniment en août 2022, en évoquant des problèmes d’entretien. La Russie a été accusée par la Commission européenne d’avoir fait cela pour “faire chanter” l’Europe du fait de son soutien à l’Ukraine. La construction de Nord Stream 2 s’est achevée en 2021 mais il n’a jamais été mis en service, car l’Allemagne et l’Union européenne ont suspendu la certification du gazoduc du fait des tensions entre l’Ukraine et la Russie. 

L’Organisation du Traité Nord-Atlantique (OTAN) et plusieurs plusieurs dirigeants mondiaux, dont la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Joe Biden, ont déclaré qu’ils pensaient que les fuites, qui ont eu lieu dans les eaux internationales à l’intérieur des zones économiques du Danemark et de la Suède, étaient probablement dues à un sabotage. L’agence de sécurité intérieure suédoise a déclaré le 6 octobre 2022 que son enquête préliminaire “renforçait les soupçons de sabotage grave”, selon The Associated Press.

Des stations sismiques en Suède, en Norvège, au Danemark et en Finlande ont enregistré deux explosions le 26 septembre 2022, selon The Associated Press. Une lettre conjointe des représentants permanents du Danemark et de la Suède auprès de l’ONU indique que les fuites du gazoduc ont été causées par des explosions d’une puissance équivalente à celle de plusieurs centaines de kilogrammes d’explosifs. Le service de sécurité suédois a déclaré dans un communiqué que son enquête préliminaire avait confirmé que les détonations avaient causé des dommages importants aux gazoducs.

Depuis que les explosions et les fuites ont été découvertes, des représentants russes, ainsi que des sites et des comptes sur les réseaux sociaux pro-russes ont accusé les États-Unis d’avoir saboté les gazoducs, affirmant qu’un porte-hélicoptères américain, l’USS Kearsarge, était à proximité au moment des explosions des gazoducs. 

Lors d’une réunion d’information du Conseil de sécurité de l’ONU en septembre 2022, Vassily Nebenzia, représentant permanent de la Russie auprès des Nations Unies, a affirmé que le Kearsarge “n’avait pas quitté” la mer Baltique depuis un exercice militaire effectué en juin 2022 sur l’île de Bornholm. 

Toutefois, selon la marine américaine, et des services indépendants de suivi des navires, le Kearsarge ne se trouvait pas à proximité des gazoducs lors des explosions, qui ont eu lieu le 26 septembre 2022. En réalité, le suivi de la flotte et de la marine américaine indique que le Kearsarge avait quitté la mer Baltique et se trouvait dans la Manche, le 26 septembre 2022. L’organisme de suivi naval Marine Vessel Traffic indique aussi que le Kearsarge se trouvait dans la partie ouest de la Manche le 25 septembre 2022. 

Les allégations inexactes concernant l’emplacement du Kearsarge au moment des explosions des gazoducs le 26 septembre 2022 semblent provenir, en partie, d’une mauvaise interprétation d’une capture d’écran affichée par le service de suivi des navires CRUISIN sur son site, qui montrait le Kearsarge près de l’île danoise de Bornholm, proche des lieux des fuites, le 21 septembre. La capture d’écran a apparemment été publiée pour la première fois par l’utilisateur Twitter francophone @Circonscripti18.

Toutefois, l’image affichée par CRUISIN n’indiquait pas que le Kearsarge était à proximité des gazoducs le 27 septembre. Le site, comme le montre la capture d’écran, indique clairement que la localisation du navire a été “reçue” le 21 septembre – soit six jours avant le tweet de @Circonscripti18, et cinq jours avant la première explosion repérée des gazoducs. 

Des hauts fonctionnaires américains ont insisté sur le fait que les États-Unis n’avaient rien à voir avec les attaques contre les gazoducs Nord Stream. Daniel Day, commandant du service des relations publiques du commandement des forces américaines en Europe, a déclaré à NewsGuard dans un email d’octobre 2022 : “Toute accusation selon laquelle les forces américaines pourraient avoir été impliquées dans les fuites du Nord Stream est ridicule”.

MYTHE : Une lettre qui a fuité révèle que 76.000 soldats ukrainiens sont morts dans la guerre Russie-Ukraine.

LES FAITS : Le 24 août 2022, des sites d’information pro-Kremlin, dont Pravda et NewsFront, ont partagé une photo censée montrer un document ayant fuité, et signé par Valerii Zaluzhnyi, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, indiquant que 76.000 soldats ukrainiens ont été tués, 42.000 ont été blessés, et 3.000 sont portés disparus depuis le début de la guerre en février 2022.

Des responsables ukrainiens ont déclaré que la lettre était fausse et que l’Ukraine n’avait pas signalé la mort de 76.000 soldats en août 2022.

Certains sites ont affirmé que la prétendue lettre de Valerii Zaluzhnyi, adressée au Conseil de sécurité nationale et de défense, montrait que l’Ukraine minimisait ses pertes militaires. Par exemple, un article du 20 août 2022 sur la “lettre” publié par le site d’information d’État russe RIA-FAN déclarait : “Les pertes réelles de l’armée ukrainienne pendant l’opération spéciale des forces armées de la Fédération de Russie pour protéger le Donbass sont bien supérieures aux chiffres énoncés par les représentants du régime de Kyiv”.

En octobre 2022, le nombre exact de victimes militaires ukrainiennes depuis l’invasion de la Russie n’était pas connu. Toutefois, l’Ukraine n’a pas fait état de 76.000 morts parmi ses militaires. Valerii Zaluzhnyi a déclaré en août 2022 que près de 9.000 soldats ukrainiens étaient morts au combat, selon Reuters, qui n’a pas vérifié ce chiffre de manière indépendante. 

Toutefois, l’image montre une fausse lettre, qui a été fabriquée en utilisant la signature de Valerii Zaluzhnyi et l’en-tête du ministère de la défense de l’Ukraine. La lettre contient des erreurs grammaticales qui suggèrent “une traduction grossière depuis le russe”, note l’Atlantic Council, un think tank sur la politique étrangère basé à Washington, dans un billet de blog d’août 2022. 

Des représentants ukrainiens ont également démenti cette allégation. Dans un post Facebook d’août 2022, Hanna Maliar, la vice-ministre de la défense ukrainienne, a qualifié la lettre de “faux” qui a été “écrit par des gens complètement ignorants qui n’ont jamais vu à quoi ressemblent les vrais documents de notre département”. Et d’ajouter : “La contrefaçon a été faite grossièrement. Il n’y a rien à expliquer”. 

De même, le Centre de communication stratégique et d’information de sécurité d’Ukraine a qualifié la lettre falsifiée de “fausse propagande” dans un post Télégram d’août 2022. Le Centre affirme que, contrairement aux chiffres indiqués dans le faux document, il y a “toujours deux ou trois fois plus de blessés que de morts” dans les hostilités. Le Centre précise aussi que l’en-tête utilisé sur la lettre est celui de Ministère de la défense ukrainien, tandis qu’en réalité Valerii Zaluzhnyi travaille pour les forces armées ukrainiennes. 

MYTHE : Le journaliste de la BBC Jeremy Bowen a mis en scène un reportage sur le front en Ukraine.

LES FAITS : En octobre 2022, des posts sur les réseaux sociaux dans plusieurs langues ont affirmé qu’une photo montrait le reporter de la BBC Jeremy Bowen en train de mettre en scène un faux bombardement russe en Ukraine. Sur la photo citée dans ces posts, on voit Jeremy Bowen vêtu d’un équipement de protection, en train de se cacher, micro en main, tandis qu’une femme marche juste derrière lui en tenant un sac. 

“Jeremy Bowen, de la BBC, prétend qu’il est sur le front, alors qu’une femme le regarde, apparemment perplexe”, affirme un tweet d’octobre 2022 qui accompagne la photo, postée depuis le compte d’un utilisateur du nom de Mark Jamenson. Ce tweet a reçu plus de 77.000 “J’aime” et a été retweeté par l’ambassadeur adjoint de la Russie auprès de l’ONU, Dmitry Polyanskiy. 

En réalité, la photo utilisée dans ces posts est extraite d’un reportage vidéo de la BBC tourné en mars 2022, et montrant Jeremy Bowen dans la ville d’Irpin, en Ukraine, alors que des civils s’abritaient au cours d’un bombardement russe. Sur la vidéo complète, publiée par la BBC, on voit des incendies, des civils blessés, un pont détruit, on entend des bruits d’explosions – ce qui dément les allégations selon lesquelles Jeremy Bowen “faisait semblant” d’être sur le front. La vidéo complète montre la femme avec le sac en train de fuir, au milieu d’autres personnes, avec leurs effets personnels, derrière Jeremy Bowen. 

En effet, le 6 mars 2022, jour où ce reportage a été filmé, des frappes aériennes de l’armée russe ont touché un point de passage à Irpin alors que des civils s’apprêtaient à évacuer la ville en bus, selon de nombreux reportages et une analyse réalisée par le groupe de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch. Les autorités locales ont indiqué que ces attaques avaient fait huit morts.

La photo de Jeremy Bowen utilisée dans les posts est d’abord apparue dans une tribune qu’il a écrite en mars 2022 pour le journal britannique The Times. Dans l’article, Jeremy Bowen raconte son expérience en reportage à Irpin, et explique qu’il s’est retrouvé “allongé au sol, près d’un pont dans les banlieues du nord-ouest de la ville, alors que les bombes arrivaient du côté russe”. 

Jeremy Bowen a répondu aux allégations à son propos dans un tweet d’octobre 2022, dans lequel il qualifie les accusations disant qu’il aurait falsifié un reportage en Ukraine de “complètement fausses”. Il ajoute : “N’insultez pas les milliers de civils qui fuient sur le pont d’Irpin vers Kyiv pour échapper aux bombardements et aux crimes de guerre russes”. 

MYTHE : Une vidéo de septembre 2022 montre un convoi militaire chinois entrer en Ukraine. 

LES FAITS : Fin septembre 2022, des posts sur les réseaux sociaux et des articles en allemand et en anglais affirment qu’une vidéo récente montre des unités militaires chinoises en train d’entrer sur le territoire ukrainien depuis la Russie. Sur la vidéo, qui a circulé sur Telegram, Facebook et Twitter, on voit une ligne de véhicules militaires qui avancent sur une route, et l’on entend des voix russes en fond. 

Les sites et utilisateurs ayant relayé cette fausse allégation sur les réseaux sociaux citent un article du 18 septembre 2022 par le présentateur de radio conservateur Hal Turner, sur son site HalTurnerRadioShow.com, sur lequel NewsGuard a remarqué que des fausses allégations étaient souvent publiées. 

“Avec cette simple, petite action, presque insignifiante, la Chine vient d’annoncer au monde entier qu’elle est désormais présente militairement aux côtés de la Russie, au sein même de l’Ukraine”, explique Hal Turner dans son article, qui inclut la vidéo. 

En réalité, la vidéo montre un convoi militaire chinois en route pour l’Est de la Russie, et non l’Ukraine, pour des exercices militaires conjoints. À l’aide de Google Images, NewsGuard a effectué une recherche inversée de captures d’écran de la vidéo, qui a révélé que celle-ci avait été postée pour la première fois sur une chaîne YouTube anonyme le 29 août 2022. La description de la vidéo sur YouTube indique en russe : “L’Armée populaire de libération de Chine (APL) participera aux manœuvres militaires terrestres de commandement et d’état-major Vostok-2022”.

En effet, le 17 août 2022, le ministère chinois de la Défense nationale a publié une déclaration annonçant qu’il enverrait des soldats en Russie pour participer aux manœuvres militaires Vostok-22 — une initiative qui, selon lui, n’avait “aucun rapport avec la situation internationale et régionale actuelle”. Selon les médias, les exercices, qui ont eu lieu dans la ville russe de Vladivostok, ont commencé le 30 août 2022, soit un jour après la mise en ligne de la vidéo du convoi militaire chinois se rendant dans l’est de la Russie pour les exercices.

Par ailleurs, les plaques d’immatriculation des voitures civiles que l’on voit rouler sur le côté opposé de la route dans la vidéo sont russes, et non ukrainiennes, selon une comparaison effectuée par le site de fact-checking Lead Stories. Les plaques indiquent que la vidéo a probablement été enregistrée dans le kraï du Primorié, une région russe située à des milliers de kilomètres de l’Ukraine, selon Lead Stories.

MYTHE : Une photo datant de 1999 montre Volodymyr Zelensky lors d’une gay pride. 

LES FAITS : En septembre 2022, des posts sur les réseaux sociaux ont commencé à partager une image trafiquée censée montrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky, son conseiller présidentiel Oleksiy Arestovich, et l’ancien président ukrainien Petro Porochenko habillés en drag queens lors d’une gay pride.

Ces posts ont été publiés sur Facebook, Instagram, TikTok et Twitter dans de nombreuses langues, notamment en anglais, espagnol, russe, italien et grec.  

Plusieurs posts suggèrent que la photo prouve que Zelensky a menti à propos de sa sexualité, et remettent en question la légitimité de son mariage. Par exemple, un post du 25 septembre 2022 sur Twitter indique: “Zelensky et son petit ami en Ukraine à la Gay pride”. Un post du 16 septembre 2022 affirme: “Zelensky à LA en 1999. Même son mariage est un mensonge”. 

En réalité, la photo a été modifiée numériquement. Une recherche d’image inversée réalisée par NewsGuard grâce au logiciel de recherche d’image et de reconnaissance faciale TinEye, montre que l’image originale a été partagée sur Flickr en 2006 et que les visages de Volodymyr Zelensky, Oleksiy Arestovych, et Petro Poroshenko ont été superposés aux corps d’autres hommes. 

La page de la photo sur Flickr indique que la photo a été prise le 25 juin 2006 par un homme du nom de Thomas Hobbs, à la Marche des fiertés de New York. En septembre 2022, Thomas Hobbs a confirmé à l’Agence France-Presse avoir pris la photo, et précisé qu’il s’agissait d’une photo de ses amis. 

MYTHE : Le sniper canadien Wali a été tué en Ukraine par les forces spéciales russes. 

LES FAITS : Wali, de son surnom, est un ancien tireur d’élite québécois connu qui a combattu au sein du Royal 22ème Régiment. Il s’est porté volontaire en mars 2022 pour combattre les forces russes sur le front ukrainien, selon Les Observateurs, le site de fact-checking de la chaîne d’information française France 24. 

Wali est arrivé dans la région de Kyiv en Ukraine début mars 2022, puis, après une semaine de combats, il est retourné dans un lieu sûr gardé secret en Ukraine, selon une interview qu’il a accordée à la chaîne de télévision publique canadienne CBC, le 22 mars 2022. 

L’allégation selon laquelle Wali aurait été tué au combat est d’abord apparue dans des posts en chinois sur la plateforme de réseaux sociaux Weibo, un site chinois similaire à Twitter. Certains des premiers posts relayant cette allégation disaient que Wali avait “été abattu par les forces spéciales russes dans les 20 minutes suivant son arrivée sur le champ de bataille en Ukraine”, selon CheckNews, le service de fact-checking du journal français Libération. 

Cette fausse allégation a rapidement été diffusée dans d’autres langues sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, Facebook, et Telegram, ainsi que sur des sites pro-russes tels que Pravda.ru, Russia-News.ru, Tsargrad.tv, et VeteransToday.com, sur lesquels on peut encore trouver cette affirmation. 

Wali a lui-même démenti l’annonce de sa mort sur les réseaux sociaux. Dans un post Facebook du 14 mars 2022, il a écrit: “Ne vous en faites pas pour ma sécurité. Je suis déjà loin de la base qui a été bombardée hier. J’y suis déjà passé mais brièvement”.

Le lendemain, la Brigade normande, une unité de combattants volontaires étrangers venus en Ukraine que Wali avait rejoint, a également publié un communiqué précisant : “Wali n’est pas à Marioupol. Des rumeurs à propos de sa mort ont commencé à apparaître autour du 13 mars et le commandant de la Brigade normande a communiqué avec lui le 15 mars au matin”. 

Wali a été interviewé depuis son retour au Canada en mai, et continue à être actif sur les réseaux sociaux. 

MYTHE : Une vidéo de septembre 2022 montre Vladimir Poutine lors de son procès dans le box grillagé d’un tribunal russe. 

LES FAITS: En septembre 2022, des posts sur les réseaux sociaux ont partagé un court extrait vidéo qui semble montrer le président russe Vladimir Poutine derrière les barreaux, dans un tribunal bondé. La vidéo inclut une voix off en russe, avec des sous-titres en anglais, qui explique que Vladimir Poutine est accusé de préparer “un acte de terrorisme pour intimider la population et influencer le gouvernement actuel”.

Un post Twitter a partagé la vidéo avec un commentaire en chinois disant : “Breaking news : le ministère des Affaires étrangères annonce un coup d’État en Russie et déclare que Poutine a été assigné à domicile”.

En réalité, la vidéo est un montage qui date d’il y a dix ans, dans lequel la tête de Vladimir Poutine a été superposée sur la vidéo à celle de Mikhaïl Khodorkovski, l’un des principaux critiques de Vladimir Poutine et l’ancien chef de la compagnie pétrolière Ioukos, selon un article de vérification de l’Agence France-Presse datant de 2012. Le montage se sert de séquences de “Khordokovski”, un documentaire de 2011 à propos du procès de Khodorkovski, selon l’Agence France-Presse. Khodorkovski a passé plus de 10 ans en prison pour des accusations de fraude et d’évasion fiscale, avant d’être gracié par Vladimir Poutine en décembre 2013. 

Les photos publiées sur la page du film “Khodorkovski” de la base de données cinématographiques IMDb montrent que le montage vidéo a utilisé des images de ce documentaire. Certaines photos du film montrent Khodorkovski derrière des barreaux dans une salle de tribunal russe, portant la même veste sombre et le même haut que celui que Vladimir Poutine semble porter dans la vidéo qui dit montrer le procès du président russe. 

La vidéo était à l’origine une vidéo parodique qui est devenue virale en février 2012, deux semaines avant l’élection présidentielle russe lors de laquelle Vladimir Poutine, alors Premier ministre, tentait de s’imposer comme président, selon un article de 2012 de l’Agence France-Presse. Vadim Korovin, le président de la société de diffusion moscovite Lancelot Video, qui a co-créé la vidéo parodique, a déclaré dans une interview accordée à l’Agence France-Presse en 2012 que la vidéo avait été réalisée pour promouvoir un documentaire français de 2022 intitulé “L’assassinat de la Russie”, également distribué par la société Lancelot. La vidéo parodique a été publiée pour la première fois sur la chaîne YouTube de Lancelot en février 2012. 

MYTHE : La police a arrêté des Ukrainiens qui essayaient de vendre des missiles Stinger en Allemagne. 

LES FAITS : Mi-septembre 2022, des chaînes Telegram pro-Kremlin et des sites d’information ont affirmé que les autorités allemandes de Brême avaient arrêté plusieurs ukrainiens qui vendaient en ligne des missiles Stinger fournis par l’Occident ainsi que d’autres armes. Des articles sur les sites d’information russes Pravda et RIA FAN, affirment que des étudiants de Dresde, en Allemagne, ont découvert les sites de vente d’armes en ligne, et alerté les autorités, qui ont ensuite arrêté les Ukrainiens. 

Ces fausses allégations, qui ont été diffusées dans plusieurs langues, avancent comme soi-disant preuve une vidéo d’un homme debout à côté d’une arme posée par terre dans la rue. L’homme est décrit comme un témoin de l’arrestation des vendeurs d’armes ukrainiens à Brême. Des voix en allemand peuvent être entendues dans la vidéo.

Toutefois, la vidéo et les posts ne fournissent aucune preuve de l’arrestation d’ukrainiens en Allemagne pour la vente de missiles Stinger ou d’autres équipements militaires. En effet, il n’y a aucune trace publique documentant de telles arrestations, et la police de Brême a démenti l’allégation dans un tweet de septembre 2022 disant : “La police de Brême n’a rien à voir avec cette vidéo et n’a arrêté aucun ukrainien vendant des armes”. 

Une recherche d’image inversée réalisée par NewsGuard sur des plans de la vidéo indiquent que celle-ci a été publiée pour la première fois sur YouTube le 7 septembre 2022 par la chaîne “Journalisten Friekorps”, qui se décrit sur Telegram comme une “chaîne pour du journalisme honnête et des journalistes honnêtes”. La légende YouTube indique que les douaniers du port de Brême ont saisi les armes d’un navire du nom de Floriana, qui se rendait en Turquie sous pavillon ukrainien, et que les personnes arrêtées étaient des militaires ukrainiens. 

Toutefois, l’organisation de fact-checking ukrainienne StopFake, citant des données de transport maritime provenant du site d’analyse spécialisé MarineTraffic, a rapporté que le navire Floriana voyageait sous pavillon maltais, et non ukrainien. 

Les voix entendues sur les posts proviennent d’une vidéo différente et sans aucun rapport, dont l’audio a été superposé à la vidéo du missile, selon une analyse sonore de StopFake, qui indique que les voix allemandes que l’on entend dans la vidéo proviennent d’un enregistrement YouTube d’une manifestation ayant eu lieu dans la ville de Greiz (Allemagne), en janvier 2022, soit avant le début de la guerre en Ukraine.  

MYTHE : Un formulaire à la frontière estonienne demande aux voyageurs à destination de la Russie de confirmer qu’ils reconnaissent l’invasion de l’Ukraine comme criminelle. 

LES FAITS : Quelques jours après que le Premier ministre estonien a annoncé en août 2022 que les citoyens russes ne pourraient bientôt plus entrer en Estonie avec des visas de tourisme, des chaînes Telegram pro-Kremlin ont partagé une photo prétendant montrer un formulaire à remplir à la frontière par les résidents estoniens voyageant vers la Russie depuis l’Estonie. Ce formulaire, écrit en estonien et en anglais, demande aux voyageurs s’ils considèrent que l’invasion russe de l’Ukraine est un crime, et s’ils sont prêts à confirmer qu’ils “ne soutiennent pas l’agression de la Fédération russe”, entre autres questions. 

En bas du formulaire, il est écrit que, conformément à l’article 8 de la Constitution de la République d’Estonie, les résident estoniens qui voyagent vers la Russie pour 14 jours ou plus “sans raison valable” pourraient perdre leurs permis de séjour ou recevoir une amende pouvant aller jusqu’à 20.000 euros. Sur le questionnaire est apposé l’armoirie de l’Estonie, et on y voit le numéro de carte d’identité, le nom et la signature d’un citoyen estonien qui semble avoir rempli le formulaire à la main le 18 août 2022. 

En réalité, l’image citée dans les posts ne montre pas un formulaire authentique remis à la frontière estonienne, et la Constitution de la République d’Estonie n’exclut et ne punit pas les habitants qui se rendent en Russie, comme l’indique ce faux document. 

“Il n’y a aucun formulaire de la sorte, et il ne pourrait pas y en avoir”, a déclaré Ilmar Kahro, porte-parole de l’Agence de la police et des garde-frontières d’Estonie, au journal Estonia Daily en septembre 2022.  Le faux document contient de nombreuses erreurs grammaticales. Par ailleurs, sur les formulaires authentiques remis à la frontière estonienne, on trouve généralement un emblème de la police et du département des gardes-frontières estoniens, et non l’armoirie de l’Estonie, selon Provereno.Media, un site russe de fact-checking indépendant. 

Le numéro de carte d’identité de Serhii Filatov, le soi-disant citoyen estonien ayant rempli le formulaire, ne correspond pas au format type des numéros de cartes d’identité estoniennes, qui contiennent deux lettres et septs chiffres, selon l’Agence de la police et des garde-frontières d’Estonie. Contrairement aux allégations formulées en bas du document, l’article 8 de la Constitution estonienne parle du droit à la citoyenneté, et ne mentionne pas le fait d’imposer une amende ou de retirer des permis de séjour aux individus ayant voyagé en Russie. 

MYTHE : Des Ukrainiens ont piraté le système de panneaux routiers du Pont de Crimée. 

LES FAITS : En août 2022, de nombreux sites et comptes sur les réseaux sociaux ont partagé une photo d’un panneau routier sur le Pont de Crimée affichant le message “Welcome to Ukraine” (“Bienvenue en Ukraine”). Le Pont de Crimée, long de 12 miles, soit un peu plus de 19 kilomètres, connecte la péninsule ukrainienne de Crimée, annexée en 2014 par la Russie, au territoire russe. Ces posts affirmaient que des hackers ukrainiens avaient pris le contrôle des panneaux routiers pour y afficher ce message patriotique. 

En réalité, la photo est un montage réalisé à partir d’une image du pont prise en juin 2021, modifiée pour y inclure le message “Bienvenue en Ukraine”, selon un article de vérification de France24. Sur la photo originale, téléchargée sur Google Street View par un compte du nom de Maxim Kalinin, le panneau est vide. 

Par ailleurs, la photo n’a pas été prise du côté du pont qui mène en Crimée, mais plutôt du côté qui va vers la Russie, selon la chaîne de télévision publique belge flamande VRT, qui a analysé le trajet de la photo sur Google Maps.  

VRT a rapporté que l’image altérée avait d’abord été partagée dans un post du 20 août 2022, sur le réseau social russe Vkontakte, dans un groupe communautaire dédié aux actualités sur la ville de Yevpatoria, dans l’Ouest de la Crimée. Le post, qui a depuis été supprimé, contestait que le panneau routier ait été piraté. 

MYTHE : Une photo montre un mariage nazi en Ukraine. 

LES FAITS : En septembre 2022, des posts sur les réseaux sociaux ont partagé une image photoshoppée montrant un mari et sa femme, ainsi que les invités de leur mariage, levant la main pour faire ce qui ressemble à un salut nazi. On voit aussi le drapeau ukrainien en fond. 

En réalité, la photo des gens semblant faire un salut nazi a été prise en Russie, et le drapeau ukrainien a été ajouté numériquement à l’image, selon une analyse de NewsGuard. Une recherche inversée d’image réalisée par NewsGuard en utilisant le moteur de recherche TinEye, un logiciel canadien de recherche d’image et de reconnaissance faciale, a montré que la photo originale circulait en ligne dès 2016. La photo originale montre les couleurs jaunes et noires d’un drapeau qui ressemble au drapeau impérial de l’empereur de Russie, Alexandre II, de 1858 à 1896. 

Le 4 septembre 2022, un utilisateur de Twitter qui porte le nom @MissMamaLillith sur le réseau a identifié le monument dont on aperçoit une partie sur la photo comme une statue de Lénine située sur la place centrale de Novokouznetsk, une ville du sud de la Russie. En utilisant Yandex maps, le service de cartes de la société russe Yandex, NewsGuard a confirmé que le monument et l’immeuble en fond de la photo sont identiques à ceux situés sur la rue de Lénine (“Ulitsa Lenina”, en russe) à Novokouznetsk, en Russie. 

MYTHE : Une photo montre des soldats chinois s’engageant à rejoindre les forces russes en Ukraine.

LES FAITS : Fin juillet 2022, une photo est apparue sur les réseaux sociaux prétendant montrer des soldats de l’Armée populaire de libération chinoise rejoignant les forces russes pour se battre en Ukraine. L’image montre trois hommes portant des treillis militaires avec des écussons frappés de drapeaux chinois et russe, en train de signer des documents. 

“Des centaines de soldats ‘à la retraite’ des forces spéciales de #Chine sont arrivés en #Ukraine de l’Est et ont rejoint les milices pour rejoindre les milices séparatistes soutenues par la #Russie des Républiques de Donetsk et de Lougansk”, selon un tweet de juillet 2022 relayant la photo sur le compte “Anonymous Operations” (Opérations Anonymes). L’allégation a circulé sur Telegram, Reddit, Facebook, et le réseau social russe VK, et a été partagée dans de nombreuses langues, notamment en polonais, russe et chinois. 

En réalité, cette photo montre des touristes chinois à Armeisky Poligon, un parc d’attractions à thème militaire à Saint-Pétersbourg, en Russie, comme l’a montré une recherche d’image inversée réalisée par l’Agence France-Presse. Armeisky Poligon propose des tours qui incluent des circuits dans des véhicules militaires, des shootings photo en uniforme militaire, et des leçons pour apprendre à soigner les blessés, selon son site

“Notre entreprise a reçu des invités très importants de Chine”, a écrit le parc d’attractions dans un post avec la photo publié sur son site en juillet 2022, et supprimé depuis. (Le parc d’attractions a supprimé les posts liés à cet événement après avoir été contacté par l’AFP au sujet de cette fausse allégation). “Des touristes de pays amis sont emmenés depuis longtemps sur des terrains d’entraînement de l’armée pour leur offrir de nouvelles opportunités et expériences”. L’entreprise a ajouté qu’elle avait “préparé des uniformes et des équipements des forces spéciales russes” et “commandé le drapeau et les galons chinois”.

Le parc d’attractions a également partagé la photo sur VK en juillet 2022, en précisant qu’il avait “organisé un tour d’une journée pour la délégation chinoise et leurs partenaires russes”. Pasha Denisov, un producteur qui a filmé l’événement, a dit à l’Agence France-Presse que les hommes de la photo étaient “des touristes” et non des soldats.  

MYTHE : L’OTAN a envoyé 10.000 soldats en Ukraine. 

LES FAITS : Le 14 août 2022, une vidéo intitulée “Poutine est bloqué: 10 mille soldats de l’OTAN sont entrés sur le territoire ukrainien!” a été publiée sur YouTube par un compte appelé US Daily Update, qui compte plus de 126.000 abonnés. 

Cette vidéo montre une séquence avec des équipements militaires et des gens en treillis kaki, mais ne montre pas l’entrée de soldats de l’OTAN en Ukraine, et ne fournit aucune preuve qui soutienne cette allégation. 

Il n’y a pas de preuve que des soldats de l’OTAN soient entrés en Ukraine. L’OTAN a indiqué plusieurs fois qu’elle n’enverrait pas de soldats en Ukraine, pour éviter un conflit direct avec la Russie. Par exemple, lors d’une conférence de presse du 23 mars 2022, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré : “l’OTAN n’enverra pas de soldats en Ukraine. Nous devons nous rendre compte qu’il est extrêmement important de soutenir l’Ukraine, et nous augmentons nos efforts, mais en même temps il est aussi primordial d’empêcher que ce conflit (ne devienne) une guerre totale entre l’OTAN et la Russie”. 

Conformément à l’Article 5 du traité fondateur de l’OTAN, une attaque contre un allié devrait être “considérée comme une attaque contre tous”. Toutefois, l’Ukraine n’est pas un pays membre de l’OTAN, et par conséquent n’est “pas couvert par la garantie sécuritaire”, indique l’organisation sur son site. 

En réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’OTAN a déployé des milliers de soldats supplémentaires dans des pays membres (Bulgarie, Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Estonie, Lettonie, Lituanie, et Pologne), selon le site de l’OTAN. “40.000 soldats, ainsi que d’importants moyens aériens et navals, sont maintenant sous le commandement direct de l’OTAN dans la partie orientale de l’Alliance, soutenus par des centaines de milliers d’autres provenant des déploiements nationaux des Alliés”, a écrit l’organisation. L’OTAN a également aidé à fournir une aide humanitaire et une aide militaire non létale à l’Ukraine, tandis que plusieurs membres de l’alliance continuent d’envoyer individuellement des armes, des munitions et des équipements militaires. 

MYTHE : En quête désespérée de main d’œuvre, Vladimir Poutine a forcé un général russe à la retraite, et en surpoids, à se battre en Ukraine. 

LES FAITS : Le 25 juin 2022, le tabloïd britannique Daily Star a publié un article, depuis retiré, affirmant à tort qu’un général russe retraité de 67 ans, identifié seulement comme “Pavel”, “a été envoyé au combat sur le front de l’Est de l’Ukraine car (le président russe) Vladimir Poutine est bientôt à court d’officiers supérieurs”. L’article citait une source anonyme haut placée au sein des services de renseignement. L’article comprenait une photo d’un homme en surpoids portant un uniforme de camouflage et une casquette verte. 

Le Daily Star et d’autres sites d’actualité, parmi lesquels des tabloïds britanniques et américains, se sont appuyés sur cette histoire pour affirmer que Vladimir Poutine était bientôt à court d’officiers compétents en Ukraine. 

Il n’y a pas de preuve qu’un général russe du nom de Pavel ait été sorti de sa retraite et envoyé en Ukraine pour se battre. En réalité, la photo publiée par le Daily Star ne montre pas un général russe, selon une enquête conjointe du magazine belge Knack et de VRT NWS, un service d’actualité de la chaîne de télévision publique flamande VRT.  

L’enquête de VRT NWS et Knack a remonté la trace de l’homme sur la photo publiée par le Daily Star jusqu’au profil d’un homme de 58 ans du nom d’Ivan Turchin, sur le réseau social russe Odnoklassniki. En s’appuyant sur ce profil, l’enquête a montré qu’Ivan Turchin était un ancien soldat et agent de patrouille aux frontières, et non un général. “Rien n’indique qu’il serait à nouveau en service actif, et encore moins en Ukraine”, a conclu l’enquête. 

MYTHE : L’Ukraine a demandé à la Pologne de renommer une rue de Varsovie en hommage au nationaliste ukrainien Stepan Bandera. 

LES FAITS : Le 16 août 2022, une fausse lettre prétendument signée par le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a été publiée sur la chaîne Telegram anonyme pro-russe “Joker DNR”. La lettre demandait aux autorités polonaises de renommer une rue de Varsovie, la capitale de la Pologne, en l’honneur de Stepan Bandera, une figure nationaliste controversée qui a dirigé l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale.

“L’Ukraine, comme la Pologne, est en faveur de la désoviétisation et de la décommunisation”, dit la lettre. “Par conséquent, la partie ukrainienne soumet au Conseil de la République de Pologne et aux autorités compétentes de la capitale polonaise la décision de renommer la rue Belwederska à Varsovie, où se trouve l’ambassade de Russie, en rue Stepan Bandera”.

Le 17 août 2022, la chaîne Telegram Joker DNR a partagé une autre fausse lettre, datée du 15 août 2022, censée provenir du vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Marcin Przydacz. La lettre était censée contenir un ordre adressé au président de l’Institut polonais de la mémoire nationale, lui enjoignant de faire des recherches et de remettre un avis d’expert par écrit sur “la possibilité de changer le nom de la rue dans la capitale, Varsovie, en l’honneur du héros national de l’Ukraine Stepan Bandera”, sur la base d’une demande “proposée par le ministère ukrainien des Affaires étrangères”.

Le ministère polonais des Affaires étrangères a déclaré dans un post Twitter du 18 août 2022 que les lettres censées provenir de Dmytro Kuleba et Marcin Przydacz étaient des faux. Le ministère a tweeté : “de fausses informations ont été partagées sur Telegram par une personne pro-russe, qui a également diffusé du contenu sur la prétendue déportation d’Ukrainiens depuis la Pologne”. 

MYTHE : Une vidéo du président ukrainien Volodymyr Zelensky en conférence téléphonique montre de la cocaïne sur son bureau. 

LES FAITS : À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, de fausses allégations selon lesquelles le président ukrainien Volodymyr Zelensky serait dépendant à la cocaïne sont apparues sur des sites et comptes pro-Kremlin sur les réseaux sociaux, citant comme preuves des images manipulées ou trompeuses.

Fin avril 2022, Ilya Kiva, un ancien député ukrainien pro-russe, a partagé sur sa chaîne Telegram une vidéo d’une conférence téléphonique de mars 2022 entre Volodymyr Zelensky et le PDG de Tesla, Elon Musk. Ilya Kiva a affirmé que la vidéo montrait de la poudre blanche et une carte de crédit sur le bureau de Volodymyr Zelensky. Le site russe Chelindustry.ru a commenté la même vidéo en avril 2022, en déclarant : “À un moment donné, la caméra fait un panoramique sur sa table, sur laquelle on distingue un rail de poudre blanche, dans lequel se trouve une carte bancaire en plastique du système de paiement Mastercard. Sans aucun doute, il s’agit d’une drogue, ou plutôt de cocaïne, qu’un ancien comédien ukrainien utilise depuis longtemps”.

En réalité, la vidéo originale de la conférence téléphonique entre Volodymyr Zelensky et Elon Musk – d’abord partagée sur Instagram par Volodymyr Zelensky en mars 2022 – ne montre pas de cocaïne sur son bureau. Sur la vidéo authentique, publiée par la BBC et The Guardian, le bureau de Volodymyr Zelensky ne contient que des documents, un téléphone, et son ordinateur portable. La vidéo a ensuite été manipulée numériquement pour y ajouter la substance blanche et la carte de crédit, selon une analyse des vidéos réalisée par NewsGuard.  

Depuis que la Russie a commencé à déplacer ses troupes vers la frontière avec l’Ukraine en décembre 2021, les médias de désinformation pro-Kremlin ont tenté de discréditer Volodymyr Zelensky en le qualifiant de drogué. Dans une déclaration vidéo de février 2022, le président russe Vladimir Poutine a qualifié le gouvernement ukrainien de “gang de drogués”. 

MYTHE : Un ancien camp de concentration en Allemagne a logé des réfugiés ukrainiens. 

LES FAITS : En juillet 2022, de nombreux posts sur les réseaux sociaux et sites pro-russes, dont Pravda.ru, ont affirmé que le Mémorial de Sachsenhausen, un ancien camp de concentration à Berlin, avait accueilli des réfugiés ukrainiens. Ils ont cité comme preuve une capture d’écran d’un prétendu post Instagram du Mémorial de Sachsenhausen, qui montrait une photo de barraques du camp affichant des bannières bleues et jaunes avec les mots “Bienvenue à la maison” en allemand. 

Ces rapports affirmaient que le Mémorial de Sachsenhausen n’avait supprimé le post Instagram qu’après que des citoyens allemands eurent exprimé leur indignation à l’idée que des réfugiés soient logés dans un ancien camp de concentration. Cette infox semble faire partie d’un effort pour creuser un fossé entre l’Ukraine et les pays européens qui ont accueilli des réfugiés de guerre, en suggérant que les Allemands étaient insensibles et plaçaient des réfugiés dans un ancien camp de concentration.

En réalité, le Mémorial de Sachsenhausen a déclaré que cette affirmation était une infox. “Un faux post Instagram circule actuellement sur divers groupes Telegram, affirmant que le mémorial accueillerait des réfugiés ukrainiens dans des baraquements sur les terrains du camp”, a déclaré le Mémorial dans un tweet du 20 juillet 2022. “Nous condamnons l’utilisation croissante de références à de fausses allégations faisant référence à l’histoire nazie pour mener une propagande maladroite”. 

Une recherche d’images inversées réalisée par NewsGuard montre que la photo montrant les baraquements du camp de concentration avait été trafiquée numériquement pour ajouter la bannière “Bienvenue à la maison”. La photo originale de l’ancien camp de concentration de Sachsenhausen a été publiée pour la première fois sur un site de voyage berlinois en 2019 et ne montre pas de bannière bleue et jaune “Bienvenue chez vous”, comme a pu le constater NewsGuard.

MYTHE : L’Ukraine a envoyé ses réserves d’or et de devises étrangères en Pologne.

LES FAITS: En juin 2022, la publication en ligne d’Asie de l’Est Rabbit Hole a interviewé Sergueï Nikolaychuk, gouverneur adjoint de la Banque nationale d’Ukraine, au sujet de l’économie du pays dans le contexte de la guerre. Dans les semaines qui ont suivi la publication de l’interview, des médias russes, dont le site pro-Kremlin Svobodnaya Pressa et le tabloïd quotidien Komsomolskaya Pravda, ont cité l’interview pour affirmer que Sergueï Nikolaychuk avait admis que l’Ukraine avait transféré ses réserves d’or et de devises étrangères en Pologne pour des raisons de sécurité.

En réalité, Sergueï Nikolaychuk n’a à aucun moment de son entretien avec Rabbit Hole dit que l’Ukraine avait transféré ses réserves d’or et de devises étrangères en Pologne. La retranscription originale de l’interview ne mentionne absolument pas les réserves internationales de l’Ukraine.

“L’idée que Sergueï Nikolaychuk m’ait dit que l’Ukraine avait transféré ses réserves d’or et de devises étrangères en Pologne est franchement ridicule”, a déclaré à NewsGuard le journaliste londonien Harry Clynch, (qui a mené l’interview avec Sergueï Nikolaychuk) dans un message Twitter du 20 août 2022. Sergueï Nikolaychuk “n’a rien suggéré de la sorte dans l’interview qu’il m’a accordée”, a-t-il ajouté. 

Il n’y a pas de preuve que l’Ukraine ait transféré ses réserves d’or et de devises étrangères en Pologne. En août 2022, l’Ukraine disposait d’environ 22,3 milliards de dollars d’actifs en devises étrangères et en or, selon le site de la Banque nationale d’Ukraine, qui précise que “ces réserves sont détenues dans des banques étrangères de première classe et des instruments financiers fiables”. Depuis l’invasion de la Russie en février 2022, l’Ukraine a vendu 12,4 milliards de dollars de réserves d’or, selon Reuters.

MYTHE : La société pharmaceutique ukrainienne Microkhim teste des médicaments dangereux sur des habitants de la région.

LES FAITS : Le 16 juillet 2022, la chaîne de télévision publique russe Rossiya-1 a affirmé que des pays occidentaux avaient chargé l’usine de la société pharmaceutique ukrainienne Microkhim de mener des expériences secrètes sur des habitants de la région en utilisant des médicaments dangereux, notamment la Nalbuphine, un antidouleur puissant, qui, selon la chaîne, n’est pas homologué en Ukraine. La séquence a montré une série de documents comme preuves présumées, y compris ce que le journaliste a décrit comme un “contrat” de participation à l’expérience.

Il n’y a pas de preuve que Microkhim mène des expériences secrètes sur des habitants de la région en utilisant des médicaments non-homologués. 

La nalbuphine appartient à une classe de médicaments appelée opiacés agonistes/antagonistes et est utilisée pour atténuer les douleurs modérées à sévères. Elle est également administrée avant et après des opérations chirurgicales. Contrairement à ce qu’affirme Rossiya-1, la Nalbuphine figure sur le registre national ukrainien des médicaments et peut être achetée en pharmacie sur ordonnance, selon le média ukrainien Vox Ukraine.

Selon Vox Ukraine, qui a visionné les images du reportage, aucun des documents présentés par Rossiya-1 ne fait état d'”expériences” sur des résidents. Mais même s’il existait des contrats de participation à un essai clinique, cela ne prouverait pas que Microkhim a mené des “expériences secrètes” sur des habitants. 

Dans un communiqué publié le 19 juillet 2022 sur son site internet, Microkhim a déclaré que le reportage de Rossiya-1 s’inscrivait dans “la tradition des meilleures fausses allégations russes”. Ce communiqué précisait que Microkhim était “une société pharmaceutique avec 30 ans d’expérience sur le marché. … Nos médicaments et notre production répondent à toutes les normes de certification internationales”. La société a ajouté que la production de son usine de Lougansk avait été suspendue le 24 février 2022, le jour où la Russie a envahi l’Ukraine, “en raison des hostilités actives”. 

MYTHE : L’Ukraine a mené des expériences sur son personnel militaire pour évaluer leur tolérance aux maladies infectieuses. 

LES FAITS : Le 7 juillet 2022, Igor Kirillov, le commandant des forces de défense radiologique, chimique et biologique de l’armée russe, a déclaré qu’il possédait des données sur la santé des soldats ukrainiens, qui indiquaient qu’ils avaient été soumis à des expériences dangereuses pour les préparer à travailler dans des régions contaminées par des agents biologiques. Igor Kirillov a également expliqué que l’Ukraine était devenue un “terrain d’essai pour les armes biologiques, non seulement des États-Unis mais aussi pour leurs alliés du bloc de l’OTAN”.  

Comme preuve supposée de l’allégation selon laquelle l’Ukraine serait devenue un terrain d’essai pour les États-Unis et l’OTAN, le ministère russe de la Défense a cité plusieurs documents, dont une étude intitulée “Diffusion du  virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo et des hantavirus en Ukraine, et besoin potentiel de diagnostics différentiels pour les patients suspectés d’avoir la leptospirose”.  

Les allégations d’Igor Kirillov sont infondées. NewsGuard n’a trouvé aucune preuve ni aucune étude fiable qui soutienne l’allégation d’Igor Kirillov à propos de la santé des soldats ukrainiens. 

Il n’y a pas de programmes militaro-biologiques américains connus en Ukraine. Cette allégation se base généralement sur une interprétation erronée du Programme de réduction des menaces biologiques du département de la Défense américain, qui collabore avec des pays partenaires pour réduire le risque d’apparition de nouvelles épidémies de maladies infectieuses dangereuses en aidant ces partenaires à sécuriser les pathogènes dangereux et à rapidement détecter les épidémies, selon le site de l’ambassade des États-Unis en Ukraine. Les États-Unis aident des laboratoires ukrainiens depuis 2005 quand un accord a été signé entre le Ministère ukrainien de la Santé et le département américain de la Défense pour limiter la menace bioterroriste en mettant en place des mesures de protection contre les agents pathogènes mortels provenant des programmes d’armes biologiques de l’ère soviétique. 

Depuis cette date, le Programme de réduction des menaces biologiques a contribué à construire et moderniser des laboratoires ukrainiens. Ces laboratoires sont gérés et principalement financés par le gouvernement ukrainien. Dans un communiqué de mai 2020, le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) a précisé en réponse aux allégations relatives à la présence de laboratoires militaires biologiques américains qu’“aucun laboratoire biologique étranger n’opère en Ukraine”. 

L’étude sur la diffusion du  virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo et des hantavirus en Ukraine, citée par Igor Kirillov, a été réalisée par le Programme de réduction des menaces biologiques. Son but affiché était de “déterminer la séroprévalence des anticorps” aux hantavirus et au virus responsable de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo chez des volontaires “impliqués dans les installations militaires et médicales du ministère de la Défense ukrainien, situées à Lviv, Kharkiv, Odessa et Kyiv, et de comparer ces données avec les informations de leurs cartes médicales élaborées grâce à des questionnaires”. En février 2022, un porte-parole de l’Agence de réduction de la menace dans le domaine de la défense a déclaré au “Bulletin of the Atomic Scientists”, une association à but non-lucrative basée aux États-Unis, que l’étude “avait été réalisée en conformité avec toutes les réglementations ukrainiennes et américaines pertinentes en matière de santé et de sécurité”.

MYTHE : L’armée ukrainienne a vendu des systèmes d’artillerie CAESAR, produits par la France, à la Russie. 

LES FAITS : Le 20 juin 2022, quatre mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’avocat français Régis de Castelnau a affirmé sans preuves que les Russes avaient intercepté deux canons français Caesar. Régis de Castelnau, qui s’identifie comme un “communiste patriote”, gère le blog d’actualités juridiques VuDuDroit.com, et contribue fréquemment à la revue nationaliste française Front Populaire. 

“Ils sont actuellement dans l’usine Uralvagonzavod dans l’Oural pour étude et rétro ingénerie éventuelle. Merci Macron, c’est nous qu’on paye (sic)”, a dit Régis de Castelnau sur son compte Twitter, sur lequel il a plus de 30.000 abonnés. Il faisait alors sûrement référence au fait que la France a envoyé à l’Ukraine un total de 18 systèmes d’artillerie Caesar, des canons automoteurs produits en France. 

Quelques jours plus tard, le tweet de Régis de Castelnau a été repris par des comptes russes sur les réseaux sociaux et des médias russes. Le 23 juin 2022, la société d’État Uralvagonzavod a répondu directement au tweet de Régis de Castelnau sur son compte Telegram officiel, en disant : “Bonjour, Mr. Régis. Merci de remercier le président Macron pour la donation d’automoteurs d’artillerie. Ces engins ne sont bien sûr pas tip-top… pas comme nos MSTA-S! Néanmoins, ils seront utiles. Envoyez-en plus – nous les prendrons”.

Uralvagonzavod n’a fourni aucune preuve montrant que la Russie était en possession de ces armes françaises. Aucun rapport crédible n’indique d’ailleurs que ces systèmes d’artillerie ont été interceptés par des forces russes. 

À un utilisateur de Twitter qui lui a demandé de donner une source pour cette allégation, Régis de Castelnau a répondu sèchement le 20 juin 2022 sur Twitter : “FSB”, le principal service de renseignements russe. Dans un article posté sur son blog le 8 juillet 2022, Régis de Castelnau a dit que sa source était “un ami en général très bien informé des choses de la guerre et de l’armement”, : Et d’ajouter : “Mon message désinvolte du 20 juin est devenu viral et a semble-t-il fait du bruit dans landerneau. Voici ce que j’ai cru comprendre ces jours-ci. Je suis très prudent et je ne peux dire autre chose que ce scénario est plausible. Est-ce la réalité ? On verra”.

L’état major français a nié cette allégation, dénonçant une “rumeur complètement infondée” et “complètement invraisemblable”, selon un article du site d’actualité français TF1info de juin 2022. Un porte-parole de l’armée française a également affirmé au quotidien La Croix que l’armée avait vérifié auprès des autorités ukrainiennes et n’avait trouvé aucun canon Caesar manquant. 

MYTHE : Cargill, Dupont et Monsanto ont acheté 17 millions d’hectares de terres agricoles ukrainiennes.

LES FAITS : Le président Volodymyr Zelensky n’a pas vendu de terres agricoles ukrainiennes à Cargill, DuPont et Monsanto, selon de nombreux organes de presse, dontl’agence de presse allemande Deutsche Presse-Agentur (DPA) et les services de vérification d’informations Fake Hunter (Pologne) et StopFake.org (Ukraine). 

Cette allégation semble trouver son origine dans un billet posté le 26 mai 2022 sur Telegram par Laura Aboli, complotiste d’extrême droite américaine qui relaie régulièrement de la propagande russe et a vivement critiqué les mesures de restriction liées à la pandémie de COVID-19. Après avoir supprimé ce post, Laura Aboli l’a de nouveau partagé auprès de ses plus de 100.000 abonnés sur Telegram le 23 juillet 2022. Cette allégation a par la suite été diffusée par des médias russes, ainsi que sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et Twitter

En effet, l’une des sociétés censée avoir acheté ces terres, Monsanto, n’existe plus, étant donné que l’entreprise pharmaceutique allemande Bayer a racheté et absorbé Monsanto en 2018. Par ailleurs, les rapports annuels de Cargill, Dupont et Bayer ne mentionnent nulle part l’achat de terres ukrainiennes, selon l’agence de presse allemande DPA. De plus, il est illégal de vendre des terres à des entités étrangères en Ukraine depuis un moratorium datant de 2002. 

Ceux qui relaient cette allégation citent souvent une loi, votée en 2020, qui, selon eux, aurait rendu possible la vente de terres agricoles à des sociétés américaines. En réalité, selon Stopfake.org et DPA, cette nouvelle loi sur les terres interdit explicitement la vente de terres agricoles ukrainiennes à toute entité étrangère, bien qu’elle permette aux propriétaires de louer ces terres aussi bien à des sociétés ukrainiennes qu’étrangères. La loi de 2020 autorise aussi les ventes privées entre citoyens ukrainiens, ce qui était auparavant interdit par le moratorium. La loi limite ces ventes à 100 hectares par personne. 

MYTHE : Un bénévole à Boutcha, en Ukraine, a confirmé que le massacre de civils dans cette ville avait été mis en scène. 

LES FAITS : Adrien Bocquet, un ancien militaire français qui a servi dans l’armée de l’Air française par intermittence pendant deux ans, a déclaré au média d’État russe Sputnik en juillet 2022 qu’il avait assisté à la mise en scène du massacre de civils à Boutcha par des troupes ukrainiennes, lorsqu’il y était bénévole en avril 2022. 

Adrien Bocquet est parti en Ukraine en avril 2022 pour travailler auprès de la Sheptytsky Charitable Fund, une organisation ukrainienne qui fournit des soins médicaux aux personnes dans le besoin, selon les récits dans la presse française. Les médias ont publié des photos d’Adrien Bocquet en uniforme de médecine militaire devant les ambulances de l’organisation. Le directeur de l’organisation, Andriy Login, a dit à l’organisation de fact-cheking indépendante StopFake en mai 2022 qu’Adrien Bocquet avait travaillé avec l’organisation pendant deux jours, le 4 et le 6 avril 2022. 

Toutefois, au moment où Adrien Bocquet se serait rendu à Boutcha, des photos et rapports sur le massacre avaient déjà été publiés depuis plusieurs jours, les troupes ukrainiennes et la presse étant entrées à Boutcha le 1er avril 2022. 

Le 2 avril, deux jours avant qu’Adrien Bocquet ait apparemment été vu à Boutcha pour la première fois, l’Agence-France Presse a rapporté que ses journalistes avaient vu au moins 20 cadavres dans une rue, dont un homme avec les mains ligotées. L’Associated Press a également rapporté avoir vu au moins six “cadavres brûlés et noircis” dans une rue résidentielle. Les deux médias ont publié des photos des corps de civils. 

Par ailleurs, certains des corps qui ont été retrouvés après que les Russes ont quitté la ville étaient là depuis plusieurs semaines, selon des images satellites analysées par le New York Times. Ces images montrent que les corps sont apparus sur la rue Yablonska entre le 9 et le 11 mars, quand les forces russes contrôlaient encore la ville. Ces corps n’ont pas bougé pendant près de trois semaines, jusqu’à ce qu’ils soient retrouvés en avril, a précisé le journal. 

De plus, des résidents de Boutcha interviewés par Human Rights Watch ont déclaré que des civils avaient été tués par les forces armées russes en mars 2022. Par exemple, un témoin a raconté au groupe de défense des droits de l’Homme que les forces russes avaient rassemblé cinq hommes le 4 mars et, après les avoir fait s’agenouiller sur le bord de la route, en avaient exécuté un. 

MYTHE : Une vidéo montre un missile russe détruisant un dépôt de munitions ukrainien.

LES FAITS : En juin 2022, des posts sur les réseaux sociaux en plusieurs langues ont partagé une vidéo prétendant montrer un citoyen américain être témoin de ou filmant un missile russe Kinjal frappant un dépôt d’armes souterrain en Ukraine.

Le Kinjal est un missile hypersonique qui voyage dans l’atmosphère à des vitesses dépassant de cinq fois la vitesse du son. La vidéo montre un champ couvert d’herbe avec des arbres en arrière-plan. On voit un objet blanc tomber du ciel, suivi d’un flash blanc lumineux, une grosse explosion et le son d’un homme jurant. 

Un tweet du 19 juin 2022 a partagé cette vidéo avec la légende : “Ceci est un missile russe Kinjal allant à une vitesse de 12.000 km/h, 10 fois plus rapide que la vitesse du son. Il a frappé un dépôt d’armes ukrainienne souterraine à 136 mètres sous-terre. La vidéo montre la stupéfaction d’un reporter américain qui a été témoin de la scène”. Le 5 août 2022, cette publication avait été vue plus de 98.000 fois.  

En réalité, la vidéo ne montre pas une frappe de missile hypersonique. Elle a d’abord été postée en ligne par un spécialiste des effets spéciaux qui se fait appeler “InsanePatient2”, selon une analyse de captures d’écran réalisée par l’Associated Press. Ce compte, qui poste régulièrement des vidéos avec des effets spéciaux qui dépeignent divers scénarios catastrophe, a publié la vidéo sur TikTok et YouTube le 27 février 2022, trois jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec la légende : “Et si la Russie commençait une guerre nucléaire?”

Deux experts en missiles hypersoniques ont déclaré à l’Associated Press que l’objet dans la vidéo se déplaçait trop lentement pour être un missile hypersonique Kinjal. L’un des experts, Kelly Stephani (professeur en ingénierie et science mécanique à l’Université de l’Illinois Urbana-Champaign) a dit : “Si je devais faire une estimation, cette vidéo montre un projectile se déplaçant sur environ 1.000 à 2.000 pieds jusqu’à la cible et cela lui a pris 2 secondes avant de la frapper. Si cela avait été un missile hypersonique, l’objet aurait traversé cette distance en une fraction de seconde”.

MYTHE : Une vidéo montre des fermiers ukrainiens dans un champ incendié par l’armée russe pendant la guerre Russie-Ukraine.

LES FAITS : En juillet 2022, une vidéo partagée sur plusieurs réseaux sociaux, notamment Twitter, Facebook et Youtube montrait un tracteur se déplaçant au travers d’un champ en feu en Ukraine.

Un tweet du 13 juillet 2022 a repris cette vidéo en commentant : “L’armée russe continue de détruire intentionnellement les cultures. La récolte de cette année ressemble à ça… #L’Ukraine fait tout son possible pour que la récolte ait lieu et ainsi éviter une famine mondiale”.

En réalité, la vidéo partagée a été filmée en 2014, et non pas durant la guerre Russie-Ukraine de 2022. Ce clip est un extrait d’une vidéo d’une minute intitulée “Feu dans le champ” (“Fire in the Field”) qui a été publiée sur la chaîne YouTube zafir0709 en juillet 2014, selon un article de vérification de Reuters et Logically, une société britannique de technologie qui aide les gouvernements et les entreprises à lutter contre la désinformation. 

La description de cette vidéo dit : “Sauvez la récolte” (“Save the Harvest” en anglais); mais elle ne donne pas la localisation du champ, et n’indique pas non plus les raisons de l’incendie.

MYTHE : Des manifestants ukrainiens anti-guerre ont bloqué la circulation en Italie, provoquant plusieurs bouchons.

LES FAITS : Fin juillet 2022, la chaîne d’État russe RT Arabic, le compte Telegram de Tsargad TV (un média pro-Kremlin détenu par l’oligarque russe Konstantin Malofeev); ainsi que de multiples utilisateurs des réseaux sociaux ont fait circuler une vidéo prétendant montrer des manifestants anti-guerre ukrainiens en gilet jaune bloquant la circulation à Rome. L’intitulé d’un article posté en juillet 2022 sur RT Arabic était “Regardez comment les automobilistes italiens ont géré des réfugiés ukrainiens traversant l’autoroute”, disait le titre d’un article de juillet 2022 sur RT Arabic. La même vidéo a été partagée sur Twitter, sur le réseau social chinois Weibo, et sur le réseau social russe VK.

En réalité, cette vidéo ne montre pas une confrontation entre des automobilistes Italiens et des manifestants ukrainiens anti-guerre. Elle montre en fait des activistes environnementaux lors d’une manifestation pour le climat à Rome le 16 juin 2022, comme le montre une recherche d’images inversée réalisée par NewsGuard. 

Des journaux britanniques et italiens qui couvraient la manifestation, notamment le Daily Mail et Rai Television, ont confirmé que les manifestants dans la vidéo étaient membres de Last Generation (Ultima Generazione), la branche Italienne du mouvement international Extinction Rebellion. Un site a diffusé en direct la manifestation pour le climat, qui s’est tenue dans la rue Grande Raccodo, l’une des artères les plus fréquentées de Rome.

Le mouvement Last Generation a déclaré que la manifestation n’avait rien à voir avec la guerre en Ukraine. “Aucun activiste sur le barrage routier n’est ukrainien ni n’a de proche ukrainien”, a déclaré un représentant de Last Generation à l’AFP en août 2022. “C’était un barrage à propos de l’effondrement éco-climatique, pas la guerre en Ukraine”.

MYTHE : L’OTAN établit une base militaire dans l’aéroport de Severodonetsk, en Ukraine.

LES FAITS : Le 19 juin 2022, le média d’État russe RIA Novosti a publié un article rapportant les propos de Vladimir Kononov, le ministre de la défense de la République populaire autoproclamée du Donetsk, selon lequel l’Ukraine aurait commencé à construire une base de l’OTAN dans l’aéroport de Severodonetsk, dans la région du Donbass, en 2021. 

L’article affirme également qu’en 2020, le ministre de la Défense ukrainien de l’époque, Andriy Zagorodnyuk, avait annoncé son intention de construire des bases de l’OTAN à Severodonetsk et dans la ville portuaire méridionale de Marioupol. Cette affirmation a circulé sur plusieurs sites d’information russes, dont Tass, une agence de presse appartenant au gouvernement russe qui, selon une analyse de NewsGuard, publie régulièrement de fausses informations. 

Ces allégations sont infondées. Il n’y a ni photographies ni vidéos qui prouvent l’existence d’une telle base, et il n’y a aucun témoin direct des faits. En 2020, Andriy Zagorodnyuk avait déclaré que l’Ukraine avait l’intention de construire deux bases à Severodonetsk et à Marioupol “conformément aux normes de l’OTAN”, mais aucun représentant n’a dit qu’il s’agirait de bases militaires de l’OTAN. 

Les bases militaires étrangères sont interdites en Ukraine, selon l’Article 17 de la constitution ukrainienne. En outre, la carte interactive de l’OTAN, qui indique où se trouvent les systèmes de surveillance et les centres d’entraînement de l’Alliance, ne comprend pas de base de l’OTAN ni aucune autre installation militaire en Ukraine. Sur une page de son site mise à jour pour la dernière fois en juillet 2022, l’OTAN indique : “En dehors du territoire de l’OTAN, l’Alliance n’a une présence militaire qu’au Kosovo et en Irak”. 

MYTHE : Pour célébrer l’anniversaire de l’invasion nazie de l’Union soviétique, des militants ukrainiens ont placé des autocollants anti-russes sur les murs et clôtures du camp de concentration d’Auschwitz. 

LES FAITS : Il n’y a pas de preuve qui suggère que des militants ukrainiens aient posé des autocollants anti-russes à Auschwitz en Pologne. Les photos utilisées pour appuyer ces dires par des médias russes et des posts sur les réseaux sociaux ont certainement été montées de toutes pièces. 

Le musée et mémorial d’Auschwitz a déclaré dans un communiqué posté sur Twitter le 23 juin 2022: “Aucun incident de la sorte n’a été rapporté. Aucune image n’a été trouvée… Tout indique que ces photos sont simplement une manipulation et que l’incident devrait être traité comme un fait de propagande primitif et flagrant”.  

Le musée et mémorial d’Auschwitz, qui se trouve à l’emplacement de l’ancien camp de concentration, a également ajouté que les caméras de surveillance d’Auschwitz n’avaient surpris personne en train de placer des autocollants aux endroits que l’on voit sur les photos qui circulent en ligne. 

Par ailleurs, dans une interview accordée en juin 2022 à Reuters, Hany Farid, professeur en sciences de l’informatique à l’université de Californie, à Berkeley, spécialisé dans les investigations numériques, explique que les photos ont certainement été trafiquées. Hany Farid explique que lorsqu’il juxtapose des images des autocollants prises depuis deux angles différents, “ils ont quasiment la même forme, ce qui est très peu probable étant donné que prendre les photos depuis deux angles différents, même très proches, entraînerait une certaine déformation à cause de la perspective”.  

Cette allégation a été relayée par des comptes officiels russes sur les réseaux sociaux, dont celui de la délégation russe auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Vienne, chargée notamment de la maîtrise des armements et du contrôle des armes, et celui du ministère russe des Affaires étrangères. Des médias russes ayant mis en avant l’objectif affiché du président russe Vladimir Poutine de “dénazifier l’Ukraine” ont également relayé cette allégation.

MYTHE : La Russie n’a pas volé de blé à l’Ukraine ou empêché son acheminement, comme l’en accuse l’Occident.

LES FAITS : Fin avril 2022, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a accusé la Russie dans un communiqué de “voler illégalement des céréales” et d’empêcher les cargaisons d’atteindre les ports ukrainiens, ce qui “menace la sécurité alimentaire mondiale”. Le président russe Vladimir Poutine, l’ambassadeur russe aux États-Unis Anatoly Antonov, et d’autres représentants russes ont démenti ces allégations ukrainiennes à de nombreuses reprises. 

En réalité, de nombreuses preuves indiquent que la Russie a bien volé du blé à l’Ukraine dans les régions occupées de Kherson et de Zaporijia – parmi elles, des déclarations de fermiers de ces régions, des articles de presse de sources fiables, et des images satellite. 

Une enquête de juin 2022 de la BBC a recensé “une accumulation de preuves”, selon les termes de la chaîne, montrant que les forces russes volaient des céréales aux Ukrainiens. Une autre enquête de la BBC russe et de la BBC ukrainienne a montré que les forces russes avaient proposé de racheter des céréales à des fermiers ukrainiens pour un prix bien en-dessous de celui du marché – une forme d’extorsion pour certains. Une enquête de juillet 2022 du Wall Street Journal explique comment la Russie a monté un système de contrebande secret pour acheminer les céréales ukrainiennes volées vers ses alliés du Moyen-Orient. 

Des images satellite de mai 2022 publiées par la société de technologie spatiale américaine Maxar Technologies montrent des navires portant le drapeau russe en train d’être approvisionnés en céréales dans le port de Sébastopol, en Crimée. Les photos indiquent que ces mêmes bateaux avaient accosté quelques jours plus tard en Syrie, un allié russe, selon Maxar.

De même, une analyse de la société d’analyse prédictive marine Windward en juillet 2022 détaille les routes des bateaux impliqués dans ce que la société appelle un “effort coordonné pour blanchir des céréales prétendument volées en Ukraine” vers la Syrie et la Turquie.

MYTHE : Vladimir Poutine compte révéler la volonté occidentale de “dépeupler” le monde.

LES FAITS : De nombreux comptes sur les réseaux sociaux ont partagé cette citation, en l’attribuant à Vladimir Poutine : “Je rendrai publics les plans de dépeuplement préparés par les États-Unis et l’Europe. Ce seront les scientifiques cachés dans les laboratoires d’armes biologiques qui ont été trouvés qui vont tout dévoiler”. 

Il n’y a aucune preuve que Vladimir Poutine ait réellement tenu ces propos. NewsGuard n’a trouvé aucune remarque ou déclaration similaire sur le compte Twitter de Vladimir Poutine, sur le site du gouvernement russe, ou dans des articles de presse fiables. D’autres médias et groupes de fact-checking, dont Reuters, Snopes et Logically.ai, ont également rapporté ne pas avoir trouvé de preuves que Vladimir Poutine ait fait une remarque sur l’existence d’un “plan de dépeuplement” Occidental. 

Cette allégation a principalement été relayée sur les réseaux sociaux, dont Twitter et Facebook. Par exemple, un tweet de mai 2022 du compte @grimwood_zoe a partagé une capture d’écran de la citation postée sur l’application de messagerie Telegram, et avait recueilli plus de 7.200 J’aime et 3.400 Retweets en août 2022. Le tweet a ensuite été partagé par le compte @WylesSharon, qui avait recueilli plus de 6.200 J’aime et 3.100 Retweets en août 2022. 

Cette citation inventée fait également référence à l’allégation selon laquelle les États-Unis auraient des laboratoires d’armes biologiques en Ukraine (voir notre fact-checking de ce mythe ici). 

MYTHE : Une vidéo de la caméra embarquée d’une voiture montre que la Russie a déployé des missiles nucléaires à sa frontière avec la Finlande. 

LES FAITS : Quelques jours après que la Finlande a annoncé en mai 2022 qu’elle allait demander son adhésion “sans délai” à l’OTAN, des tabloïds britanniques dont Metro, The Mirror, et The Sun ont publié des articles affirmant que la Russie avait riposté en déployant des missiles nucléaires Iskander à Vyborg, une ville russe proche de la frontière finlandaise. Les articles citaient une vidéo prise par la caméra embarquée d’une voiture. 

Toutefois, de nombreux experts militaires ont déclaré que la vidéo citée dans ces allégations ne montrait pas le déploiement de missiles nucléaires russes à la frontière finlandaise sur la vidéo. En effet, la vidéo a été prise à St Pétersbourg, à près de 400 km de la frontière finlandaise, selon Faktabaari, une organisation de fact-checking finlandaise. 

Par ailleurs, Joseph Dempsey, associé de recherche pour la défense et l’analyse militaire à l’Institut international d’études stratégiques, a déclaré à Reuters en juin 2022 que la vidéo montrait un système de missile de défense côtière Bastion, qui est un système de missiles mobile conventionnel conçu pour atteindre les navires de surface et les groupes aéronavals. 

“Contrairement aux missiles balistiques à double capacité d’attaque terrestre et de croisière associés au système Iskander, le P-800 Oniks (système Bastion) n’est censé pouvoir transporter qu’une ogive conventionnelle”, a-t-il expliqué à Reuters. 

De même, des experts de l’Université de Défense Nationale finlandaise ont affirmé à Faktabaari que les équipements militaires que l’on voit sur la vidéo sont des systèmes de missile Bastion, et non des missiles nucléaires Iskander. 

De plus, les forces armées finlandaises ont assuré à Reuters que “c’est complètement normal que la Russie déploie différentes sortes de systèmes d’armements à ses frontières”. Le gouvernement finlandais n’a fait aucune déclaration au sujet du déploiement par la Russie d’armes nucléaires à sa frontière. 

MYTHE : Une vidéo montre le navire de guerre russe Moskva en train d’exploser.

LES FAITS : En avril 2022, des posts sur les réseaux sociaux ont partagé la vidéo d’un navire explosant en mer, affirmant à tort qu’il s’agissait du navire de guerre russe Moskva, qui a coulé le 14 avril 2022 à la suite d’une explosion à bord. 

Un post Twitter du 15 avril 2022, qui a été vu plus de 119.000 fois, a relayé la vidéo avec le message suivant : “Le moment où le croiseur Moskva a été touché”. Sur TikTok, une séquence de la vidéo avec les hashtags  “moskvacruiser” (“moskvacroiseur”) et “Russian shipbuilding” (“Construction navale russe”) a  été vue plus de 16 millions de fois. 

Selon des représentants militaires américains et ukrainiens, il est vrai que le croiseur Moskva a été touché par des missiles, et a coulé de ce fait. Toutefois, la vidéo de 10 secondes qui a été largement partagée en avril 2022 ne montre pas le croiseur Moskva, mais un test de tir de missile norvégien, au large de la côte norvégienne, qui remonte à 2013, selon l’Agence France-Presse. 

La séquence est un extrait d’une vidéo plus longue postée sur YouTube par l’agence britannique South West News Service le 6 juin 2013, et intitulée “Test de tir de missile de la Marine norvégienne”, selon l’AFP.

Le commandement militaire sud ukrainien a déclaré le 14 avril 2022 avoir touché le Moskva avec des missiles de croisière anti-navires, une affirmation qui a été confirmée par des responsables militaires. Un haut responsable du département de la Défense a déclaré que le croiseur phare de la Russie avait en effet été touché par deux missiles ukrainiens, comme l’a rapporté New York Times le 15 avril 2022. Le ministère de la Défense russe a contesté ces dires, attribuant le naufrage à un incendie, qui aurait entraîné l’explosion de munitions à bord. 

MYTHE : Selon la Deutsche Welle, la police allemande a arrêté un réfugié ukrainien pour faire chanter des femmes.

LES FAITS : Le 16 juin 2022, un compte Twitter en Japonais a posté une vidéo, provenant soi-disant de la chaîne de télévision du service publique allemand Deutsche Welle à propos de l’arrestation du réfugié ukrainien Petro Savchenko en Allemagne, supposément pour faire chanter des femmes.

“Selon la télé, le réfugié Savchenko a menacé la fille pendant des mois”, peut-on lire sur le post Twitter du 16 juin 2022. “Il a utilisé une caméra cachée pour prendre des vidéos intimes avec des femmes naïves, puis leur a extorqué de l’argent, leur garantissant en échange de ne pas les poster sur les réseaux sociaux”. 

La vidéo accompagnant le post affirme que “Savchenko rencontrait ces femmes dans des bars partout en Allemagne. Il filmait des moments intimes à l’aide d’une caméra cachée. Il retrouvait les filles sur Facebook quelques jours plus tard et demandait de l’argent en promettant en échange de ne pas poster les vidéos en ligne”. La vidéo porte le logo de la Deutsche Welle et comprend un lien vers le site de la chaîne, et prétend montrer des photos de Petro Savchenko ainsi que des images de caméras de sécurité le montrant en train de parler à des femmes. 

En réalité, la vidéo a été montée de toute pièce. Deutsche Welle a affirmé dans un article du 8 juillet 2022 intitulé “Fake news et contenus trafiqués à l’assaut des médias internationaux” que la chaîne d’informations n’était pas à l’origine de cette vidéo. Par ailleurs, un porte-parole de la police allemande a déclaré à la Deutsche Welle que la police n’était pas au courant d’une histoire telle que celle décrite dans la vidéo, et qu’aucun article de presse légitime n’avait été publié à propos d’une telle affaire.

MYTHE : L’Eglise orthodoxe ukrainienne a canonisé le dirigeant nationaliste Stepan Bandera.

LES FAITS : Le 20 juin 2022, quatre mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de nombreux comptes sur les réseaux sociaux et sites d’information pro-russes, dont EADaily.com et Yudsn.ru, ont publié une photo trafiquée d’un décret, soi-disant émis par l’Église orthodoxe ukrainienne. Ce décret prétendait annoncer la décision de l’Église de canoniser le dirigrant nationaliste Stepan Bandera, faisant de lui un saint. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Stepan Bandera a dirigé la branche radicale de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, qui s’est battue aux côtés des nazis lors de l’invasion de l’Ukraine soviétique, avant de tenter de proclamer la région de Lviv, alors occupée par les nazis, comme un Etat ukrainien indépendant, selon les récits historiques. Tandis que Stepan Bandera était largement vénéré en Ukraine de l’Ouest, nombreux étaient ceux en Ukraine de l’Est qui ont dénoncé ses liens avec les nazis. 

Le gouvernement russe a essayé de justifier son invasion de l’Ukraine en affirmant, entre autres, sa volonté de “dénazifier” le pays pour le purger de l’idéologie de Stepan Bandera. 

Toutefois, le décret annonçant que Stepan Bandera avait été canonisé par l’Église orthodoxe ukrainienne est un faux, selon un porte-parole de l’Église. “Un vulgaire montage a été utilisé pour créer cette image, et son contenu est absurde et ignorant du point de vue du vocabulaire de la canonisation et des traditions de l’Église”, a déclaré le porte-parole à l’organisation de fact-checking ukrainienne StopFake. “Ce que le document prétend, et la manière dont il est écrit, indiquent tout de suite que c’est un faux”. 

Le porte-parole de l’Église a aussi précisé à StopFake qu’en tant que fidèle de l’Église grecque-catholique, Stepan Bandera n’était même pas éligible pour une canonisation par l’Église orthodoxe ukrainienne. 

MYTHE : La Croix-Rouge en Ukraine est impliquée dans un trafic d’organes d’enfants.

LES FAITS : Près d’une semaine après que la Russie a déclaré victoire dans la bataille pour s’emparer de la ville ukrainienne de Marioupol en mai 2022, le comité d’enquête de la fédération de Russie a annoncé sur Telegram qu’il allait enquêter sur une vidéo, publiée sur Telegram par Vladimir Taraneko, qui est à la tête de “People’s Squad”, une organisation civique dans la république populaire de Donetsk, qui prétend montrer des centaines de dossiers médicaux sur des organes sains d’enfants dans l’enceinte de la Croix-Rouge de Marioupol. Le post expliquait que la séquence allait être étudiée “dans le cadre d’affaires criminelles déjà examinées par le département à propos des crimes du régime de Kyiv”, et qu’une “analyse juridique pénale” serait menée. 

Des médias pro-russes, dont Tsargrad, qui appartient à l’oligarque russe Konstantin Malofeev, ont cité la vidéo de Vladimir Taraneko, et le communiqué du comité en mai 2022 pour accuser la Croix-Rouge ukrainienne de trafic d’organes. Toutefois, la vidéo ne donne aucune preuve pour appuyer cette allégation, que le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a démentie. 

“Le CICR n’a pas recueilli de tels documents”, a déclaré le CICR dans un communiqué de mai 2022, qualifiant cette affirmation de “nouvelle allégation incontestablement fausse”. Plus tôt, en mars 2022, le CICR avait publié une déclaration indiquant que tous les membres du personnel de la Croix-Rouge avaient quitté l’entrepôt de Marioupol “et nous ne savons pas comment il a été utilisé depuis”. 

Séparément, la société de la Croix Rouge ukrainienne a déclaré à StopFake, une organisation de fact-checking ukrainienne, qu’aucun de ses volontaires n’avait collecté de données médicales sur des enfants, ni n’avait participé à des transplantations d’organes.

La  célèbre médecin ukrainien Yuliia Paievska a déclaré à l’Associated Press en juillet 2022 que les accusations de trafic d’organes étaient “inventées, une fabrication énorme “. Elle a ajouté : “Des organes saisis sur le champ de bataille. Avez-vous la moindre idée de la complexité d’une telle opération ?” 

Des allégations sans fondement selon lesquelles l’Ukraine participe à un trafic d’organes ont circulé en ligne depuis l’invasion de la Crimée en 2014. Joel Newman, un responsable des stratégies de communication pour l’UNOS (le Réseau uni de partage d’organes) a déclaré au site de fact-checking Polygraph.info en 2019 que des fausses accusations de prélèvement d’organes revenaient souvent dans les zones de guerre, mais qu’“en réalité l’utilisation d’organes de personnes décédées est faible”. 

MYTHE : Une frappe russe sur un dépôt de munitions a provoqué un incendie dans un centre commercial désaffecté à Krementchouk, en Ukraine.

LES FAITS : Le gouvernement russe a déclaré que le centre commercial d’Amstor, situé dans la ville de Krementchouk, dans le centre de l’Ukraine, avait été incendié le 27 juin 2022, à la suite d’une frappe russe sur une usine automobile voisine, KredMash, qui, d’après le gouvernement, contenait des armes occidentales. Le Kremlin a également affirmé que le centre commercial n’était pas ouvert aux clients au moment de l’attaque.

Un porte-parole du ministère de la défense russe, Igor Konashenkov, a déclaré le 28 juin 2022 : “Le 27 juin, les forces aérospatiales russes ont lancé une frappe avec des armes de haute précision à lancement aérien contre des hangars d’armes et de munitions venues des Etats-Unis et de pays européens, près de l’usine de construction routière de Krementchouk, dans la ville de Krementchouk, dans la région de Poltava… Les détonations des munitions destinées à des armes occidentales ont provoqué l’incendie d’un centre commercial qui n’était pas ouvert près de l’usine”. 

Vitaly Kiselyev, l’assistant du chef de la république populaire de Lougansk, soutenue par la Russie, a déclaré le 28 juin 2022 que des troupes locales avaient “entreposé leurs munitions” dans le centre commercial, et s’en servaient pour “former des unités de défense du territoire”, laissant entendre que c’était un établissement militaire. 

Les allégations selon lesquelles le centre commercial d’Amstor était désaffecté et a été détruit par une explosion dans une usine voisine ne sont pas fondées. 

Le média d’investigation Bellingcat a analysé l’emplacement que l’on voit sur les images d’une caméra de surveillance postées sur Twitter le 29 juin 2022 par Mikhailo Podolya, un conseiller du président ukrainien, qui montrent un missile se rapprochant du centre commercial et qui explose lors de l’impact. Bellingcat en a conclu que “le centre commercial semble avoir été frappé directement, étant donné qu’il n’y a pas de traces d’impact significatif dans la région avoisinante, ce qui discrédite les allégations du Ministère de la Défense russe selon lesquelles un feu s’est propagé depuis la zone de l’usine”. 

Réfutant l’allégation de Vitaly Kiselyev, de la république populaire de Lougansk, selon laquelle le centre commercial servait à entreposer des armes, Bellingcat a écrit que “le fait que l’on n’ait pas pu observer de multiples explosions après l’impact initial suggère que les munitions n’étaient pas conservées dans l’établissement d’Amstor”. Bellingcat ajoute: “Si un rapport de 2014 affirme que l’usine a été utilisée pour réparer trois véhicules militaires, cela en soi ne prouve pas que c’était un lieu où étaient entreposées des armes américaines et européennes et des munitions, huit ans plus tard, comme la Russie l’a affirmé”. 

Par ailleurs, des témoignages de première main confirment que le centre commercial était en activité à ce moment-là. La BBC a rapporté qu’“une femme qui habite dans un village voisin et va souvent faire ses courses à Krementchouk a dit à la BBC que le centre commercial avait été ‘ouvert en continu’, et que sa famille s’y était rendue au moins une fois par semaine”. L’équipe a cité une vidéo Youtube d’une famille ukrainienne, apparemment prise le jour précédent l’attaque et sur laquelle on voit le centre commercial ouvert, et des dizaines de personnes à l’intérieur. 

MYTHE : L’armée ukrainienne s’est emparée d’un bureau de l’ONU à Kramatorsk, en Ukraine.

LES FAITS : Début juin 2022, la République populaire de Donestk(RPD), une région sécessionniste de l’Ukraine soutenue par la Russie, a posté une déclaration sur Telegram affirmant que les forces armées ukrainiennes avaient saisi un bureau de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et trois véhicules de l’ONU dans la ville de Kramatorsk, contrôlée par Kyiv, dans la région du Donetsk dans l’est de l’Ukraine. 

La déclaration de la RPD disait : “Les représentants de l’organisation internationale ont perdu leur bureau et trois voitures officielles avec des plaques diplomatiques. L’armée ukrainienne n’autorise pas le personnel en mission à à pénétrer dans leurs installations, et leur interdit de prendre des photos et des vidéos pour informer leur direction”. 

Cette affirmation a été amplifiée par des médias d’État russes, dont TASS, RIA-Novosti, et AIF, entre autres. 

Toutefois, Krzysztof Janowski, un porte-parole du bureau de Coordination de crises de l’ONU, a déclaré au groupe de fact-checking ukrainien Stopfake en juin 2022 que l’ONU n’occupait aucun établissement à Kramatorsk. Quant à l’allégation selon laquelle trois voitures officielles avec plaques diplomatiques auraient été volées, Krzysztof Janowski a dit : “Toutes nos voitures sont déclarées, et il n’en manque aucune”.

Il est vrai que les Nations Unies disposaient par le passé d’un bureau à Kramatorsk, utilisé, entre autres, par le personnel de la Mission de surveillance des droits de l’Homme en Ukraine et du Programme de développement des Nations Unies. Toutefois, en février 2022, le personnel des Nations Unis a quitté ce bureau en raison de préoccupations liées à la sécurité, a précisé Krzysztof Janowski. 

MYTHE : L’Ukraine a demandé à la Pologne de déporter les hommes ukrainiens en âge de rejoindre l’armée, pour les envoyer au front.

 

LES FAITS : En juin 2022, des sites d’actualité pro-russes, des chaînes Telegram et des posts sur les réseaux sociaux ont partagé la photo d’une lettre supposément envoyée par Dmitry Kuleba, le ministre des affaires étrangères ukrainien, à Zbigniew Rau, le ministre des affaires étrangères polonais, lui demandant que la Pologne déporte tous les hommes ukrainiens entre 18 et 60 ans.  

Cette lettre a été fabriquée de toutes pièces. Un porte-parole du chef du Département de la sécurité polonais Stanislav Zaryn, a déclaré dans un thread publié le 17 juin 2022 sur Twitter : “Une #fausse lettre du directeur du MFA (le ministère des affaires étrangères) ukrainien au MFA polonais a été produite dans le cadre d’activités de désinformation”. Stanislav Zaryn a ajouté : “Le faux document suggère que la Pologne va chercher les Ukrainiens pour les renvoyer chez eux. C’est encore une fausse information visant à déstabiliser les relations entre les Polonais et les Ukrainiens”. 

En juin 2022, des posts sur les réseaux sociaux et sur des sites d’actualité russes ont publié d’autres fausses lettres, provenant supposément de représentants du gouvernement polonais, annonçant la déportation des hommes ukrainiens en âge d’être mobilisés, pour rejoindre le front en Ukraine. 

MYTHE : Une vidéo montre une petite fille ukrainienne blessée par un missile russe, qui chante l’hymne national.

LES FAITS : En juin 2022, de nombreux sites d’actualité et posts sur les réseaux sociaux se sont mis à partager la vidéo déchirante d’une jeune Ukrainienne chantant l’hymne national ukrainien alors qu’on lui bande le pied à l’hôpital. La vidéo était accompagnée d’une allégation selon laquelle la jeune fille avait été blessée par un éclat de missile russe lors d’une frappe à Mykolaïv le 29 juin 2022. 

Cette vidéo est apparue sur des sites d’actualité en ukrainien et en anglais, ainsi que sur des posts Twitter et Telegram. Censor.net, un site ukrainien, a posté la vidéo le 29 juin 2022 et écrit: “Cette petite fille ukrainienne vient de Mykolaïv. Elle a été blessée dans le bombardement de la ville par les envahisseurs russes ce matin. L’enfant est prise en charge pour ses blessures, et chante l’hymne de son pays”. 

En réalité, le traitement que la petite fille reçoit dans la vidéo fait suite à une blessure lors d’un accident de vélo, et non une frappe de missile russe. Selon Reuters, l’origine de la vidéo à été retracée jusqu’au compte Instagram, désormais privé, de la mère de la jeune fille, Romana Komarevich. Romana Komarevich a expliqué à l’agence de presse que sa fille de quatre ans, Elizaveta, s’était blessée à vélo, et que les allégations selon lesquelles elle aurait été blessée en raison de bombes étaient fausses. 

Par ailleurs, Romana Komarevich et sa fille vivent à Ternopil Oblast, à 500 miles (environ 800 km) de Mykolaïv, a ajouté Reuters. 

MYTHE : Le bataillon ukrainien Azov a utilisé des explosifs pour faire sauter le théâtre de Marioupol.

LES FAITS : Le ministère de la Défense russe a déclaré à tort que le bataillon ukrainien Azov, une unité militaire d’infanterie faisant partie de la garde nationale ukrainienne, était responsable du bombardement, le 16 mars 2022, du théâtre régional académique de Donetsk à Marioupol, dans le sud de l’Ukraine. Le ministère a affirmé : “les militants du bataillon nationaliste Azov ont mené une nouvelle provocation sanglante en faisant exploser le bâtiment du théâtre qu’ils avaient miné”. Et de poursuivre : “Auparavant, des réfugiés s’étant échappés de Marioupol ont signalé que les nazis du bataillon Azov pourraient avoir détenu des civils comme otages dans les étages supérieurs du théâtre”.

Des rapports sur le sujet de l’Associated Press, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, et de Human Rights Watch, ont tous conclu que la Russie était responsable de ce bombardement.

L’Associated Press a affirmé qu’aucun des 23 témoins interviewés, dont des rescapés et des secouristes, n’a vu de soldats ukrainiens dans le théâtre. L’AP a déclaré que ses conclusions “réfutent les affirmations russes selon lesquelles le théâtre a été démoli par les forces ukrainiennes ou a servi de base militaire ukrainienne. Aucun des témoins n’a vu de soldats ukrainiens en action à l’intérieur du bâtiment”. 

Par ailleurs, deux experts balistiques interviewés par l’AP ont estimé que l’ampleur des destructions causées par l’attaque “désigne une bombe de 500 kilos provenant d’un avion de guerre russe”, comme l’a rapporté l’AP. “C’est beaucoup trop pour un obus d’artillerie”, a déclaré à l’AP Mark Cancian, analyste des explosifs pour le think tank américain Center for Strategic and International Studies, et ancien officier d’artillerie.

MYTHE : Volodymyr Zelensky a utilisé un écran vert pour simuler des apparitions en Ukraine.

LES FAITS : En juin 2022, une photo du président ukrainien Volodymyr Zelensky debout devant un fond vert a circulé sur certains sites d’actualité et réseaux sociaux, accompagnée d’une affirmation selon laquelle Volodymyr Zelensky ne se trouvait pas réellement en Ukraine. Par exemple, le 17 juin 2022, un post sur Toutiao, un site d’information chinois, a relayé la photo de Volodymyr Zelensky, avec une légende en chinois disant : “Cela confirme que le président ukrainien Volodymyr Zelensky est souvent absent d’Ukraine, surtout quand la guerre est tendue en Ukraine, il n’est pas du tout en Ukraine”. 

En réalité, cette photo montre Volodymyr Zelensky à Kyiv, en Ukraine, le 14 juin 2022, en train de filmer un message sous la forme d’hologramme, qui a été diffusé dans des salons technologiques à Amsterdam, Londres, Paris et Stockholm, selon l’Associated Press et the Guardian. “J’ai réalisé la vidéo, j’étais dans la pièce”, a affirmé le réalisateur du message holographique, Martin Williams, à AP, confirmant la présence de Volodymyr Zelensky à Kyiv. “Nous avons monté l’écran vert dans un studio… pour un hologramme en réalité augmentée”, a-t-il précisé. 

L’AP a aussi rapporté que la même photo avait été publiée le 16 juin 2022, dans un communiqué de presse sur la technologie utilisée pour produire cette vidéo. Volodymyr Zelensky a utilisé cette technologie de l’hologramme afin de solliciter des dons pour les entreprises technologiques ukrainiennes, selon le Guardian.

D’innombrables reportages et interviews ont montré Volodymyr Zelensky en Ukraine pendant toute la guerre. Par ailleurs, il n’y a aucune preuve que Volodymyr Zelensky ait quitté l’Ukraine pendant l’invasion de la Russie, qui a commencé le 24 février 2022. Son dernier voyage officiel remonte au 19 février 2022, quand il s’est rendu à une conférence sur la sécurité à Munich, en Allemagne. Les États-Unis ont proposé d’évacuer Volodymyr Zelensky peu après l’invasion, mais il a refusé, selon l’Associated Press

MYTHE : L’armée ukrainienne ordonne la mobilisation des femmes.

LES FAITS : En juin 2022, des chaînes Telegram pro-Kremlin, dont la chaîne WarJournal [Z], ont fait circuler un ordre militaire fabriqué de toutes pièces censé montrer que les femmes ukrainiennes allaient être mobilisées. Le document, prétendument signé par le chef de l’État-major général des forces armées ukrainiennes, Sergei Shaptala, indiquait que les centres de recrutement militaire avaient jusqu’à la fin du mois de juin 2022 pour prendre les mesures de mobilisation et organiser l’enrôlement des femmes âgées de 18 à 60 ans. 

Ce document est un faux. En juin 2022, l’Ukraine n’avait pas annoncé la mobilisation des femmes, selon le ministère ukrainien de la Défense. “Nous n’envisageons pas actuellement la question de la mobilisation des femmes”, a déclaré la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Hanna Malyar, en juin 2022 à la chaîne d’informations associative ukrainienne Hromadske Radio. “À l’heure actuelle, il est impossible de prévoir comment la mobilisation se fera à l’avenir, tout dépendra de la situation sur le front”. 

Dans une tribune publiée le 18 mars 2022 sur le site ukrainien NV, Hanna Malyar a précisé que les femmes pourraient être mobilisées un jour, mais que “ce n’était pas nécessaire” pour le moment. Elle a ajouté qu’“aucune femme n’a été appelée à effectuer un service militaire pendant la mobilisation sans son consentement”. 

Le document présente des inexactitudes qui montrent qu’il a été falsifié, selon l’organisation de fact-checking ukrainienne StopFake. Par exemple, le prétendu ordre affirme que le recensement militaire doit être fait avant le 31 juin 2022, or le mois de juin n’a que 30 jours. 

Par ailleurs, une comparaison du faux ordre et d’un document légitime des forces armées ukrainiennes, réalisée par le think tank Atlantic Council, basé à Washington D.C., montre que la mise en page du document ne correspond pas à celle des véritables ordres ukrainiens. Les dates et chiffres du document authentique sont écrits dans une police différente, et renvoient vers une note de bas de page en bleu, selon l’Atlantic Council. 

En décembre 2021, le ministère de la Défense a publié un décret exigeant que les femmes dans 100 professions s’inscrivent pour un éventuel service national d’ici à la fin de 2022. Toutefois, selon le Kyiv Independent, “en cas de guerre, elles [les femmes] peuvent être tenues de participer aux efforts de défense civile, en utilisant éventuellement leurs compétences professionnelles. Cela ne signifie pas qu’elles se battront”. Lors d’une conférence internationale en juin 2022, la première dame ukrainienne Olena Zelenska a affirmé que 37.000 femmes servaient actuellement dans les forces armées ukrainiennes. 

MYTHE : Des réfugiés ukrainiens ont incendié une maison en Allemagne où ils résidaient en tentant de brûler le drapeau russe. 

LES FAITS : Mi-mai 2022, plusieurs sites d’actualité pro-Kremlin et comptes sur les réseaux sociaux ont commencé à partager une fausse vidéo censée ressembler à une séquence issue du site du tabloïd allemand Bild. La fausse séquence affirmait que des réfugiés ukrainiens avaient incendié une maison en Allemagne après avoir mis le feu à un drapeau russe avec un transformateur Tesla, un générateur électromagnétique. Ce faux rapport ne précisait pas où, en Allemagne, l’incident était censé avoir eu lieu.

Un article publié le 19 mai 2022 sur Tsargrad TV, un média pro-Kremlin appartenant à l’oligarque russe Konstantin Malofeev, affirmait : “En Allemagne, des réfugiés ukrainiens ont tenté de détruire le drapeau russe en y mettant le feu, mais ils ont brûlé la maison dans laquelle ils étaient hébergés par une famille allemande. L’incident a été relayé par BILD”. L’article poursuivait : “Nous ajoutons que les Européens ont très vite repris leurs esprits après l’avalanche de migrants ukrainiens qui les a frappés. Leur accueil chaleureux a laissé place à de la déception et de la fatigue”.

La vidéo de 30 secondes, où l’on peut voir le logo de Bild, est composée de trois clips qui montrent un transformateur Tesla et un drapeau russe se consumant, de la fumée sortant d’une maison en proie aux flammes, et une femme, présentée comme Natalie Michalski, qui parle, en larmes, depuis une pièce incendiée. 

En réalité, Bild n’a pas fait état de réfugiés ukrainiens ayant brûlé une maison en Allemagne. Le rédacteur en chef adjoint de Bild, Timo Lokoschat, a déclaré sur Twitter le 17 mai 2022 : “La vérité c’est que BILD n’a jamais écrit ce rapport. Il est complètement faux”.

En effet, les trois clips utilisés dans la vidéo n’ont rien à voir avec l’allégation en question. Le premier clip, avec le drapeau russe en feu, a été créé par un étudiant de la Czech Technical University du nom de Marek Novotny en mars 2022, pour montrer son soutien à l’Ukraine, comme il l’a expliqué à l’Agence France-Presse en mai 2022. 

Le second, où l’on voit un incendie, date de 2013. Grâce à une recherche d’images inversée, l’AFP a trouvé que la vidéo avait été postée sur YouTube le 18 juillet 2013 avec la légende, “Une maison brûle à Walluf, en Allemagne”. NewsGuard a également pu confirmer ces informations. 

Le dernier clip, celui de la femme en pleurs identifiée comme étant Natalie Michalski, provient d’une séquence d’actualité sur un incendie que Bild avait postée sur YouTube le 27 janvier 2021. On pouvait lire en légende : “Drame familial en Basse-Saxe: la Maison brûle”. 

MYTHE : Kateryna Prokopenko, la femme du commandant du régiment ukrainien Azov, est une néo-nazie.

LES FAITS : En mai 2022, de nombreux sites pro-Russes ont accusé Kateryna Prokopenko, la femme du commandant ukrainien du régiment de la garde nationale ukrainienne Azov, Denys Prokopenko, d’être une néo-nazie. Ils citaient comme preuves plusieurs posts sur les réseaux sociaux censés montrer des images de Kateryna Prokopenko en tenue nazie, en train de faire  un salut nazi.

Toutefois, quatre des photos qui ont circulé en ligne montrent une activiste néo-nazie ukrainienne bien connue du nom de Vita Zaverukha, et non pas Kateryna Prokopenko. Le journal ukrainien Vesti a publié l’une des photos de Vita Zaverukha tenant un drapeau nazi dans un article de 2016, et le Daily Mail a diffusé les trois autres photos en 2015.

Une autre photo, censée montrer Kateryna Prokopenko faisant un salut nazi aux côtés de deux autres personnes, est apparue pour la première fois sur des sites polonais, dès 2010, sans aucun lien connu avec Kateryna Prokopenko, selon l’organisation de fact-checking italienne Open. Le 13 mai 2022, Kateryna Prokopenko a partagé l’article de vérification  d’Open sur son compte Twitter, avec ce message : “LES GARS, CETTE FILLE N’EST PAS MOI ”.

Selon plusieurs médias, dont les sites de Libération et de France 24, Kateryna Prokopenko n’a jamais publiquement exprimé son soutien à l’extrême droite, ni à des groupes néo-nazis.

Cette fausse allégation a commencé à se propager en ligne lorsque Kateryna Prokopenko et Yulia Fedosiuk, la femme d’un autre membre du régiment Azov, ont rencontré le Pape François au Vatican, le 11 mai 2022. Par exemple, le site d’information russe TVZvezda.ru a écrit : “Les femmes des combattants du bataillon nationaliste Azov, qui ont été reçues par le Pape François, sont elles-mêmes des sympathisantes des idées nazies, et ont fait des appels au meurtre sur les réseaux sociaux”. Les deux femmes ont demandé au Pape de les aider à sauver leurs maris, qui défendaient à l’époque l’usine de sidérurgie assiégée d’Azovstal, alors le dernier bastion de résistance ukrainienne dans la ville de Marioupol, dans le Donbass. Yulia Fedosiuk a précisé après le rendez-vous que le Pape “nous a dit qu’il prierait pour nous”.

À la mi-mai 2022, selon l’agence de presse Reuters, des centaines de combattants qui défendaient l’usine de sidérurgie se sont rendus aux forces russes, et ont été placés en détention.

MYTHE : L’un des Français tués dans la région du Donbass, en Ukraine, n’était pas un journaliste mais un mercenaire

LES FAITS : Le 30 mai 2022, Andreï Marochko, un officier de la Milice populaire de Lougansk, a affirmé à tort que Frédéric Leclerc-Imhoff, un journaliste français de 32 ans tué lors d’un bombardement de la région de Lougansk, dans l’est du Donbass ukrainien, était en réalité un mercenaire. 

Il a dit : “Je ne le qualifierais pas de journaliste, puisque ses actes indiquent qu’il exerçait une activité tout à fait différente. C’est bien possible de dire qu’il était un mercenaire étranger. Et il est très clair qu’il servait de supplétif aux forces radicales d’extrême droite ukrainiennes”. 

Malgré l’absence de preuves pour appuyer ces dires, les allégations d’Andreï Marochko ont été relayées par des médias d’Etat russes, notamment Tass et NTV. 

En réalité, Frédéric Leclerc-Imhoff était un journaliste professionnel qui couvrait la guerre en Ukraine, selon le gouverneur de la région du Lougansk Sergeï Gaidai, et selon l’employeur de Frédéric Leclerc-Imhoff, la chaîne de télévision française BFMTV. Il n’existe aucune preuve suggérant que Frédéric Leclerc-Imhoff ait été un mercenaire, ou ait été associé de quelque manière que ce soit à des groupes d’extrême droite ukrainiens. 

Le 30 mai 2022, Sergeï Gaidai a écrit sur son compte Telegram : “Aujourd’hui, notre véhicule d’évacuation blindé, qui allait récupérer 10 personnes dans la région, a essuyé des tirs ennemis. Des éclats d’obus ont percé le blindage de la voiture, un journaliste français accrédité, qui rassemblait des informations sur l’évacuation, a été mortellement blessé au cou…. Nous arrêtons officiellement l’évacuation”. Sergeï Gaidai a également posté une image de l’accréditation de presse ukrainienne de Frédéric Leclerc-Imhoff, qui contient une photo du journaliste, et précise qu’il représente BFMTV. 

BFMTV a confirmé que Frédéric Leclerc-Imhoff avait été tué alors qu’il couvrait une opération humanitaire dans un véhicule blindé en route pour Lysychansk, près de la ville de Severodonetsk, dans l’est de l’Ukraine, dans un article du 30 mai 2022 intitulé “BFMTV a l’immense douleur d’annoncer la disparition de Frédéric Leclerc-Imhoff, journaliste reporter d’images, tué en Ukraine”. 

Frédéric Leclerc-Imhoff, diplômé en 2014 de l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine de l’Université Bordeaux-Montaigne, en était à sa deuxième mission de reportage en Ukraine depuis le début de la guerre, le 24 février 2022. Il travaillait pour BFMTV depuis six ans, selon la chaîne.

MYTHE : Hunter Biden a aidé à financer un programme de recherche d’armes biologiques en Ukraine.

LES FAITS : Un mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des officiels russes ont affirmé, à tort, que le fonds d’investissement Rosemont Seneca, qui appartient à Hunter Biden, finançait un programme biologique militaire du Pentagone en Ukraine. 

Igor Kirillov, commandant des Forces de défense radiologique, chimique et biologique de l’armée russe, a déclaré, lors d’une conférence de presse du 24 mars 2022 : “Le fonds d’investissement Rosemont Seneca de Hunter Biden, fils du président américain Joe Biden, a financé le programme militaire biologique du Pentagone en Ukraine”.

Igor Kirillov a ajouté que les entreprises associées à Hunter Biden et au département de la Défense des États-Unis jouaient aussi un rôle dans la mise en place du programme. “Il existe un lien étroit entre le fonds [Rosemont Seneca] et les principaux sous-traitants du département militaire américain, notamment Metabiota, qui, avec Black & Veatch, est le fournisseur principal d’équipements pour les bio-laboratoires du Pentagone dans le monde entier”.

Les affirmations d’Igor Kirillov contiennent de fausses allégations. Premièrement, il n’existe aucune preuve que les États-Unis soient en train de développer des armes biologiques dans des laboratoires ukrainiens (voir notre vérification de ce mythe ici). Deuxièmement, il n’y a pas de preuve que Metabiota, une entreprise de biotechnologie américaine, ait fourni du matériel à ces supposés bio-laboratoires, gérés par le Pentagone en Ukraine ou ailleurs. 

Les États-Unis aident des laboratoires ukrainiens depuis 2005 quand un traité a été signé entre le Ministère de la santé ukrainien et le Pentagone pour limiter la menace bioterroriste. Cet accord s’inscrivait dans le cadre du Programme de réduction des menaces biologiques du département de la Défense américain, qui collabore avec des pays partenaires pour réduire la menace de propagation de nouvelles épidémies de maladies infectieuses dangereuses, selon le site de l’ambassade des États-Unis en Ukraine

Pour ce faire, le Pentagone a embauché différentes entreprises pour travailler en Ukraine, notamment la société d’ingénierie Black & Veatch (Kansas), qui sous-traite Metabiota depuis 2013. Andrea Chaney, responsable des affaires publiques de l’Agence qui met en œuvre le Programme de réduction des menaces biologiques, a déclaré à NewsGuard en mai 2022 que le travail de Metabiota en Ukraine était axé sur la recherche sur les maladies endémiques, ainsi que sur la formation du personnel ukrainien.

Troisièmement, Hunter Biden et Rosemont Seneca Partners, le fonds d’investissement basé à Washington D.C. qu’il a co-fondé en 2009, ne sont pas impliqués dans le financement d’un programme biologique militaire en Ukraine. Il est vrai que Metabiota a obtenu des fonds de la part d’une société d’investissement du nom de Rosemont Seneca Technology Partner (RSTP), qui était à une époque associée à Hunter Bien et à son fonds Rosemont Seneca Partners. Toutefois, un employé de Metabiota a déclaré à NewsGuard en mai 2022 que les investissements de la société n’avaient rien à voir avec de supposés laboratoires biologiques en Ukraine, et qu’ils se concentraient sur “l’exploitation des données et de leur analyse pour modéliser le risque d’épidémie, et essayer de le rendre plus prévisible”.

Un ancien investisseur du RSTP a également précisé au Washington Post que les investissements n’avaient aucun lien avec quelque laboratoire militaire que ce soit. Un rapport de Metabiota datant de 2014, obtenu et publié par le Washington Post, explique aussi que Metabiota disposait d’un bureau en Ukraine et qu’il comptait “mettre en œuvre un projet de recherche en Ukraine visant à comprendre la menace de la tularémie et de l’anthrax” et “élaborer et mettre en œuvre une campagne de sensibilisation auprès du public pour atténuer la menace de la peste porcine africaine”. En analysant ce rapport, NewsGuard n’y a trouvé aucune mention d’un programme militaire biologique en Ukraine. 

En outre, le Washington Post a rapporté que “Hunter Biden était à peine impliqué dans l’accord RSTP”. Si Hunter Biden était bien un partenaire de RSTP à travers ses actions chez Rosemont Seneca Partners, “il ne faisait pas partie du comité qui prenait les décisions quant aux investissements”, a précisé un investisseur de l’époque au Washington Post.

MYTHE : Les États-Unis recrutent des mercenaires de l’État Islamique pour combattre en Ukraine.  

LES FAITS : En mai 2022, le Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie (SVR) a publié un communiqué affirmant que les États Unis recrutaient des membres d’organisations terroristes internationales, notamment l’Etat Islamique, pour combattre en Ukraine. Selon les affirmations du SVR, environ 60 militants de l’Etat Islamique, âgés de 20 à 25 ans, auraient été libérés de prison en Syrie et transférés vers la base militaire américaine d’al-Tanf, dans le sud de la Syrie. 

L’allégation du SVR a été répétée par des médias d’Etat russes, dont Sputnik News et RT, ainsi que des médias rattachés à l’Etat chinois, comme People’s Daily et Xinhua. Certains médias iraniens ont publié des informations similaires.

Le SVR, et ces médias n’ont fourni aucune preuve à l’appui de cette allégation, que le Pentagone a démentie auprès de NewsGuard. “Ce rapport est complètement faux”, a affirmé le Pentagone dans une déclaration non signée transmise à NewsGuard, faisant référence à l’allégation du SVR. 

De fait, selon des reportages, des représentants des autorités de défense américaines et certains experts estiment que c’est au contraire le Kremlin, et non les États-Unis, qui recrute des ressortissants syriens et d’autres combattants étrangers pour participer à l’effort de guerre contre l’Ukraine. 

La base américaine d’al-Tanf, située dans le sud de la Syrie, près des frontières avec la Jordanie et l’Irak, a été mise en place en 2016 pour entraîner les forces d’opposition syriennes dans le cadre de la lutte contre l’État Islamique, selon l’International Crisis Group, une ONG dont la mission affichée est de “prévenir les guerres et établir des politiques qui permettront de construire un monde plus stable.” 

Environ 200 soldats américains sont basés à al-Tanf, selon un rapport de l’inspecteur général du Pentagone daté de mai 2022. 

Il n’existe aucune preuve que cette base soit devenue une “plaque tournante du terrorisme” servant a entraîner des militants de l’Etat islamique depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, comme l’ont affirmé certains sites pro-Russes. “Je n’ai vu aucune preuve, ni même aucune affirmation crédible, qui appuierait l’idée que les États-Unis recrutent des membres d’organisations terroristes internationales pour combattre en Ukraine”, a assuré Martha Crenshaw, chercheuse au Centre pour la Sécurité et la Coopération Internationale de l’université de Stanford, par email à NewsGuard en mai 2022. “Je ne sais pas en ce qui concerne la Russie, même s’il est vrai que j’ai lu des rapports parlant de recrutements”. 

Selon un rapport du Wall Street Journal du 6 mars 2022, Moscou recruterait des combattants syriens entraînés au combat urbain pour les aider à s’emparer de la capitale ukrainienne, Kyiv. 

En avril 2022, l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un observatoire de guerre basé au Royaume-Uni, a rapporté que 40.000 Syriens s’étaient engagés à rejoindre les forces russes en Ukraine. Selon l’organisation, 22.000 Syriens se sont inscrits directement auprès de l’armée russe, et 18.000 auprès du groupe Wagner, une société militaire privée russe.  

MYTHE : Le président Ukrainien Volodymyr Zelensky est Russe, et par conséquent, sa présidence n’est pas légitime. 

LES FAITS : En Avril 2022, Ilya Kiva, un ancien homme politique Ukrainien désormais pro-Russe, a partagé une image sur Telegram, en prétendant qu’il s’agissait du passeport russe du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Kiva a alors affirmé que Volodymyr Zelensky était un président illégitime, car l’Ukraine n’autorise pas les personnes ayant une double nationalité à se présenter à la présidence en Ukraine. Cette allégation a rapidement été reprise par des sites d’informations russes, notamment Gazeta.ru et Ura.ru.

En réalité, il n’existe aucune preuve que Volodymyr Zelensky soit un citoyen russe. Un article de vérification publié en mai 2022 par l’agence de presse allemande DPA a établi que l’image partagée par Ilya Kiva avait été créée de toutes pièces sur RF Screato, un logiciel d’édition qui permet aux utilisateurs de générer de faux passeports russes en ligne à partir d’un modèle type. Selon Deutsche Presse-Agentur, des photos de passeports pratiquement identiques, et issues du même logiciel, circulent sur internet depuis des années. 

Par ailleurs, la photo présente plusieurs erreurs. Par exemple, selon l’organisation Bellingcat, les troisième et quatrième chiffres d’un numéro de passeport russe indiquent l’année où le document a été délivré. Sur le document censé appartenir à Volodymyr Zelensky, ces chiffres sont 0 et 3. Cela signifie donc que ce passeport aurait été délivré en 2003. Or cela contredit la première page du passeport, qui indique que le passeport a été délivré en en 2001. 

Par ailleurs, la photo en noir et blanc de Volodymyr Zelensky qui apparaît sur le document n’est pas une photo de passeport authentique. Des fact-checkers ont remarqué qu’il s’agissait en réalité d’une portion tronquée d’une image de Volodymyr Zelensky qui avait été publiée, en couleur, dans de nombreux articles de presse ukrainiens. Enfin, la signature apposée sur ce qui est censé être son passeport ne correspond pas à la signature officielle de Volodymyr Zelensky, selon une comparaison effectuée par le site de fact-checking Lead Stories.  

MYTHE : Les habitants de la ville de Tampere, en Finlande, ont filmé un train finlandais transportant des centaines de tanks et d’équipements militaires vers la frontière avec la Russie en mai 2022, après que le pays a demandé à adhérer à l’OTAN.

LES FAITS : Après des semaines de tensions croissantes entre la Finlande et la Russie causées par l’annonce, par le gouvernement finlandais, de sa demande d’adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), une vidéo publiée le 3 mai 2022 sur le compte Telegram biélorusse pro-gouvernement BelVestnik, a affirmé que la Finlande envoyait des tanks vers la frontière russe. 

En réalité, le train aperçu sur la vidéo se dirigeait dans la direction opposée, selon une analyse d’images satellite Google Maps réalisée par NewsGuard. L’armée finlandaise a fermement démenti cette allégation, et aussi expliqué que le train s’éloignait de la Russie. 

“Les habitants de Tampere (Finlande) filment le transfert d’équipements militaires vers la frontière à l’est” avec la Russie, disait la légende de la vidéo postée sur Telegram. Tampere est une ville au sud-ouest de la Finlande, à près de 320 kilomètres de la Russie. Le clip de 50 secondes, qui avait été vu plus de 10.000 fois au 16 mai 2022, montre un train de marchandises transportant des dizaines de tanks et de véhicules blindés sur un pont dans une zone apparemment résidentielle de la Finlande. Cette vidéo a par la suite été reprise sur Facebook, Twitter, et YouTube.

Sur la vidéo, le train peut être vu se dirigeant vers la tour d’observation de Nässineula, à l’arrière-plan, et à sa gauche se trouve une tour de briques rouges. Une analyse par NewsGuard des images satellitaires Google Maps des monuments de Tampere par rapport à la localisation du train, montre qu’il se dirigeait vers l’ouest de la Finlande, et non vers la frontière russe, à l’Est.

Le 4 mai 2022, les Forces armées finlandaises ont démenti l’allégation selon laquelle la Finlande était en train de déployer des équipements militaires à sa frontière orientale. L’armée a dit dans un tweet que le train vu dans la vidéo était en cours d’acheminement vers les villes finlandaises de Niinisalo et Säkylä pour un exercice d’entraînement militaire appelé Arrow 22. “Une vidéo a circulé en ligne affirmant montrer des tanks déplacés vers la frontière finlandaise”, disaient les Forces armées finlandaises dans leur tweet. “Cela n’est pas vrai. Ces tanks étaient en train d’être déplacés vers l’exercice militaire d’infanterie mécanisée Arrow 22. Cet exercice se déroule à Niinisalo et Säkylä”.

Niinisalo et Säkylä se situent à l’ouest de la ville de Tampere, près du golfe de Bothnie qui sépare la Finlande et la Suède – à environ 400 kilomètres de la frontière russe.

L’objectif d’Arrow 22 est de développer “les compétences des unités de l’armée, dans le but de défense nationale et de créer et promouvoir l’interopérabilité internationale et le connectivité”, selon le communiqué de presse de l’armée finlandaise au sujet de l’exercice. 

MYTHE : Vladimir Poutine a utilisé un écran vert pour enregistrer une fausse apparition télévisée. 

LES FAITS : Le 5 mars 2022, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu dans un établissement de formation de la compagnie aérienne russe Aeroflot en dehors de Moscou, et y a rencontré les salariés de la compagnie. Dans les heures qui ont suivi cette visite, des posts largement partagés sur les réseaux sociaux ont et des articles de presse ukrainiens ont affirmé qu’un clip vidéo montrant la rencontre d’Aeroflot prouvait que Vladimir Poutine n’était pas présent lors de cet événement, et avait été ajouté sur la vidéo grâce à un écran vert. De nombreux posts ont soutenu qu’à un moment donné, la main de Vladimir Poutine semblait traverser un microphone. 

Si la Russie a en effet souvent diffusé des contenus manipulés pour promouvoir sa propagande, cette vidéo de Vladimir Poutine est, elle, authentique. Des preuves montrent qu’il n’a pas utilisé d’écran vert. Les internautes et sites qui ont partagé cette allégation ont cité la mauvaise qualité des vidéos et des captures d’écran comme preuves, mais le moment du microphone n’apparaît pas sur des versions de meilleure qualité de l’enregistrement. 

Comme l’organisation de vérification des faits Snopes et plusieurs médias l’ont noté, l’image de la main de Vladimir Poutine passant au travers du microphone est un bug technique engendré par la piètre résolution de la vidéo, et non pas le résultat d’un effet utilisé ou d’un écran vert. Une vidéo de meilleure résolution de la rencontre, postée sur YouTube par NBC News et les journaux britanniques The Telegraph et The Independent, ne montre pas sa main traversant le microphone. Par ailleurs, des photos de Poutine participant à la réunion ont été prises par le photographe de Sputnik Mikhail Klimentyev, et reprises par l’Associated Press le 5 mars 2022.

Cette vidéo a attiré beaucoup d’attention après avoir été téléchargée sur Reddit le 5 mars 2022, avec la légende : “Écran vert détecté ! La ‘réunion’ d’aujourd’hui avec les employés d’‘Aeroflot’”. Certains utilisateurs de Twitter ont suggéré à tort que Poutine avait simulé son apparition à la reunion en réponse aux critiques, par plusieurs médias occidentaux, des mesures très strictes qu’il a prises pour s’isoler durant la pandémie de COVID-19 – comme l’utilisation d’une longue table pour communiquer avec ses conseillers. 

Ce clip a aussi été promu sur Twitter par des hommes politiques opposés à Poutine, comme le leader de l’opposition russe Lioubov Sobol. Le diplomate ukrainien Olexander Scherba a affirmé dans un tweet du 6 mars 2022 que Poutine était tourné en ridicule en raison de ses “vidéos photoshopées”. Le média ukrainien NV a écrit au sujet de cette vidéo, dans un article du 6 mars 2022 publié en russe et en ukrainien sous le titre “Il passe sa main au travers d’objets? La dernière vidéo de Poutine est en fait un faux de piètre qualité”. Dans cet article, NV citait le Centre de lutte contre la désinformation, qui dépend du Conseil de Sécurité et de Défense nationale d’Ukraine, qui a affirmé à tort dans un post sur Facebook que cette vidéo de Poutine avait été créée numériquement en combinant deux ou plusieurs images dans une seule. 

MYTHE : La Pologne se prépare à envahir l’ouest de l’Ukraine. 

LES FAITS : Début mai, de nombreux posts sur les réseaux sociaux ont partagé un faux clip de la BBC annonçant que la Pologne se préparait à envahir l’Ukraine. Cette vidéo d’une minute, qui n’a jamais été diffusée par la BBC, a été partagée en ligne dans plusieurs langues, notamment en russe, en français, en italien, en tchèque, et en turc. 

En réalité, cette vidéo a été fabriquée pour ressembler à un reportage de la BBC. Shayan Sardarizadeh, journaliste de la BBC spécialiste de la désinformation, a partagé une capture d’écran de ce clip dans un post sur Twitter le 5 mai 2022, avec ce commentaire : “Encore une fausse vidéo avec le logo et la marque BBC News qui circule… La BBC n’a pas produit une telle vidéo, et la Pologne n’est pas sur le point de se mêler à la guerre”. Il n’existe aucune preuve que la Pologne, qui est membre de l’OTAN et de l’Union européenne, se prépare à envahir l’Ukraine. 

Cette vidéo commence avec le logo de BBC News, et des images d’un hélicoptère militaire atterrissant. Le texte, qui est écrit avec la police de caractère utilisée par la BBC, dit : “Le commandant en chef des forces armées polonaises a ordonné à l’armée de se préparer à l’invasion de l’Ukraine”, avec en fond, des images de soldats. La vidéo dit aussi : “la Pologne va envoyer des soldats au prétexte de ‘se protéger de la Russie’. Cela sera fait avec le soutien de Washington, mais l’Organisation du traité de l’Atlantique nord restera officiellement à l’écart.

Cette vidéo montre aussi de faux ordres militaires. Le clip dit : “le général Jaroslaw Mika a signé un ordre pour que l’unité de l’armée polonaise soit pleinement prête au combat”. Une photo du faux ordre a été utilisée dans des posts sur les réseaux sociaux et dans des articles sur des sites d’actualité pro-Russie, notamment Pravda.ru.

Dans un post du 3 mai 2022 sur Twitter, le commandant en chef des forces armées polonaises a écrit : “ceci est un faux ordre du chef d’état-major polonais. Ce document est un FAUX! Nous constatons de plus en plus de documents militaires contrefaits dans les médias polonais. S’il vous plaît, ne partagez pas cette FAUSSE INFORMATION”. 

MYTHE : L’Ukraine vend son surplus d’armes à des pays africains. 

LES FAITS : Le 19 avril 2022, la chaîne Telegram Rezident, qui est liée au Kremlin, a publié un faux document censé provenir du ministère ukrainien de la Défense, et daté du 19 mars 2022. Ce document prétendait montrer que l’Ukraine vendait son surplus d’armes à des pays africains. Cette fausse allégation a été partagée par des chaînes Telegram pro-Kremlin, dont Denazification UA (“Denatsifikatsii UA”) et des sites d’information comme News-Front.info.

Selon l’Institut international de recherche sur la Paix de Stockholm, un think-tank suédois sur les sujets de défense, l’Ukraine a exporté un “volume significatif” d’armes conventionnelles en Afrique subsaharienne entre 2005 et 2009, notamment des avions, de l’artillerie, et des blindés provenant de ses surplus. Toutefois, il n’existe aucune preuve que l’accord décrit par la chaîne Rezident soit réel ou que l’Ukraine vende en ce moment des armes à des pays africains. 

Le post Telegram de Rezident affirmait que, parmi les armes vendues à des pays africains, il y avait “des blindés, des tanks, des mitraillettes, des fusils, des grenades et même des gilets pare-balles”. Ce post disait que cette vente constituait un “un plan d’enrichissement astucieux”, et ajoutait : “Tandis que l’armée ukrainienne meurt d’un manque d’armes et de munitions, des responsables du ministère de la Défense les vendent à des pays africains en prétextant qu’il s’agit de surplus militaires”. 

Ce faux document partagé par la chaîne Rezident cite l’amendement numéro 1919 du décret du gouvernement ukrainien, qui a été introduit en 2011, et permet aux ministres de vendre les armes provenant des surplus à d’autres pays. Ce document affirmait aussi que NVK Techimpex, un fabricant privé d’équipements militaires et d’armes en Ukraine, vendait les armes en surplus, citant un supposé rapport de 970 pages détaillant l’accord. 

Toutefois, plusieurs signes évidents montrent qu’il s’agit d’un faux. Alors que l’en-tête imite celui des documents officiels du ministère de la Défense, la supposée signature du ministre de la Défense Oleksii Reznikov est différente de sa signature habituelle. Par ailleurs, le document est signé “A.YU. Reznikov”, qui est l’orthographe russe du nom du ministre. Son orthographe ukrainienne, que le ministre utilise dans les documents officiels, est “O.YU. Reznikov”. Par ailleurs, ce document ne contient pas de code barre ou d’adresse après le nom d’un député du peuple d’Ukraine, ce qui ne respecte pas les règles du ministère de la Défense relatives à la diffusion de documents. 

MYTHE : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dispose d’une fortune nette estimée à 850 millions de dollars. Il a accumulé cette richesse après son élection. 

LES FAITS :  Le 25 avril 2022, le parti ​​néerlandais d’extrême droite Forum pour la démocratie a affirmé, sans preuve, sur Telegram et Twitter : “Zel​​e​​nsky possède une fortu​​ne : plusieurs estimatio​​ns la valorise​​nt à e​​nviro​​n 850 millio​​ns. Et il ​​n’a gagné la plupart de cet argent qu’après avoir accédé au poste de président”. Peu de temps après ces posts, un déluge de posts sur les réseaux sociaux et sur des médias d’Etat russes comme Sputnik News et RIA-Novosti se sont fait l’écho de cette allégation, citant comme source le Forum pour la démocratie, un parti dont le président, Thierry Baudet, est soupçonné d’avoir des liens avec le Kremlin.

D’autres articles publiés en avril 2022, dont un article intitulé “Aux Pays-Bas, l’origine des 850 millions de dollars de revenus de Zelensky intéressent”, publié sur la chaîne d’Etat russe RT, faisait référence à un segment de l’émission de Tucker Carlson, sur Fox News, en avril 2022, dans lequel il suggérait que les fonds de Volodymyr Zelensky devraient faire l’objet d’un audit.D’autres posts sur les réseaux sociaux affirmaient que Volodymyr Zelensky possédait 1,4 milliard de dollars. 

Les chiffres avancés dans ces allégations n’ont aucun fondement et ne sont soutenus par aucune estimation crédible de la fortune de Volodymyr Zelensky. En réalité, les rapports dans les médias et divulgations financières suggèrent qu’il possédait, en avril 2022, entre 20 millions et 30 millions de dollars. 

Selon Forbes Ukraine, Volodymyr Zelensky “n’a jamais été un milliardaire”, et possède environ 20 millions de dollars. D’après Forbes aux Etats-Unis, sa fortune est inférieure à 30 millions de dollars, son principal bien étant 25% de Kvartal 95, une société de production qu’il a cofondée en 2003. La plus grande partie de sa fortune lui vient de sa carrière passée de comédien.

Volodymyr Zelensky a transféré ses parts de Kvartal 95 à ses partenaires avant de gagner l’élection présidentielle ukrainienne, comme l’a rapporté Forbes aux Etats-Unis, évaluant ses parts de la société à environ 11 millions de dollars. Forbes a estimé que son portfolio immobilier valait 4 millions de dollars. Et Forbes Etats-Unis et Forbes Ukraine ont tous deux estimé que lui et sa femme Olena Zelenska avaient environ 2 millions de dollars sur leur compte commun, et que leurs autres biens, dont des voitures et des bijoux, valaient 1 million de dollars tout au plus. 

Les données financières les plus récentes dévoilées par Volodymyr Zelensky ne montrent pas non plus de fortune de plusieurs centaines de millions de dollars. Il a fait état d’un revenu familial d’environ 751.388 dollars (22.748 millions de hryvnias) pour 2020, selon un communiqué de presse, et selon sa déclaration de patrimoine à l’Agence nationale de la prévention de la corruption. Sa déclaration d’intérêts financiers montre qu’il a reçu 11.000 dollars (336.000 hryvnias) en salaire, 152.000 dollars (4,6 millions de hryvnias) en droits d’auteur, et 442.000 dollars (13,4 millions de hryvnias) de la vente de biens immobiliers cette année-la. Cela place son revenu total pour 2020 à environ 605.000 dollars. 

MYTHE : Google Maps a révélé en avril 2022, durant la guerre Russie-Ukraine, des images satellite non censurées de sites militaires russes qui étaient auparavant floutées. Ce changement visait à aider les ennemis de la Russie à évaluer les capacités et avances de l’armée russe. 

LES FAITS : Le 17 avril 2022, le site d’actualité sur la défense Defense Express, qui est basé en Ukraine, a publié un article qui affirmait à tort que Google Maps avait dévoilé des images satellites “de haute qualité” de plusieurs bases militaires russes et “points stratégiques”. 

Defense Express a dit que cette décision de Google offrait une opportunité d’évaluer les progrès et ressources de l’armée russe, notamment des porte-avions et des dépôts de munitions. Cet article contenait des photos de supposées installations militaires russes. 

Le jour suivant, un compte non vérifié à destination des forces armées ukrainiennes et depuis supprimé (@ArmedForcesUkr) a tweeté que Google Maps avait “ouvert l’accès” aux installations militaires russes, permettant aux gens de voir, pour la première fois, “une multitude de lanceurs russes, de mines de missiles balistiques, de postes de commandement, et des lieux de stockage secrets, avec une résolution d’environ 0,5 mètres par pixel”.  

En réalité, Google n’a pas changé ses images publiquement disponibles de la Russie. Le 18 avril 2022, le compte Twitter officiel de Google Maps a écrit : “veuillez noter que nous n’avons effectué aucun changement de floutage de nos images satellites de la Russie”.

Google Maps a parfois flouté les images satellite de zones militaires sensibles, comme la base aérienne 705 de l’armée française, qui est pixelisée depuis 2014. La BBC a rapporté en 2018 que des pays européens dont l’Allemagne et la Belgique avaient demandé à Google Maps de flouter ses sites militaires. Toutefois, il n’existe aucune preuve que Google ait par le passé flouté des images de sites militaires à la demande de la Russie. En réalité, une analyse de NewsGuard montre que pendant des années, Google a fourni des images satellites détaillées des zones russes mentionnées dans le tweet de @ArmedForcesUkr.

Par exemple, la première image incluse dans le tweet des forces armées ukrainiennes montre plusieurs avions stationnés sur un terrain extérieur dans la base aérienne de Kursk-Khalino — qui héberge une vingtaine d’avions de chasse depuis 2021. L’affichage des cartes au fil du temps sur Google Earth, qui permet de visualiser des versions anciennes des images satellite de Google Maps, montre que Google fournit des images non floutées, et détaillées de cette base depuis au moins 2003. (Google Maps et Google Earth partagent les mêmes images satellite). 

Une autre image montre un grand bateau rouge et au moins quatre sous-marins dans la baie de Krasheninnikov, dans l’océan Pacifique. Ce port se situe près d’une base balistique nucléaire sous-marine dans la péninsule de Kamchatka, laquelle a hébergé des sous-marins avec des capacités nucléaires pendant la guerre froide. Google Earth fournit des images satellites claires de ce site depuis au moins 2013. 

Commentant l’allégation selon laquelle Google Maps aurait récemment retiré le floutage de ces images, Rob Lee, Chercheur associé au programme Eurasie du Foreign Policy Research Institute, un groupe de réflexion américain basé à Philadelphie, a tweeté le 18 avril 2022 qu’il avait “toujours pu regarder les sites militaires russes avec Google Maps, y compris les bases de ses opérations spéciales d’élites”.

MYTHE : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté les Ukrainiens à se rendre. 

LES FAITS : Le 16 mars 2022, la chaîne de télévision ukrainienne Ukraine 24 a diffusé une vidéo censée montrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky exhortant les Ukrainiens à capituler face à la Russie. Dans la vidéo, Volodymyr Zelensky apparait disant : “Mon conseil est de déposer les armes et de retourner voir vos familles. Mourir dans cette guerre n’en vaut pas la peine. Le conseil que je vous donne est de vivre. Je vais faire la même chose”. Ce clip a été posté sur YouTube, Telegram, Facebook, et le réseau social russe Vkontakte.

En réalité, cette vidéo est un “deepfake”, c’est-à-dire une vidéo manipulée montrant une personne ou un objet disant ou faisant quelque chose qu’elle n’a pas dit ou fait.Volodymyr Zelensky n’a pas appelé les Ukrainiens à se rendre. Peu après la publication de ce deepfake, le ministre de la Défense ukrainien a publié sur Twitter  une vidéo du vrai Volodymyr Zelensky, qualifiant ce clip de “provocation puérile”, et disant : “nous n’allons déposer aucune arme jusqu’à la victoire”. 

Nina Schick, experte en technologie et auteur de “Deepfakes: The Coming Infocalypse” (“Deepfakes, l’Infocalypse qui vient”), a dit que la vidéo ressemblait a “un échange de visages très mal fait”, en référence aux programmes collant le visage d’une personne sur le corps d’une autre, a rapporté Reuters le 17 mars 2022. La vidéo contenait des différences de ton entre la peau du visage et celle du cou de Volodymyr Zelensky, et des pixels autour de sa tête, qui apparaissait disproportionnée. Sa voix était aussi plus grave qu’habituellement.

Nathaniel Gleicher, responsable de la politique de sécurité de Meta, le propriétaire de Facebook, a indiqué que la société avait retiré le clip pour violation de sa politique interdisant les médias manipulés trompeurs. Dans un post publié sur Twitter le 16 mars 2022, Nathaniel Gleicher a écrit : “nos équipes ont identifié et retiré une vidéo deepfake affirmant montrer le président  Zelensky faisant une déclaration qu’il n’a jamais faite”. 

Ukraine 24 a dit dans un post sur Facebook le 16 mars 2022 que cette vidéo avait été diffusée par des “hackers ennemis” et était “FAUSSE!”. Cette vidéo est aussi brièvement apparue sur le site internet de Ukraine 24.

MYTHE : Des conseillers militaires de l’OTAN se cachent dans un laboratoire d’armes biologiques souterrain de l’OTAN appelé PIT-404, qui est financé par Metabiota, une société affiliée à Hunter Biden. Ce laboratoire se trouve sous le complexe sidérurgique d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine. 

LES FAITS : Début avril 2022, plusieurs blogs et sites connus pour avoir promu de la désinformation russe ainsi que des utilisateurs des réseaux sociaux ont relayé des articles affirmant qu’un laboratoire d’armes biologiques secret de l’OTAN se trouvait sous le complexe sidérurgique d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine. De nombreux internautes ont affirmé que des conseillers militaires de l’OTAN se cachaient dans le laboratoire, souvent appelé “PIT-404”. Certains ont aussi affirmé que le laboratoire était financé par Metabiota, une société ayant des liens avec Hunter Biden, le fils du président américain Joe Biden. Cette allégation a été faite dans plusieurs langues, notamment en russe, en anglais, en italien, et en français.

Le complexe sidérurgique d’Azovstal est devenu le dernier bastion des forces ukrainiennes pendant le siège de la ville, qui a commencé fin février 2022. Toutefois, il n’existe aucune preuve de l’existence d’un laboratoire d’armes biologiques de l’OTAN abritant des conseillers militaires de l’OTAN sous l’aciérie.

Les utilisateurs des réseaux sociaux et sites ayant relayé cette allégation n’ont pas fourni de preuve à son appui. L’Ukraine n’est pas un membre de l’OTAN, et l’organisation indique ne pas avoir de bases militaires sur le territoire ukrainien.

Le directeur général d’Azovstal, Enver Tskitishvili, a démenti ces allégations dans un post Facebook du 12 avril 2022. “Il n’y a pas de tunnels secrets avec des laboratoires biochimiques à Azovstal”, a-t-il écrit. “L’usine n’a rien à voir avec le développement ou le stockage d’armes quelles qu’elles soient, y compris biochimiques. Notre société n’a jamais effectué de recherches ou produit quoi que ce soit du genre”.

Un porte-parole de Metabiota a déclaré au Washington Post en mars 2022 que la société n’opérait plus en Ukraine, disant : “Metabiota a travaillé en Ukraine jusqu’en 2020, fournissant des formations pour aider à améliorer la capacité locale à détecter et répondre aux menaces sanitaires”. Metabiota et Hunter Biden n’ont aucun lien depuis 2015, comme l’a rapporté le Washington Post. Hunter Biden faisait partie de l’équipe de direction de l’un des investisseurs de Metabiota, Rosemont Seneca Technology Partners (désormais appelé Pilot Equity Group), mais il a été écarté de l’entreprise en 2015 après avoir été renvoyé de la réserve de la Marine pour avoir utilisé de la cocaïne l’année précédente.

Il n’y a pas non plus de preuve d’une relation de travail entre Metabiota, une société américaine qui conseille des gouvernements et des entreprises sur les épidémies, et le complexe sidérurgique d’Azovstal.

L’allégation selon laquelle il y aurait un laboratoire d’armes biologiques de l’OTAN sous le complexe sidérurgique d’Azovstal fait suite à des allégations similaires propagées depuis au moins 2018 par des responsables russes et des médias d’Etat russes sur des laboratoires d’armes biologiques américains en Ukraine. Il n’existe aucune preuve de ces allégations.

MYTHE : Un document secret appelé le “dossier du chancelier” prouve que l’OTAN a planifié une guerre contre la Russie il y a plusieurs dizaines d’années. 

LES FAITS : Le 24 mars 2022, l’auteur allemand et réalisateur de films Ralph T. Niemeyer a partagé sur sa chaîne Telegram et sur son compte Facebook la photo d’une lettre affirmant qu’elle prouvait que “l’OTAN avait planifié la guerre contre la Russie très en avance et forcé le chancelier (Olaf) Scholz à l’approuver en janvier. Bien avant que le président Poutine ait envahi quelque pays que ce soit”. Ce post affirmait que cette information pouvait être trouvée dans le “dossier du chancelier”. Cette allégation a été largement partagée par des comptes Telegram pro-Russie et QAnon, accumulant plus de 250.000 vues sur le service de messagerie en avril 2022. Des posts similaires sont apparus sur d’autres réseaux sociaux, dont Facebook.

L’allégation selon laquelle l’OTAN aurait programmé une guerre contre la Russie bien avant l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février 2022, n’a aucun fondement.

L’organisation autrichienne de vérification des faits Mimikama a rapporté en avril 2022 que le document posté par Ralph T. Niemeyer sur Telegram était un faux. Selon Mimikama, la lettre est d’abord apparue sur le site du magazine d’extrême droite Unabhängige Nachrichten en 1999, et était censée avoir été envoyée au service de renseignement fédéral allemand et provenir du “ministre d’Etat Dr. Rickermann”. En réalité, l’Allemagne n’a jamais eu de ministre d’Etat du nom de Rickermann. (Unabhängige Nachrichten a décrit la lettre comme un “teaser” – ou extrait avant publication – d’un livre écrit par une personne du nom de “James Shirley”. Un tel livre n’a jamais été imprimé).

Dix ans après la publication du teaser de ce livre, Unabhängige Nachrichten a publié un autre article sur le sujet. Cette fois-ci, la publication a rapporté “ne pas pouvoir prouver l’authenticité de cette information. Toutes les requêtes sur un certain Dr. James Shirley, qui est censé avoir enquêté sur cette affaire dans un livre, ont été sans succès”.

La lettre affirmait que l’Allemagne avait signé un traité secret avec les alliés occidentaux après la Seconde Guerre mondiale obligeant chaque chancelier allemand à signer un accord appelé le “dossier du chancelier”.

Le 19 novembre 2007, en réponse à une question demandant si Angela Merkel, alors chancelière allemande, “avait dû signer le dossier du chancelier”, le service de presse et d’information du gouvernement fédéral a publié une déclaration disant : “le ‘traité d’État secret’ que vous mentionnez appartient au domaine des légendes. Ce traité d’État n’existe pas. Et le chancelier, bien sûr, n’a pas dû signer un prétendu ‘Chancellor’s File’ sur ordre des Alliés avant de prêter serment”.

Selon Mimikama, la lettre dont certains estiment qu’elle prouve que l’OTAN a planifié depuis longtemps une guerre contre la Russie contient certaines fautes d’orthographe et autres erreurs. L’en-tête semble indiquer qu’elle provient du service de renseignement fédéral allemand, mais Mimikama souligne qu’en 1992, cette agence n’utilisait pas encore cet en-tête. Par ailleurs, comme noté plus haut, l’Allemagne n’a jamais eu de ministre d’Etat appelé “Rickermann”.

L’OTAN a aidé à financer les forces armées ukrainiennes, et certains de ses Etats membres ont commencé à envoyer des armes en Ukraine mi-janvier 2022, avant son invasion par la Russie. Toutefois, l’OTAN elle-même ne s’est pas engagée militairement, car l’Ukraine n’est pas un membre de l’OTAN.

MYTHE : La Russie n’utilise pas le type de missile qui a servi à attaquer la gare de Kramatorsk.

LES FAITS : Le 8 avril 2022, des missiles ont frappé la gare de Kramatorsk, une ville de l’est de l’Ukraine. Au moins 50 personnes ont été tuées, selon des responsables ukrainiens. L’ONU a déclaré le 8 avril 2022 que cette attaque avait “tué et blessé de nombreux civils”.

La Russie et l’Ukraine ont toutes deux déclaré que Tochka-U, un missile balistique de courte portée, avait été utilisé dans l’attaque, mais chaque pays a accusé l’autre.

La Russie a affirmé que seules les forces ukrainiennes utilisaient des missiles Tochka-U. Dans une déclaration du 8 avril 2022 postée sur Telegram, le ministre russe de la Défense a déclaré : “Toutes les déclarations de représentants du régime nationaliste de Kyiv sur “l’attaque au missile” supposément menée par la Russie le 8 avril 2022 à la gare de la ville de Kramatorsk sont une provocation, et totalement fausses”. La déclaration ajoute : “nous insistons sur le fait que les missiles tactiques Tochka-U, dont des fragments ont été trouvés près de la gare de Kramatorsk, et publiés par des témoins, ne sont utilisés que par les forces armées ukrainiennes”.

Il est vrai que l’Ukraine utilise des missiles Tochka-U, mais la Russie en utilise aussi, selon des experts. Patrick Wilcken, chercheur sur le contrôle des armes pour Amnesty International, a dit a NewsGuard dans un entretien par email : “l’Ukraine et la Russie possèdent toutes deux le Tochka”. Et d’ajouter : “nous avons vu la Russie déployer le système [Tochka] en Ukraine et documenté une attaque sans discrimination par la Russie près d’un hôpital de Vuhledar, dans le Donetsk, avec un missile balistique Tochka 9M79”.

Le 29 mars 2022, Belarusky Hayun, un groupe activiste qui surveille les activités militaires au Belarus, a posté une vidéo montrant une colonne de missiles Tochka marqués de la lettre V, se déplaçant au nord de Kyiv. Selon le groupe de fact-checking ukrainien StopFake, V et Z sont les deux lettres latines utilisées pour indiquer que des équipements appartiennent à l’armée russe.

L’agence d’Etat russe RIA-Novosti, et d’autres médias pro-russes ont affirmé que l’Ukraine avait frappé Kramatorsk en citant la similitude entre le numéro de série d’un missile Tochka-U trouvé dans la gare et d’autres missiles lancés par l’Ukraine par le passé. Ils ont obtenu le numéro de série d’un cliché extrait d’une vidéo de la chaîne de télévision italienne TG-LA 7.

Un article publié par RIA-Novosti le 9 avril 2022, citait le post Telegram de la chaîne de télévision du Donetsk Z Union, disant : “Le numéro de série de la roquette Tochka-U qui est tombée sur la gare de Kramatorsk le jour précédent est apparu sur le web. Roquette 9M79-1, numéro de série Ш91579. Précédemment, des militants ukrainiens ont utilisé des roquettes de la même série”. L’article partageait le post de Z Union, qui listait les missiles portant le même numéro de série, supposément utilisé par l’armée ukrainienne en 2015.

En réalité, le numéro de série ne prouve pas que les missiles utilisés à Kramatorsk appartiennent à l’armée ukrainienne. StopFake a écrit le 10 avril 2022 : “Ce numéro de série – Ш91579 – est une marque de l’usine, et n’identifie en aucun cas le missile comme appartenant à l’armée ukrainienne”.

Patrick Wilcken, qui travaille pour Amnesty International, a dit à NewsGuard qu’il était d’accord avec cette évaluation : “Un numéro de production d’usine ne donne aucune information au sujet de l’armée dont proviennent ces missiles, cela vous indique juste quelle usine a produit le missile”, a-t-il dit. “Seule une analyse du site de l’explosion pour déterminer la direction / trajectoire du missile, et une cartographie des positions des différentes forces en relation avec cette trajectoire peut indiquer avec certitude qui a tiré le missile, mais la provenance russe semble probable”.

MYTHE : Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a aidé à mettre en œuvre des évacuations forcées d’Ukrainiens vers la Russie. 

LES FAITS : Le 24 mars 2022, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Moscou. L’agence de presse turque Turkish Anadolu Agency a rapporté le même jour que Peter Maurer avait demandé la permission à Sergueï Lavrov d’ouvrir un bureau dans la ville russe de Rostov-on-Don, près de la frontière orientale de l’Ukraine, et des posts sur les réseaux sociaux ainsi que des commentaires en ligne ont commencé à accuser le CICR de soutenir, ou de participer aux transports forcés d’Ukrainiens vers la Russie.

Il n’existe aucune preuve crédible que le Comité international de la Croix-Rouge ait aidé à organiser des évacuations forcées d’Ukrainiens vers la Russie. Le CICR a démenti cette accusation à plusieurs reprises, publiant un communiqué de presse le 26 mars 2022 sur son site disant :  “Le CICR n’aide jamais à organiser ou conduire des évacuations forcées”.

Des utilisateurs de Twitter ont publié des posts affirmant fournir des preuves de l’aide apportée par le CICR pour déporter des Ukrainiens vers la Russie. Le 26 mars 2022, un post contenant un lien vers une vidéo YouTube affirmait montrer que “les résidents de Marioupol fuyant vers l’ouest sont arrêtés par les troupes russes, placés de force dans des bus de la Croix-Rouge vers la Russie”. La vidéo montrait un embouteillage avec des personnes se tenant debout autour de voitures et de bus portant le symbole de la Croix-Rouge, mais ne montrait pas de soldats russes forçant des personnes à entrer dans des bus.

En réalité, cette vidéo a d’abord été publiée sur Twitter plus tôt le même jour par le gouverneur de la région administrative du Donetsk, Pavlo Kirilenko, qui ne faisait aucune mention de personnes placées de force dans des bus de la Croix-Rouge. Les seuls bus qu’il a mentionnés étaient des “bus d’évacuation qui transportent des personnes de Berdyansk vers Zaporizhia”, une ville sous contrôle ukrainien.

D’autres utilisateurs de Twitter ont posté des captures d’écran d’un rapport sur les activités de la Croix-Rouge russe intitulé “Évacuation de personnes de la région du Donbass vers la Russie”, qui a été brièvement publié, puis supprimé du site de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), suggérant que ce rapport montrait la participation de la FICR dans l’évacuation d’Ukrainiens vers la Russie. Un billet suggérait qu’une capture d’écran montrant la phrase “Aide par le mouvement RCRC (Red Cross and Red Crescent Movement, NDLR) : 9.000” en était la preuve. D’autres captures d’écran montraient des descriptions de dispositions prises pour accueillir des personnes déplacées arrivant en Russie depuis l’Ukraine. Toutefois, ceux-ci ne montraient pas que la Croix-Rouge russe avait participé au transport d’Ukrainiens vers la Russie.

La FICR a affirmé que ni elle, ni la Croix-Rouge russe n’avaient participé au transport d’Ukrainiens vers la Russie, disant sur son site internet : “Ni la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ni la Croix-Rouge russe n’ont jamais été impliquées dans un quelconque mouvement de personnes de l’Ukraine vers la Russie”. Dans un email d’avril 2022 a NewsGuard, Benoît Carpentier, directeur par intérim de la communication de la FICR, a dit : “Au sujet des 9.000 personnes aidées, cela fait référence au nombre de personnes qui ont traversé la frontière entre l’Ukraine et la Russie, et reçu de l’aide de la part de la Croix-Rouge russe. Ni la FICR, ni la Croix-Rouge russe ne sont impliquées dans le transport de personnes”.

Ce rapport a été supprimé du site car il “faisait “faisait référence à certaines parties de l’Ukraine d’une manière qui ne correspondait pas à notre neutralité et à notre impartialité”, a expliqué la FICR sur son site, en faisant référence à l’utilisation, par le rapport, des termes “républiques populaires de Donetsk et de Loughansk”, les noms choisis par ces deux régions séparatistes de l’est de l’Ukraine, qui, en avril 2022, n’étaient reconnues que par la Russie.

MYTHE : Des documents confidentiels montrent que l’Ukraine préparait une offensive contre le Donbass.

LES FAITS : Le 9 mars 2022, le gouvernement russe a affirmé à tort que des documents confidentiels obtenus par le ministère russe de la Défense montraient que l’Ukraine s’apprêtait à attaquer le Donbass en mars 2022. Un message posté le 9 mars 2022 sur Twitter et Facebook par le ministère russe des Affaires étrangères contenait des photos de ces documents en ukrainien avec le commentaire suivant : “Des documents confidentiels (à la requête du commandant de la Garde nationale ukrainienne), obtenus par @mod_russia, confirment sans l’ombre d’un doute que le régime de Kiev préparait secrètement une offensive contre le #Donbass, prévue pour mars 2022”. Twitter a depuis ajouté une étiquette à ce message, avertissant les internautes que “Ce média ne correspond pas au contexte”.

Ces allégations ont été répétées sans aucun recul par divers sites d’information, dont l’agence de presse d’État russe Tass. Un article du 10 mars 2022 dans Einreich.de, un site allemand pro-russe qui, d’après une analyse de NewsGuard, publie régulièrement de faux contenus, a affirmé que la Russie avait empêché une attaque planifiée par l’Ukraine contre la région du Donbass en mars 2022.

En réalité, selon StopFake, une organisation ukrainienne de fact-checking, ce document n’est pas confidentiel, et il ne fait pas non plus référence à une tentative d’attaque. La Garde nationale ukrainienne (la NSU) a déclaré à StopFake que ce document n’était pas secret et ne concernait pas le Donbass. “Il s’agit d’une ordonnance standard pour des camps réguliers d’entraînement communs à l’AFU (Forces armées ukrainiennes, NDLR) et la NSU à Starychy (région de Lviv). Ces ordonnances sont régulièrement émises chaque année. Ce document concerne l’organisation d’un camp d’entraînement” à Lviv, a déclaré la NSU à StopFake. Lviv est située dans l’ouest de l’Ukraine, à l’opposé de la région du Donbass.

Christo Grozev, le directeur exécutif de Bellingcat, une organisation de journalisme d’investigation en ligne, a déclaré à PolitiFact que bien que le Donbass soit mentionné dans le document, cette région n’était ni “une partie importante du document ni référencée dans le contexte d’une attaque, deux allégations faites dans la présentation trompeuse de la Russie”.

MYTHE : Le massacre de civils à Boutcha, en Ukraine, était une mise en scène.

LES FAITS : Début avril 2022, plusieurs agences de presse, dont Reuters, l’Associated Press et l’AFP, ont documenté le meurtre de civils à Boutcha, une ville près de Kiyv, la capitale ukrainienne, qui était sous occupation russe depuis le 27 février 2022. Plusieurs médias se sont entretenus avec des habitants de Boutcha après le départ de l’armée russe. Ils ont tous témoigné du fait que des Russes étaient responsables de meurtres de civils.

Le gouvernement russe a contesté ces conclusions. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué du 3 avril 2022 : “pas un seul résident local n’a subi de violences”. Le 3 avril 2022, le ministère russe des Affaires étrangères a partagé sur Telegram un communiqué du ministère russe de la Défense, qui affirmait : “les photos et les vidéos de Boutcha sont une manipulation de plus, une mise en scène et une provocation du régime de Kiev pour les médias occidentaux”.

Le 3 avril 2022, le ministère russe de la Défense a partagé sur Telegram une version au ralenti d’une vidéo d’abord publiée par la chaîne de télévision ukrainienne Espreso.tv. Le message Telegram affirmait qu’un des corps avait été vu en train de soulever son bras et un autre en train de s’asseoir, ce qui prouverait qu’ils étaient vivants. “La vidéo des corps est déroutante : ici à la douzième seconde le ‘cadavre’ de droite bouge son bras. À la trentième seconde dans le rétroviseur, le ‘cadavre’ s’assied”, indiquait le message. “Les corps dans la vidéo semblent avoir été délibérément disposés pour créer une image très dramatique”.

En réalité, la vidéo ne montre aucun cadavre en train de soulever son bras. Shayan Sardarizadeh, journaliste de la BBC qui couvre la désinformation en ligne, a publié une version encore plus au ralenti de la vidéo sur Twitter, qui lui avait été fournie par le groupe international de fact-checking Aurora Intel. La vidéo, que NewsGuard a consultée, montre qu’une marque ou une goutte de pluie sur l’écran donne la fausse impression d’un corps se déplaçant dans certains clips à faible résolution, comme l’a fait remarquer Shayan Sardarizadeh.

La vidéo ne montre pas non plus de cadavre “assis”, comme l’ont affirmé certains responsables russes. Selon Shayan Sardarizadeh, la “version au ralenti montre des bâtiments en arrière-plan déformés par un rétroviseur. Ajoutez la compression des réseaux sociaux et la vidéo donne l’impression que le corps bouge”. Ce même phénomène a également été démontré par le fact-checkeur finlandais Janne Ahlberg.

Un analyse des vidéos et des images satellite du 4 avril 2022 par le New York Times a montré que de nombreux morts gisant dans les rues de Boutcha avaient été tués à la mi-mars 2022, alors que la Russie, selon ses propres dires, contrôlait Boutcha. Une vidéo filmée par un membre du conseil municipal le 1er avril 2022 montre plusieurs cadavres éparpillés le long de la rue Yablonska à Boutcha, selon le New York Times. Maxar Technologies, une société de technologie spatiale au Colorado, a fourni des images satellites au journal qui montrent qu’au moins 11 des corps sont apparus dans les rues de Boutcha entre le 9 et le 11 mars 2022, et ont donc probablement été tués pendant cette période.

Par ailleurs, des habitants de Boutcha ont déclaré à Human Rights Watch que des civils avaient été tués par des Russes en mars 2022. Dans un rapport du 3 avril 2022, l’organisation internationale de défense des droits humains a rapporté que les forces russes à Boutcha avaient arrêté cinq hommes et exécuté sommairement l’un d’entre eux le 4 mars 2022.

Le 19 mai 2022, le New York Times a publié un rapport complet, basé sur des témoignages de première main et trois vidéos, détaillant l’exécution de huit hommes ukrainiens par des parachutistes russes, qui occupaient Boutcha le 4 mars 2022. Le journal a obtenu une vidéo, prise par un témoin, qui montre des prisonniers marchant les uns derrière les autres, sous la menace d’une arme, et suivis par des troupes russes. On voit ensuite les troupes forçant les prisonniers à se mettre au sol, y compris un homme qui porte un sweat-shirt à capuche bleu vif. “La vidéo s’arrête là”, dit le New York Times. “Mais huit témoins ont raconté au Times ce qui s’est passé ensuite. Les soldats ont emmené les hommes derrière un immeuble de bureaux voisin, que les Russes avaient investi et transformé en base de fortune. Il y a eu des coups de feu. Les captifs ne sont pas revenus”. 

Le New York Times ajoute avoir obtenu une vidéo prise par un drone le 5 mars 2022, qui montre les cadavres sur la rue de Yablonska, avec deux soldats russes se tenant à leurs côtés. Le New York Times a rapporté : “Parmi les corps, on aperçoit un point bleu vif – le captif au sweat-shirt bleu.” Le New York Times a déclaré que les vidéos étaient la “preuve la plus claire à ce jour” que les hommes ukrainiens étaient “sous la garde des troupes russes quelques minutes avant d’être exécutés”.

MYTHE : Les États-Unis développent des armes biologiques visant les personnes d’origine ethnique russe.

LES FAITS : Peu de temps après le début de l’invasion russe, des responsables russes ont rapporté plusieurs allégations selon lesquelles des programmes biologiques militaires menés par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN en Ukraine utilisaient des agents pathogènes dangereux pour créer des armes biologiques n’infectant que les “personnes d’origine ethnique slave”.

Igor Kirillov, le chef de la protection chimique et biologique des forces armées russes, a déclaré lors d’un briefing le 10 mars 2022, que des laboratoires en Ukraine travaillaient sur des agents pathogènes dangereux visant spécifiquement les Russes et d’autres personnes d’origine ethnique slave.

“Les documents à notre disposition confirment de nombreux cas de transfert d’échantillons biologiques de citoyens ukrainiens à l’étranger. Nous pouvons dire qu’il y a une forte probabilité que l’un des objectifs des États-Unis et de leurs alliés soit la création d’agents biologiques capables d’infecter de manière sélective divers groupes ethniques”, a déclaré Igor Kirillov, citant en exemple un rapport selon lequel des chercheurs ukrainiens auraient envoyé des échantillons de sérum sanguin au Peter Doherty Institute for Infection and Immunity, un centre de recherche médicale en Australie.

En réponse aux allégations du Kremlin, une porte-parole du Peter Doherty Institute a déclaré à l’Australian Broadcasting Corporation, un média australien, qu’elle avait reçu environ 300 échantillons de sérum d’Ukraine en 2019 dans le but d’être utilisé pour la recherche sur la rougeole. Le porte-parole a expliqué que recevoir des échantillons d’autres laboratoires était “une pratique courante pour le succès de cette initiative de santé publique”. Rien n’indique que l’institut ait été impliqué dans des recherches sur des armes biologiques.

Il n’existe par ailleurs aucune preuve que les États-Unis développent des armes biologiques dans des laboratoires ukrainiens (voir ici notre fact-check sur ce mythe). Un porte-parole du département d’État américain a déclaré à Newsweek en mars 2022 que les allégations concernant en particulier des armes biologiques ethniques étaient complètement fausses.

De plus, les experts s’accordent à dire que les agents biologiques ne peuvent tout simplement pas viser des groupes d’individus spécifiques sur la base de leur origine ethnique. Dans un commentaire au “Science Media Centre” du Royaume-Uni, Oliver Jones, responsable des biosciences et de la technologie alimentaire à l’Université RMIT de Melbourne, en Australie, a déclaré : “Cette affirmation appartient purement au domaine de la science-fiction ! Les êtres humains sont tout simplement trop génétiquement similaires pour qu’on puisse trouver quelque chose qui n’affecte que certains individus et pas d’autres (…) Il n’y a aucun moyen de créer un agent, biologique ou autre, qui pourrait affecter un groupe ethnique et pas d’autres. Ça n’arrivera tout simplement pas”.

En mars 2022, le site d’information américain The Intercept a rapporté qu’un groupe de biologistes russophones avait examiné les allégations de la Russie et avait conclu que la création “d’une bactérie ‘militaire’ réservée à une certaine nationalité, et en particulier aux Russes, est absolument impossible sur le plan de l’évolution”.

MYTHE : Des photos montrent le président ukrainien Volodymyr Zelensky combattant sur le terrain, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

LES FAITS : Des publications sur les réseaux sociaux et certains sites d’actualité ont partagé de vieilles images du président ukrainien Volodymyr Zelensky portant un treillis, un casque et un gilet pare-balle, les présentant à tort comme montrant le président se battant sur le terrain, après que la Russie a envahi l’Ukraine. Cette allégation a été relayée dans plusieurs langues depuis février 2022, notamment en espagnol, français, arabe, et hébreu. 

Hananya Naftali, un influenceur israélien qui a plus de 1,2 million d’abonnés sur Facebook, a partagé l’une de ces images dans un post Facebook le 25 février 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il a écrit : “Voici le président ukrainien Zelensky. Il a enlevé ses vêtements, et endossé un uniforme militaire pour rejoindre les troupes qui se battent pour protéger la patrie ukrainienne. C’est un vrai leader”. Ce post a été partagé plus de 70.000 fois. Facebook a ajouté un label à cette publication, alertant les utilisateurs que “des fact-checkers indépendants disent que cette information peut être trompeuse”. 

Un tweet du 25 février 2022 a partagé cette image, avec ce commentaire : “le président ukrainien est au front, combattant pour son peuple. Le président Zelensky a pris les armes et rejoint les troupes pour repousser l’invasion russe”. Toutefois, cette photo n’est pas nouvelle et ne montre pas Volodymyr Zelensky au front en 2022. Elle a été prise lors d’une visite rendue par Zelensky aux troupes ukrainiennes sur le front dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, en décembre 2021. Une recherche d’image inversée effectuée par NewsGuard montre que la photo d’origine est d’abord apparue sur Getty Images, une agence mondiale de photos. La légende de cette photo d’origine disait : “Le président ukrainien Volodymyr Zelensky rend visite aux soldats ukrainiens en première ligne dans le Donbass, en Ukraine, le 6 décembre 2021”. D’autres photos de Volodymyr Zelensky, prises en février, avril et octobre 2021, lors de voyages à l’est de l’Ukraine, ont aussi été partagées sur les réseaux sociaux, et présentées à tort comme montrant le président se rendant au front après l’invasion russe.

MYTHE : Des vidéos montrent le Fantôme de Kyiv abattant des avions russes. 

LES FAITS : Le 24 février 2022, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valerii Zaluzhnyi, a écrit dans un post sur Facebook qu’au moins six avions russes et deux hélicoptères avaient été détruits au premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le jour suivant, une vidéo a commencé à circuler sur Twitter et Facebook, censée montrer un MiG-29 ukrainien abattant un avion de chasse russe Su-35. La vidéo a par la suite été retweetée par le ministère ukrainien de la défense. Certains utilisateurs ont affirmé que cette vidéo montrait le “Fantôme de Kyiv”, un pilote ukrainien non identifié qui aurait abattu plusieurs avions russes.

La vidéo citée plus haut, prétendant montrer un MiG-29 ukrainien abattant un avion russe Su-35, ne montre pas de vraies images, et a en fait été réalisée en utilisant le jeu vidéo Digital Combat Simulator (abrégé en “DCS”) puis mal légendée par des utilisateurs des réseaux sociaux. Cette vidéo, qui a été postée sur Twitter et Facebook, a d’abord été publiée sur YouTube avec le titre “Le Fantôme de Kiev tue”, et une description indiquant : “Ces images sont issues de DCS, mais ont été faites en hommage au Fantôme de Kiev’”. Le Fantôme de Kiev n’a pas été identifié, et il n’a pas non plus été prouvé qu’il existe. L’administration de l’armée ukrainienne et l’ancien président Petro Porochenko ont fait des références au Fantôme de Kyiv sur les réseaux sociaux, et The Times a rapporté qu’une “source militaire ukrainienne” avait dit que le pilote existait bel et bien. Toutefois, des organismes de fact-checking, dont PolitiFact et Deutsche Welle, ont tenté de confirmer l’existence du Fantôme de Kyiv, sans obtenir de réponse de la part du gouvernement ukrainien.

MYTHE : L’Ukraine a menacé la Russie d’invasion.

LES FAITS : Le 7 mars 2022, des sites d’Etat russes ont affirmé que le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, Oleksiï Danilov, avait menacé la Russie d’invasion, citant un billet posté par ce dernier sur Facebook le  7 mars 2022. Un article de l’agence d’Etat russe RIA-Novosti, intitulé “Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine a menacé la Russie d’invasion”, citait comme preuve ce passage du post d’Oleksiï Danilov : “nous nous souvenons de tout le monde et de tout, nous n’oublierons jamais personne. Vous ne vous cacherez nulle part : ni derrière les grillages de vos maisons, ni dans vos villas à Miami, ni sur un yacht aux Seychelles ou dans un bunker dans l’Oural… Vous êtes venus sur notre terre et dans nos familles – nous viendrons vous chercher”. 

Cet article déforme les déclarations d’Oleksiï Danilov. Ce dernier n’a pas menacé d’envahir la Russie. Dans son post Facebook, il donnait son point de vue selon lequel la Russie ne pourra pas échapper à la justice pour son invasion de l’Ukraine, faisant référence de manière implicite à l’enquête de la Cour Pénale internationale sur de possibles crimes de guerre perpétrés par la Russie en Ukraine, et qui a été ouverte le 3 mars 2022. Il a écrit : “Je suis convaincu que le futur tribunal pour les criminels russes sera significatif pour le monde entier, et pour la Russie elle-même, puisque la guerre avec l’Ukraine, parmi d’autres choses, a lancé un processus de liquidation du régime de Poutine”.  S’adressant au gouvernement russe, il a ajouté : “Vos crimes sont documentés, et leur mémoire est au fer chaud dans les cœurs. Ceux qui ont donné les ordres, comme ceux qui les ont effectués, en visant avec des missiles nos villes paisibles sont sur notre liste. Vous êtes venus sur notre terre et dans nos familles – nous viendrons vous chercher”.

MYTHE : Des parachutistes américains ont atterri en Ukraine.

LES FAITS : Le 7 mars 2022, une vidéo Facebook, postée sur le compte “Current News Update”, montre des parachutistes américains, et affirme à tort qu’ils sont des “soldats américains dans le ciel ukrainien”.  La vidéo avait été vue plus de 7,6 millions de fois le 16 mars 2022. Elle a été diffusée en Inde, au Pakistan, au Brésil, aux Philippines, au Ghana sur Facebook, et a été partagée sur d’autres plateformes de réseaux sociaux.

Cette vidéo n’est pas nouvelle, et ne montre pas des parachutistes américains atterrissant en Ukraine en 2022. Une recherche d’image inversée avec l’outil YouTube Data Viewer d’Amnesty International montre que la vidéo originale a d’abord été postée sur YouTube en 2016  par le compte “AiirSource Military”, qui dit couvrir “les événements et missions militaires” de l’armée américaine. Ce compte n’a pas posté de vidéos ces trois dernières années. La vidéo montre des parachutistes de la 82e et de la 101e division aéroportée effectuant des exercices de parachutisme à Fort Bragg, en Caroline du Nord.

Les Etats-Unis ne sont pas directement impliqués dans la guerre de 2022 en Ukraine, même s’ils ont fourni des armes et de l’aide au pays. Mi-février 2022, environ deux semaines avant que la Russie envahisse l’Ukraine, des soldats américains de la 82e division aéroportée, qui apparaît dans la vidéo, ont été déployés dans une base près de Przemysl, en Pologne, à environ 6 kilomètres de la frontière ukrainienne, “pour rassurer nos alliés de l’OTAN, dissuader toute agression potentielle contre le flanc oriental de l’OTAN”,  comme l’a expliqué un haut responsable du ministère américain de la défense, selon le Washington Post.

MYTHE : Des missiles russes ont touché un centre de traitement des déchets nucléaires à Kyiv.

LES FAITS : Le 27 février 2022, de nombreux sites d’actualité ont publié des articles en ukrainien, en russe et en anglais, affirmant que des missiles russes ont touché un centre de déchets nucléaires de la succursale à Kyiv de “Radon”, une entreprise détenue par l’Etat. Les articles citaient un post sur la page Facebook officielle de la Commission de réglementation nucléaire ukrainienne, qui disait : “Au 27 février 2022, à 1.20, heure de Kiev, à la suite des bombardements massifs de Kiev avec tous types de missiles et d’armes anti-aériennes disponibles en Russie, des obus ont atterri dans le centre de déchets radioactifs de la branche de Kiev de l’Association Radon”. Ce post disait aussi que “selon une évaluation préliminaire de la réglementation d’Etat, il n’existe aucune menace pour la population hors de la zone de protection sanitaire”.  Selon le site ukrainien de fact-checking StopFake, la commission s’appuyait sur des “informations reçues par téléphone via des personnels du centre qui ont appelé depuis un abri anti-aérien”.

Toutefois, le 27 février 2022, le Service d’Etat ukrainien des urgences a posté une déclaration sur sa page Facebook officielle, disant qu’ils avaient visité le site de l’attaque pour examiner les dégâts et constaté que les débris des explosions proches étaient tombés près du centre, mais n’avaient abîmé aucun de ses bâtiments. Le post disait : “sur les lieux, nous avons déterminé qu’en raison du tir d’obus, un objet non identifié est tombé près du bâtiment mais n’a pas touché d’objets importants”. Le 15 mars 2022, de nombreux articles n’incluaient pas cette mise à jour du Service d’Etat ukrainien des urgences.

MYTHE : Des “nationalistes” ukrainiens ont saisi environ 20 véhicules de l’OSCE dans l’est de l’Ukraine.

LES FAITS : Le 1er mars 2022, plusieurs médias d’Etat russes dont TASSRIA NovostiSputnik News, et RT ont publié des articles affirmant que des “forces nationalistes” ukrainiennes avaient capturé une vingtaine de véhicules appartenant à une Mission spéciale d’observation de  l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Ukraine à Kramatorsk, une ville ukrainienne proche de l’autoproclamée République populaire de Donetsk (une république séparatiste pro-russe). Les articles disaient que des “nationalistes ukrainiens” planifiaient d’utiliser les véhicules pour mettre en oeuvre des “provocations” contre des employés de l’OSCE et ensuite accuser les milices de la RPD, et que le sort des employés de l’OSCE qui étaient en possession de ces véhicules était inconnu. (L’OSCE est une organisation de sécurité régionale qui dispose d’une Mission spéciale d’observation en Ukraine depuis 2014 pour faire état, d’une manière impartiale, de la situation en Ukraine, et pour faciliter le dialogue entre les parties). 

Il n’existe aucune preuve que des véhicules de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE à Kramatorsk aient été volés fin février ou début mars 2022, et l’OSCE a démenti que des véhicules aient été volés à Kramatorsk. Le 1er mars 2022, l’organisation a tweeté : “Aucun véhicule de l’OSCE à Kramatorsk ne manque à l’appel. Les rapports selon lesquels des véhicules de @OSCE_SMM auraient été volés de notre base sont faux”. Des représentants de l’OSCE ont aussi démenti que leurs véhicules aient été volés auprès du site français de fact-checking FactAndFurious.com, et du site ukrainien de vérification des faits StopFake.org

Les rapports quotidiens de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE des 28 février 2022 et 1er mars 2022, ne mentionnaient pas de capture de véhicules ou de personnels, et le rapport du 28 février indiquait qu’aucun représentant de l’OSCE n’était à Kramatorsk à ce moment-là. “La mission a fini l’évacuation de la plupart des membres de la mission internationale après la décision du 25 février”, écrivait l’organisation. “L’évacuation des équipes d’observations présentes à Lviv, Chernivtsi, Ivano-Frankivsk, Dnipro, Odessa, Kyiv et au bureau principal de Kyiv, et des équipes d’observations des centres de patrouilleurs de Sievierodonetsk, Marioupol et Kramatorsk est terminée”.

MYTHE : L’Ukraine a mis en scène l’attaque de l’hôpital de Marioupol.

LES FAITS : Des représentants russes, les médias d’Etat russes et des sites d’actualité pro-Kremlin ont affirmé à tort que le 9 mars 2022, un raid aérien contre une maternité de Marioupol, au sud de l’Ukraine, qui a blessé 17 personnes, selon l’OMS, avait été mis en scène par des acteurs et que l’hôpital était une base pour l’armée ukrainienne et des radicaux. 

L’ambassade de Russie au Royaume-Uni a déclaré dans un tweet du 10 mars 2022 que des images de deux femmes blessées, prises par l’Associated Press sur le lieu de l’attaque, étaient fausses. L’ambassade a affirmé qu’une blogueuse beauté, Marianna Podgurskaya, “avait joué les rôles” des deux femmes; une femme enceinte emmenée sur un brancard et une femme enceinte en pyjama à pois descendant les escaliers de l’hôpital. 

Cette affirmation est fausse. La femme enceinte en pyjama à pois en photo est bien une blogueuse beauté. Toutefois, son nom est Marianna Vishegirskaya, et comme les photos le montrent, elle n’est pas la même personne que la femme transportée dans un brancard, qui est morte par la suite avec son bébé,  selon un article de l’Associated Press publié le 15 mars 2022.  En utilisant un outil de vérification faciale, Bellingcat, un média d’enquête, a montré qu’il y avait zéro pour cent de chances que les deux visages dans les photos appartiennent à la même personne. L’Associated Press a dit être incapable de déterminer l’identité de la femme sur le brancard.

Des officiels russes et des médias d’Etat ont aussi affirmé que l’hôpital était utilisé comme une base par le bataillon Azov, un groupe paramilitaire d’ultra-droite ukrainien  qui fait partie de la garde nationale ukrainienne, selon Reuters, et qui avait vidé l’hôpital de tous personnels et patients. Lors d’une conférence de presse du 10 mars 2022, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que “le bataillon Azov a depuis longtemps pris le contrôle de l’hôpital et d’autres radicaux et que toutes les femmes en travail, toutes les infirmières, et de manière générale, tous les personnels, s’étaient vu demander de partir. Il s’agissait d’une base pour le bataillon ultra-radical Azov”.

Faisant écho aux propos de Sergueï Lavrov, le 9 mars 2022, un post Twitter sur le compte officiel de l’ambassade de Russie en Israël a partagé une image censée montrer des tanks en face de la maternité vide, avec ce commentaire: “La vérité est que la maternité n’a pas servi depuis le début de l’opération spéciale de la Russie en Ukraine. Les médecins ont été dispersés par les militants du bataillon nationaliste Azov. #StopFakeNews”.

En réalité, l’image utilisée par le post Twitter de l’ambassade ne montrait pas la maternité de Marioupol. Selon Bellingcat, le 11 mars 2022, les données de géolocalisation montraient que le bâtiment de la photo était en réalité situé à 10 kilomètres de l’hôpital.

Par ailleurs, le photographe Yevgeny Maloletka, qui a pris certaines des photos de l’attaque de l’hôpital de Marioupol pour l’Associated Press, a dit au site d’actualité de Lettonie The Insidеr, le 10 mars 2022 : “nous avons photographié ce qui se passait. Il y a eu un raid aérien, et l’hôpital était plein de gens. Des personnes sortaient du sous-sol et du bâtiment – nous les avons  filmées. Le Bataillon Azov n’était pas là”.

MYTHE : Les universités européennes expulsent les étudiants russes.

LES FAITS : En mars 2022, il n’existait aucune preuve que des universités européennes aient expulsé ou menacé d’expulser des étudiants russes en représailles de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Ces allégations semblent avoir commencé après que la Haut-Commissaire aux droits de l’homme de la Fédération de Russie, Tatiana Moskalkova, a écrit dans un post Instagram le 28 février 2022 qu’elle et le ministre des sciences et de l’éducation supérieure de Russie, Valery Falkov, avaient pris “des mesures sans précédent pour protéger les droits des étudiants russes expulsés d’universités en France, en République tchèque, en Belgique, et dans d’autres Etats européens en raison de la situation en Ukraine”. Ce post a depuis été supprimé. 

Tatiana Moskalkova n’a pas fourni de preuve à l’appui de cette allégation, mais des comptes sur les réseaux sociaux et des sites russes de premier plan soutenant le président russe Vladimir Poutine ont rapidement commencé à répéter cette allégation. L’agence d’actualité d’Etat RIA Novosti a rapporté que les étudiants russes exclus des universités européennes pourraient étudier gratuitement dans les universités russes, telles que la Haute Ecole d’Economie, l’Université d’Etat de Moscou, et l’Université d’Etat de Saint Pétersbourg. 

L’allégation s’est rapidement répandue sur les campus d’universités européennes, et les réseaux sociaux. Plus d’une dizaine d’universités, dont des écoles en France, en République tchèque, et en Belgique ont publié des déclarations en mars 2022 affirmant que les étudiants russes ne risquaient pas d’être expulsés. 

Dans un tweet posté le 1er mars 2022, L’Association des universités européennes (EUA), qui comprend environ 850 universités dans plus de 40 pays, a dit : “Plusieurs rumeurs ont émergé selon lesquelles des #universités européennes ont expulsé des étudiants russes depuis l’agression en Ukraine… Cela n’est pas vrai et l’EUA n’a reçu aucun rapport faisant état d’expulsions potentielles, de la part d’aucun de ses membres”. 

Luc Sels, le recteur de KU Leuven, une université à Louvain, en Belgique, a tweeté au sujet de cette rumeur le 2 mars 2022, écrivant : “rien n’est plus éloigné de la vérité. Nous soutenons tous les étudiants de #kuleuven et accueillons les nouveaux étudiants, dans un esprit de paix et de solidarité”. Michel Deneken, président de l’Université de Strasbourg, en France, a dit à Radio France en mars 2022 que les étudiants russes inscrits à l’université avaient pris cette allégation pour un fait. “Le fait qu’on ait eu des réponses d’étudiants russes nous disant ‘merci de nous rassurer’ montre qu’ils avaient été inquiétés par ces fake news”,  a dit Michel Deneken.   

Le ministère français de l’Enseignement supérieur a aussi démenti la rumeur, et a déclaré lors d’une réunion de février 2022 avec des représentants d’universités que les quelque 5.000 étudiants et chercheurs russes étudiant en France pourraient continuer leurs études dans le pays, comme l’a rapporté Radio France.

MYTHE : Un homme du nom de “Bernie Gores” a été la première victime américaine de la crise ukrainienne.

LES FAITS : Un tweet provenant d’un compte se faisant passer pour CNN a annoncé à tort, le 23 février 2022, qu’un homme du nom de Bernie Gores était “la première victime américaine de la crise ukrainienne”.  Ce tweet, provenant d’un compte non vérifié, et depuis suspendu, @CNNUKR, montrait une photo de Bernie Gores, et disait : “Pensées et prières pour la famille de l’activiste Bernie Gores qui est mort ce matin après qu’une mine posée par des séparatistes pro-Russes a explosé”.

Un tweet similaire posté le 16 août 2021 depuis un compte non vérifié et depuis supprimé appellé  @CNNAfghan, avait partagé une image du même homme. Le post disait : “Le journaliste de #CNN ‘Bernie Gores’ executé à #Kaboul par des soldats #Taliban”.

Certains utilisateurs des réseaux sociaux ont partagé les deux tweets côte à côte, suggérant que CNN produisait de fausses informations. Un post sur Facebook du 25 février 2022 disait : “Voyez comme CNN MENT éhontément au public!” Un autre post Facebook du 26 février 2022 disait : “CNN est l’ennemi du peuple”.

Ces allégations sont fausses. Les photos censées montrer “Bernie Gores” sont en fait celles d’un YouTubeur et joueur de jeux vidéo qui s’appelle Jordie Jordan. Comme expliqué plus haut, ces posts Twitter proviennent de comptes non vérifiés et n’ont pas été partagés par CNN. Dans un article de vérification de mars 2022, CNN a déclaré à propos des fausses allégations sur Bernie Gores : “Ces deux tweets sur ‘Bernie Gores’ ayant été tué sont des fabrications qui n’ont rien à voir avec CNN. Les comptes ‘CNN Ukraine’ et ‘CNN Afghanistan’ derrière ces tweets sont des faux, qui ont été suspendus par Twitter pour avoir violé ses politiques contre l’usurpation d’identité”.

Une recherche d’image inversée sur Google réalisée par NewsGuard montre que l’image utilisée dans les posts Twitter a été publiée sur le profil sur Wikitubia de Jordie Jordan. Wikitubia est un site du type Wikipédia pour les joueurs de jeux vidéos. Jordie Jordan est vivant, comme le montre sa dernière vidéo YouTube, postée le 16 mars 2022.

MYTHE : L’Ukraine forme des enfants soldats.

LES FAITS : En février et mars 2022,  de nombreuses publications sur les réseaux sociaux partageaient des photos d’enfants ukrainiens portant des uniformes militaires et brandissant des armes, avec des légendes affirmant à tort que ces enfants s’entraînaient pour combattre après que la Russie a envahi l’Ukraine, en 2022.

Ces photos sont apparues dans un post publié le 8 mars 2022 sur la chaîne Telegram d’un groupe complotiste,  Outreach Worldwide, qui affirmait que des “enfants soldats” étaient formés “sur le modèle d’ISIS” et que l’Ukraine violait ainsi les traités internationaux sur les droits de l’Homme.

Une publication Facebook du 25 février 20022 en Sinhala, la langue la plus parlée au Sri Lanka, partageait ces photos avec la légende : “La guerre est une malédiction. Les enfants prennent les armes pour sauver leur mère patrie. Les enfants soldats d’Ukraine”. En réalité, ces photos ont été prises par l’Associated Press dans le cadre d’un essai intitulé “L’Ukraine forme au combat” (“Ukraine Groomed to Fight”) en juillet 2017, trois ans après le début du conflit entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes. La légende originale de la photo disait : “Sur cette photo prise le samedi 8 juillet 2017, des étudiants au camp paramilitaire pour enfants frappent leurs poings sur leurs cœurs durant une cérémonie nocturne en dehors de Kiev, en Ukraine. Alors que le conflit mortel en Ukraine orientale entre dans sa troisième année, certains parents en Ukraine souhaitent s’assurer que leurs enfants sont prêts à combattre, au lieu de nager ou de jouer au volley”.

D’autres photos affirmant montrer des enfants soldats ukrainiens en 2022 ont en fait été prises par l’European Press photo Agency en août 2015. La légende de l’une de ces photos dit : “des enfants portent des armes factices lors d’une formation dans le camp d’été militaro-patriotique pour jeunes ‘Azovets’, près de Kiev, en Ukraine, le 12 août 2015”. Il n’existe aucune preuve laissant penser que des enfants se battent dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

MYTHE : La guerre en Ukraine est une manipulation.

LES FAITS : En mars 2022, des utilisateurs des réseaux sociaux ont répandu la fausse allégation selon laquelle la guerre en Ukraine serait fausse, mise en scène par des acteurs et orchestrée par les médias occidentaux.

Une vidéo de reporters en face de dizaines de personnes allongées sur le sol, couvertes par ce qui ressemble à des housses mortuaires, a fait le buzz sur plusieurs plateformes de réseaux sociaux. Au bout de quelques secondes dans le clip, une personne dans une housse bouge de manière très visible. Une publication sur Twitter du 1er mars 2022 a publié une légende trompeuse de cette vidéo, affirmant : “Miracle ! Des morts ukrainiens reviennent à la vie après être morts sur les réseaux sociaux mais avoir été repérés comme vivants en direct en vidéo”.

En réalité, ce clip vidéo n’est pas nouveau, et il ne montre pas des acteurs en Ukraine en 2022.  Cette vidéo a été publiée par la chaîne d’actualité autrichienne OE24 sur YouTube le 24 février 2022, avec la légende :  “Vienne : Manif contre la politique climat”. Elle montre une manifestation contre le changement climatique en Autriche, le 1er février 2022, plus de trois semaines avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, selon le journal autrichien Osterreich. Cette manifestation a été organisée par des militants du climat du mouvement de jeunesse “Vendredi pour le futur”. L’utilisation de housses mortuaires visait à mettre en évidence la menace que représentent les émissions carbones.

Une vidéo manipulée plus sophistiquée utilisait un reportage d’actualité autrichien, et remplaçait son audio par celui d’un reportage en anglais de NBC News réalisé à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, dans lequel le correspondant Cal Perry parlait des victimes au premier jour de la guerre. Ce faux remplaçait aussi la bannière originale du reportage autrichien par le texte anglais qui était apparu sur NBC, et disait : “57 morts, 169 blessés dans toute l’Ukraine alors que la Russie lance son attaque : ministère ukrainien de la santé”. Cette vidéo a été partagée sur Twitter  le 2 mars 2022 par Lee Stranahan, supporter auto-proclamé de la Russie, qui présente une émission sur la radio d’Etat russe Sputnik, avec la légende : “Comment perdre son travail d’acteur de crise…” Cette fausse vidéo a généré plus d’un million de vues sur Twitter uniquement, avant d’être retirée de la plateforme le 7 mars 2022.

Fin février, plusieurs utilisateurs des réseaux sociaux ont affirmé à tort qu’une photo d’une femme blessée en  Ukraine avait été prise en 2018, et non pas en 2022, et que cette femme était une actrice. Par exemple, une  vidéo TikTok du 26 février 2022 disait à tort que la photo avait été utilisée dans un article de juillet 2018 sur une fuite de gaz. Le 15 mars 2022, cette vidéo avait généré plus de 473.000 vues et 22.000 likes sur TikTok, et elle avait aussi été partagée sur Facebook. Une publication Facebook du 26 février 2022 partageait la vidéo avec ce commentaire : “Les acteurs de crise en pleine forme”.

En réalité, la photo a été prise par le photographe Wolfgang Schwan le 24 février 2022, au premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Elle montre une femme, blessée lors d’une attaque à l’obus sur un bâtiment résidentiel de Tchouhouïv, en Ukraine. Une recherche d’image inversée effectuée par NewsGuard ne montre aucune instance où cette photo aurait été publiée avant le 24 février 2022.

MYTHE : Les Etats-Unis possèdent un réseau de laboratoires d’armes biologiques en Europe de l’Est.

LES FAITS : Le 24 février 2022, un billet sur le compte Twitter @WarClandestine suggérant que l’invasion russe de l’Ukraine visait en fait des laboratoires d’armes biologiques américains en Ukraine, est largement partagé sur les réseaux sociaux, avec le hashtag  #USBiolabs. Ce billet cite les allégations d’officiels russes selon lesquelles les Etats-Unis gèrent un réseau de laboratoires d’armes biologiques près des frontières russes avec l’Europe de l’Est. Les médias d’Etat russes ont promu des allégations similaires depuis au moins 2016.

Ces allégations s’appuient en général sur une interprétation erronée du programme de réduction des menaces biologiques du ministère de la Défense des États-Unis, qui collabore avec des pays partenaires pour réduire la menace d’épidémies de maladies infectieuses dangereuses, en aidant ces partenaires à sécuriser les pathogènes dangereux, et à rapidement détecter les épidémies, selon le site de l’ambassade des Etats-Unis en Ukraine. Les Etats-Unis fournissent de l’aide aux laboratoires ukrainiens depuis 2005, quand le ministère ukrainien de la Santé, et le ministère américain de la Défense ont signé un accord visant à limiter la menace du bioterrorisme, en mettant en place des dispositifs de sécurité sur les pathogènes mortels datant des programmes d’armement biologiques de l’ère soviétique. Le programme de réduction des menaces biologiques du ministère de la défense des États-Unis a depuis aidé à construire et à moderniser des laboratoires ukrainiens. Mais ces laboratoires sont gérés et principalement financés par le gouvernement ukrainien. Dans une déclaration de mai 2020 en réponse à ces allégations sur la présence de laboratoires militaires biologiques américains, les services de sécurité de l’Ukraine (SBU) ont déclaré: “aucun laboratoire biologique étranger n’opère en Ukraine”.

MYTHE : La Russie n’a pas utilisé d’armes à sous-munitions pendant son opération militaire en Ukraine.

LES FAITS : La Russie a répété que ses forces armées n’utilisaient que des armes de haute précision en Ukraine en 2022, et a démenti les rapports faisant état de l’utilisation, par son armée, d’armes à sous-munitions, qui peuvent faire davantage de victimes. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré le 1er mars 2022 que ces rapports étaient “sans aucun doute des fake ​​​​news”, selon Reuters. Dmitri Peskov a ajouté que les opérations russes visaient des cibles militaires, et non civiles, d’après Reuters.

Les armes à sous-munitions sont connues pour faire des ravages parmi les civils, car elles certaines des sous-munitions n’explosent pas à l’impact, et restent actives sur le sol, agissant de fait comme des mines. C’est pour cela qu’un traité des Nations Unies, entré en vigueur en 2010, et signé par 108 pays, mais pas par la Russie, l’Ukraine, les Etats-Unis, ni par d’autres pays, a interdit leur utilisation.

Toutefois, Human Rights Watch a déclaré le 4 mars 2022 que le 28 février 2022, la Russie avait utilisé des armes à sous-munitions pour tirer sur au moins trois zones résidentielles de Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine, tuant au moins trois civils. Human Rights Watch a dit : “Les entretiens menés avec deux témoins et l’analyse de 40 vidéos et photographies mettent en évidence l’usage de sous-munitions transportées par des roquettes Smerch 9M55K de fabrication russe”.

Selon le site de journalisme d’enquête Bellingcat, les preuves semblent montrer que la Russie s’en prend aux civils, notamment via l’utilisation de roquettes à sous-munitions dans les zones résidentielles, en s’appuyant sur des photos et vidéos crédibles. Bellingcat a écrit dans un rapport du 27 février 2022 que la Russie semblait avoir tiré avec des armes à sous-munitions depuis plusieurs systèmes de lance-roquettes, BM 27 et BM 30. “Nous pouvons le dire au vu des munitions typiques utilisées par chaque système et la direction depuis laquelle elles semblent avoir voyagé avant l’impact”.

Une enquête du 4 mars 2022 de la BBC a analysé des images d’une attaque du 28 février 2022 sur Kharkiv, et recueilli des opinions de spécialistes des armes. La BBC en a conclu : “Les preuves montrent clairement que l’attaque en question a été menée par les forces russes. D’autres images partagées en ligne montrent des sous-munitions russes lâchées dans le même quartier le jour de l’attaque”.

Lors d’une réunion le 4 mars 2022 à Bruxelles, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que la Russie avait attaqué l’Ukraine avec des armes à sous-munitions, selon des articles de Reuters et du New York Times. “Nous avons vu l’utilisation d’armes à sous-munitions et nous avons vu des rapports sur l’utilisation d’autres types d’armes, qui seraient en violation du droit international”, a dit Jens Stoltenberg.

MYTHE : L’OTAN dispose d’une base militaire à Odessa.

LES FAITS : En décembre 2021, plusieurs sites d’actualité pro-russes ont affirmé que l’OTAN avait établi une base navale à Odessa, une ville portuaire du sud de l’Ukraine.

Des navires de l’OTAN ont accru leur présence sur la mer Noire depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, selon un article publié en anglais dans la section Actualités du site officiel de l’OTAN en juillet 2021. L’alliance y dit : “des navires de l’OTAN circulent régulièrement dans la mer Noire, d’une manière qui respecte le droit international, en général en patrouillant sur l’eau pendant les deux tiers de l’année environ”.

En réalité, les bases militaires étrangères ne sont pas autorisées en Ukraine, selon l’article 17 de la Constitution du pays, et il n’existe aucune preuve qu’une telle base existe. La carte interactive de l’OTAN, qui montre où les systèmes et les centres d’entraînement de l’organisation sont localisés, montre qu’aucune base de l’OTAN ni aucun autre centre ou installation militaire ne se trouvent en Ukraine. Sur une page du site mise à jour pour la dernière fois en janvier 2022, l’OTAN a écrit :  “Hors du territoire de l’OTAN, l’organisation n’a une présence militaire qu’au Kosovo et en Irak”.

MYTHE : La Russie n’a pas visé d’infrastructures civiles en Ukraine 

LES FAITS : Quand la Russie a lancé son invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022,  le gouvernement russe a affirmé que son armée utilisait des armes de haute précision visant seulement les sites militaires, et pas les infrastructures civiles. Ces affirmations ont été répétées sans recul par de nombreux sites d’actualité financés par l’Etat russe.

En réalité, Amnesty International a recueilli des preuves de multiples attaques de cibles civiles par l’armée russe en Ukraine. Le lendemain de l’attaque russe, l’association a déclaré que la Russie commettait “des attaques aveugles contre des zones civiles mais aussi des frappes contre des infrastructures protégées telles que des hôpitaux”, après avoir recensé trois incidents qui auraient coûté la vie à au moins six civils, et blessé au moins 12 autres dans les villes de Vuhledar, Kharkiv, et Uman. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré que l’armée russe avait utilisé “des missiles balistiques et d’autres armes explosives à effet généralisé dans des zones densément peuplées”, ajoutant que certaines de ces attaques pouvaient constituer des crimes de guerre.

MYTHE : L’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie communiste

LES FAITS : Le 21 février 2022, trois jours seulement avant que la Russie attaque l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a déclaré : “L’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, plus précisément par la Russie bolchévique, et communiste”. Il a ajouté regretter que les communistes aient “donné à ces Républiques le droit de quitter l’Union (soviétique) sans aucun terme ou conditions”.

Il est exact que la Russie et l’Ukraine actuelles, qui sont toutes deux d’anciens Etats soviétiques, partagent de longues périodes communes de leur histoire. Toutefois, elles ont passé beaucoup plus de temps séparées qu’unies. L’héritage partagé de la Russie et l’Ukraine remonte à plus de 1.000 ans, quand Kyiv était le centre du premier État slave, la Rous de Kyiv, un empire médiéval fondé par les Vikings au 9e siècle, et le lieu de naissance de l’Ukraine et de la Russie. La réalité historique de l’Ukraine est l’histoire complexe de dix siècles de déplacements de frontières et de conquêtes par de multiples puissances concurrentes. Si des bouts de l’Ukraine moderne se trouvaient dans l’empire russe pendant plusieurs siècles, d’autres zones du pays, dans sa partie occidentale, étaient sous le contrôle de l’empire austro-hongrois, la Pologne ou la Lituanie.

Contrairement à l’affirmation de Vladimir Poutine selon laquelle “les bolchéviques ont inventé l’Ukraine”, l’Ukraine s’est battue pour son indépendance, et l’a obtenue en 1918 – un statut qui n’a duré que quelques années. En 1922, les bolchéviques russes ont écrasé le gouvernement national ukrainien, et établi à sa place la République Socialiste Soviétique d’Ukraine. L’Ukraine a fait partie de l’Union pendant les 69 années suivantes.

Les déclarations de Vladimir Poutine selon lesquelles Moscou a “donné” à l’Ukraine le droit de devenir indépendante de l’Union soviétique “sans aucun terme ou conditions” sont aussi erronées, puisque ce sont les Ukrainiens qui ont choisi l’indépendance lors d’un référendum démocratique. En 1991, avec la dissolution de l’Union soviétique, 84% des électeurs ukrainiens se sont rendus aux urnes, et plus de 92% ont voté pour quitter l’Union. Moscou a même promis de respecter la souveraineté de l’Ukraine comme une condition d’abandon, par l’Ukraine, de ses armes nucléaires – ce qui a été enregistré en 1994, dans un accord connu sous le nom de Mémorandum de Budapest.

MYTHE : La Crimée a rejoint la Russie légalement.

LES FAITS : Fin février 2014, des soldats opérant sans insigne national ont saisi des installations gouvernementales et des checkpoints dans la péninsule ukrainienne de Crimée, dont le bâtiment du parlement, à Simferopol. Lors d’une conférence de presse d’avril 2014, le président russe Vladimir Poutine a admis que des soldats russes avaient été déployés en Crimée pour soutenir les forces de défense locales, après avoir affirmé un mois plus tôt que les hommes armés appartenaient aux forces de défense locales. En mars 2014, le Premier ministre  séparatiste russe nouvellement installé en Crimée, Sergueï Aksionov, a organisé un référendum sur le statut de la Crimée, dont les résultats ont été un soutien écrasant à l’annexion à la Russie. Le gouvernement russe a affirmé à tort que la Crimée avait rejoint la Russie légalement puisque le référendum avait été tenu en accord avec le droit international.

En réalité, le référendum n’était pas légitime, et c’est pour cela que la plupart des pays ne reconnaissent pas la Crimée comme appartenant à la Russie. L’Assemblée générale de l’Onu et la Commission de Venise, un organe consultatif du Conseil de l’Europe regroupant des experts légaux, ont déclaré que le référendum et ses résultats étaient illégitimes pour plusieurs raisons. D’abord, le référendum n’a pas donné à tous les citoyens ukrainiens le droit de voter sur le statut de l’Ukraine, en violation de la constitution du pays, qui impose que tout changement apporté au territoire ukrainien soit approuvé par référendum par tous les électeurs en âge de voter en Ukraine. Par ailleurs, les options sur le bulletin de vote excluaient la possibilité pour la Crimée de maintenir son statut de l’époque, et de rester dans l’Ukraine. Les deux seules options étaient : rejoindre la Russie, ou retourner à la Constitution de 1992, qui donnait à la péninsule une large autonomie.

Il faut aussi préciser que le droit international ne reconnaît pas les référendums réalisés sous agression armée. Marc Weller, professeur de droit international à l’université de Cambridge, a écrit sur le site de la BBC en mars 2014 : “la Crimée ne peut pas continuer une éventuelle sécession ou même incorporation dans la Russie tant que Moscou exerce son influence sur le terrain”. Igor Strelkov, un commandant russe de premier plan en Crimée en 2014, aussi connu sous le nom d’Igor Girkin, a déclaré lors d’une interview donnée en 2015 à l’émission russe “Polit-Ring” que les militants sous son commandement avaient “forcé” des parlementaires à voter lors du référendum. “Les membres du parlement ont été rassemblés par les militants et ont été forcés à entrer dans le hall (du Parlement) pour qu’ils votent”, a-t-il dit.

MYTHE : Des saboteurs parlant polonais ont tenté de bombarder une usine de chlore dans le Donbass.

LES FAITS : Plusieurs jours avant que la Russie envahisse l’Ukraine, la République populaire de Donetsk (est de l’Ukraine), qui est soutenue par la Russie, a partagé une vidéo affirmant qu’elle montrait que ses milices avaient empêché des “saboteurs” parlant polonais de faire exploser des récipients contenant du chlore dans un centre de traitement des eaux usées près de la ville de Horlivka, qui est contrôlée par des séparatistes, le 18 février 2022. La République populaire de Donetsk a aussi déclaré que les saboteurs faisaient partie de “deux unités spéciales de l’armée ukrainienne”. Toutefois, cette vidéo s’est avérée avoir été manipulée, et il n’existe aucune preuve que des saboteurs aient tenté une telle attaque à Horlivka.

D’après le média d’enquêtes Bellingcat, une analyse des métadonnées de la vidéo a montré qu’elle avait été enregistrée plusieurs jours avant l’attaque supposée. Les métadonnées de la vidéo, consultées par NewsGuard, confirment qu’elle a été enregistrée le 8 février 2022, dix jours avant l’attaque présumée. Par ailleurs, selon Bellingcat, la piste audio a été manipulée pour y ajouter des sons d’explosion qui semblent avoir été tirés d’une vidéo d’exercices de l’armée finlandaise, postée sur YouTube en avril 2010.

MYTHE: Les forces ukrainiennes ont bombardé une école maternelle à Lougansk le 17 février 2022.

LES FAITS : Des sites d’actualité russes ont affirmé que l’armée ukrainienne avait bombardé une école maternelle dans le village de Novaya Kondrashovka, ajoutant que ce village se situe dans la République séparatiste pro-Russe de Lougansk, à l’est de l’Ukraine. Toutefois, des analystes de Bellingcat ont rapporté que la localisation de l’école, et les preuves sur le terrain, montraient que les tirs venaient en fait du sud, où les lignes de front des séparatistes russes sont localisées. En plaçant correctement l’école dans le village de Novaya Kondrashovka, qui est en fait à quelques kilomètres au nord de la zone de front des séparatistes pro-Russes, et via une analyse d’un cratère près du site, on constate que “les tirs d’obus sont clairement venus du sud”, souligne Aric Toler, directeur de la recherche chez Bellingcat.

MYTHE : Les Etats-Unis et le Royaume-Uni envoient des armes vieilles et obsolètes en Ukraine.

LES FAITS : Le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont commencé à envoyer des armes en Ukraine mi-janvier 2022, quand la crainte d’une possible invasion russe du pays commençait à grandir. Le Royaume-Uni a fourni à l’Ukraine des missiles anti-tank à courte portée NLAW, et les Etats-Unis ont envoyé 300 missiles Javelin  et d’autres fournitures, dans le cadre d’un paquet sécuritaire de 200 millions de dollars pour l’Ukraine.

Des sites d’Etat russes et des sites d’actualité pro-russes ont affirmé que ces armes étaient obsolètes et inefficaces. Ces allégations ont été utilisées pour suggérer que ces armes ne soutiendraient les capacités de l’armée ukrainienne en cas de guerre, et que l’Occident n’avait aucunement l’intention d’aider l’Ukraine.

En janvier 2022, le site d’actualité russe Vesti a écrit que la durée de conservation des missiles britanniques NLAW “touchait à sa fin” et que l’Ukraine devenait une “décharge pratique pour l’Occident”.

En réalité, les missiles NLAW ne sont pas en train de devenir obsolètes. La durée de conservation des missiles anti-tank NLAW est de 20 ans, selon Saab, une société suédoise d’aérospatiale et de défense, qui fabrique ces armes. Les missiles NLAW ont été mises en service en 2009 et obtenus par le Royaume-Uni la même année. Ces armes n’expirent donc pas avant 2029.

Vesti a aussi suggéré que les missiles Javelin anti-tank provenant des Etats-Unis n’étaient pas efficaces. Le site citait Ruslan Pukhov, directeur du centre d’analyse des stratégies et des technologies de Moscou, disant : “elles ne vont pas renforcer l’armée ukrainienne”.

Les missiles Javelin américains ont été utilisés à 5.000 reprises en situation de combat avec plus de 94% de taux de fiabilité, selon l’industriel Lockheed Martin. Ces missiles ont aussi prouvé leur efficacité en Ukraine. En décembre 2021, l’armée ukrainienne a utilisé un Javelin, reçu en octobre de la même année dans le cadre de l’aide militaire annuelle en provenance des Etats-Unis, pour frapper un tank à 1,5 kilomètre de distance. La Direction du renseignement du ministère de la Défense de l’Ukraine a dit dans une publication Facebook en décembre 2021 : “Bien que cela ait été la première fois que les soldats ont utilisé cette arme, la tâche a été effectuée avec succès – la cible a été touchée”.

Selon le U.S. Army Acquisition Support Center (l’agence chargée de conseiller le gouvernement américain sur les achats d’armements), “Javelin est hautement efficace contre diverses cibles a des grandes distances, pour des opérations de jour ou de nuit,  avec des obscurcissants du champ de bataille, avec des conditions météorologiques défavorables et de multiples contre-mesures”. En 2017, un article du Wall Street Journal a décrit les missiles Javelin comme “les armes anti-tank portables les plus efficaces d’Amérique”.

MYTHE : Le nazisme est endémique dans la société et la politique ukrainiennes, soutenu par les autorités de Kyiv. 

LES FAITS : Des groupes radicaux d’extrême droite existent en effet en Ukraine, et selon un rapport de 2018 de Freedom House (une association américaine qui produit des rapports sur la démocratie), ils représentent une “menace pour le développement démocratique de l’Ukraine”. Toutefois, ce rapport a aussi souligné que les extrémistes d’extrême droite avaient peu de représentation politique en Ukraine, et aucune voie d’accès plausible au pouvoir. Durant les élections parlementaires de 2014, le parti nationaliste d’extrême droite Svoboda a obtenu 4,7% des voix. Lors de l’élection présidentielle de 2019, le candidat de Svoboda, Ruslan Koshulynsky, a obtenu 1,6% des voix, et aux élections parlementaires, Svoboda a obtenu 2,2% des voix. Svoboda dispose aujourd’hui d’un siège au parlement ukrainien.

Ce mythe va de pair avec les allégations d’antisémitisme généralisé en Ukraine. En 2014, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que des “forces antisémites” se “déchaînaient” dans certaines régions de l’Ukraine, une déclaration contredite par des membres de la communauté juive d’Ukraine. Dans une lettre ouverte à Poutine, des représentants d’associations juives et des rabbins ont déclaré que ses propos sur l’augmentation de l’antisémitisme ne reflétaient pas “la réalité”. Par ailleurs, selon un rapport publié en 2018 par le Groupe de surveillance des droits des minorités nationales, une association qui surveille l’antisémitisme et la xénophobie en Ukraine, le nombre d’incidents antisémites a en réalité baissé en Ukraine ces dernières années.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui est juif, s’est adressé aux Russes dans un discours du 24 février 2022, disant que ces allégations ne reflétaient en rien la “véritable” Ukraine. “On vous dit que nous sommes des nazis. Mais des personnes qui ont perdu plus de 8 millions de vies dans la bataille contre le nazisme pourraient-elles soutenir le nazisme?”

MYTHE :  L’Occident a organisé un coup d’Etat pour destituer le gouvernement ukrainien pro-russe en 2014.

LES FAITS : Il n’existe aucune preuve que la révolution de Maïdan de 2014 en Ukraine, qui a mené au départ du président de l’époque, Viktor Ianoukovitch, était un coup d’Etat orchestré par des pays occidentaux.

Les Etats-Unis ont en effet soutenu la révolution de Maïdan. En décembre 2013, le sénateur américain John McCain s’est rendu à Kyiv, où il a déclaré aux manifestants : “Nous sommes ici pour soutenir votre juste cause, le droit souverain de l’Ukraine à déterminer son propre destin de manière libre et indépendante”. Entre 1992 et 2013, le gouvernement américain a donné environ 5 milliards de dollars à des programmes de soutien à la démocratie en Ukraine. L’aide américaine à l’Ukraine en 2013 – année pendant laquelle les manifestations ont commencé – a été soutenir de nombreuses activités, notamment des efforts de non-prolifération des armes nucléaires, un programme visant à réduire les grossesses non désirées en encourageant l’utilisation de contraceptifs, et une initiative pour améliorer les tests standardisés. Toutefois, il n’existe aucune preuve que l’Occident ait orchestré la révolution.

En effet, elle avait tous les traits d’une révolte populaire, et non d’un coup d’Etat.

En novembre 2013, des milliers d’Ukrainiens se sont rendus sur la Place de l’Indépendance de Kyiv (“Maidan Nezalezhnosti”) pour manifester contre la décision de Viktor Ianoukovitch, alors président du pays, de suspendre le travail préparatoire à la signature d’un accord de libre échange et d’association avec l’Union Européenne (UE), prévu pour la semaine suivante. Dans les mois qui ont suivi, les manifestations, souvent désignées sous le terme de “mouvement Euromaïdan”, du nom du square où elles ont eu lieu, ont grossi. Des négociations entre le gouvernement ukrainien et l’opposition pro-UE, avec la médiation des ministères des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, ont mené à un accord signé le 21 février 2014, donnant davantage de pouvoir au parlement ukrainien, et prévoyant une élection présidentielle d’ici la fin de l’année.

Toutefois, des manifestants en colère ont exigé la démission immédiate de Viktor Ianoukovitch, et des centaines de policiers surveillant les bâtiments gouvernementaux ont abandonné leurs positions. Viktor Ianoukovitch a fui le jour de la signature de l’accord, et des manifestants ont pris le contrôle de plusieurs bâtiments gouvernementaux le jour suivant. Le parlement ukrainien a par la suite voté 328 à 0 la destitution de Viktor Ianoukovitch, et décidé qu’il y aurait une élection présidentielle anticipée en mai, comme l’a rapporté la BBC. Ces événements – qui sont souvent désignés comme la “révolution de Maïdan” – ont été largement couverts par les médias internationaux avec des correspondants en Ukraine, dont la BBCl’Associated Press, et le New York Times.

MYTHE : Les habitants russophones du Donbass sont victimes d’un génocide.

LES FAITS : La Cour pénale internationale, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe ont tous dit qu’il n’existait aucune preuve d’un génocide dans le Donbass, région de l’est de l’Ukraine en partie occupée par des séparatistes soutenus par la Russie depuis 2014. La mission américaine auprès de l’OSCE a qualifié l’allégation de génocide de “mensonge répréhensible” dans un billet publié le 16 février 2022 sur son compte Twitter officiel. Ce message ajoutait : la mission “a un accès complet aux zones de l’Ukraine contrôlées par le gouvernement, et n’A JAMAIS fait état de quoi que ce soit ressemblant de près ou de loin aux allégations de la Russie”. 

Un rapport publié en 2021 par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme accusait les autorités des Républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk de plusieurs abus, notamment via des atteintes graves à la liberté de mouvement, en ayant forcé des personnes à adopter la nationalité russe, et via des arrestations arbitraires. Au même moment, l’ONU a rapporté trois cas de détention arbitraire et de mauvais traitements infligés par les services de renseignement de l’Ukraine, et 13 cas similaires dans les républiques auto-proclamées, dont l’ONU disait qu’ils étaient “en général” le fait d’agents du “Ministère de la Sécurité de l’État”, connu sous le nom de MGB.

Un rapport de la Cour pénale internationale de 2016 a estimé que les actes de violence supposément commis par les autorités ukrainiennes en 2013 et 2014 pouvaient constituer “une attaque contre des populations civiles”. “L’information disponible ne fournit pas de base raisonnable pour penser que l’attaque était systématique ou généralisée”, a-t-il toutefois ajouté.

Correction : Une version précédente de ce Centre de suivi faisait référence à Mimikama comme un groupe de vérification des faits allemand. En réalité, Mimikama est autrichien. NewsGuard regrette cette erreur.