Centre de suivi de la désinformation Russie-Ukraine : plus de 234 sites qui diffusent de la désinformation de guerre, et les principaux mythes qu'ils relaient

NewsGuard a identifié 234 sites qui diffusent de la désinformation sur la Russie et l'Ukraine, et surveille les principaux récits qu’ils publient sur la guerre en Ukraine.

Par Madeline Roache, Sophia Tewa, Chine Labbe, Virginia Padovese, Roberta Schmid, Edward O’Reilly, Alex Cadier, Karin König, Marie Richter, McKenzie Sadeghi et Chiara Vercellone.

Dernière mise à jour : 27 juin 2022

Plusieurs mois avant que l’armée russe envahisse l’Ukraine le 24 février 2022, de fausses allégations sur l’Ukraine et ses alliés, promues pour nombre d’entre elles par les outils de désinformation du Kremlin, proliféraient déjà en ligne. Des fausses affirmations sur un génocide ciblant les Ukrainiens russophones, aux assertions selon lesquelles l’idéologie nazie guiderait le pouvoir politique ukrainien, ces mythes étaient utilisés pour justifier l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Alors que le soutien au gouvernement ukrainien s’est accru, Kyiv a utilisé les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie instantanée pour répondre à la machine de désinformation du Kremlin. Toutefois, un flux croissant de mésinformation anti-russe s’est aussi propagé en ligne. Certains sites pro-Ukraine et de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont ainsi partagé de fausses informations sur la guerre, allant d’images manipulées du mythique Fantôme de Kyiv à des images trompeuses de supposées attaques russes. 

Suivi de 234 sites de désinformation sur la Russie et l’Ukraine

  • Sites anglophones : 104
  • Sites francophones : 42
  • Sites en allemand : 21
  • Sites en italien : 25
  • Autres : 42

A ce jour, l’équipe de NewsGuard a identifié et surveille 234 sites – certains qui ont déjà publié de la propagande et de la désinformation pro-russe par le passé – ayant colporté de fausses allegations sur le conflit Russie-Ukraine. Parmi ces sites figurent des médias d’Etat russes tels que ceux qui ont été visés par des sanctions temporaires de certaines plateformes depuis le début de l’invasion russe. Mais de nombreux sites ne sont pas des outils officiels de propagande de l’Etat russe, et ne sont donc pas sanctionnés par les plateformes. Ils font toutefois aussi la promotion de faux contenus soutenant le gouvernement de Vladimir Poutine. Ces sources incluent des sites anonymes, des fondations et des sites de recherche au financement obscur – dont certains au moins sont liés au gouvernement russe sans que cela soit révélé aux lecteurs.

Les trois sites les plus influents connus pour être financés et opérés par le gouvernement russe sont les médias d’Etat RT, TASS, et Sputnik News. Nous publions ci-dessous nos analyses (Étiquettes Nutritionnelles) de ces trois sources – dans leurs versions anglaises; et françaises quand elles existent. 

L’équipe de NewsGuard surveille ces sites, et les dizaines d’autres identifiés comme colportant de la désinformation sur le conflit Russie-Ukraine, notamment les principaux mythes et fausses allégations citées dans ce rapport. Comme noté plus haut, dès que des nouveaux mythes et sources de désinformation émergeront, nous mettrons ce rapport à jour pour les y inclure.

La Russie déploie une stratégie multiple pour introduire, amplifier, et diffuser des récits faux et déformés dans le monde entier – en s’appuyant sur un mélange de médias d’Etat officiels, de sites et comptes anonymes, et d’autres méthodes pour distribuer une propagande qui promeut les intérêts du Kremlin et sape ceux de ses ennemis. Les sites financés par le Kremlin utilisent des plateformes numériques comme YouTube, Facebook, Twitter et TikTok pour promouvoir ces récits. NewsGuard suit la piste de ces sources et analyse leurs méthodes depuis 2018, et fournit ses données sur les efforts de propagande russe au Département d’Etat américain, au U.S. Cyber Command, et à d’autres gouvernements et groupes travaillant sur des sujets de défense.

En 2020, le centre d’engagement global du département d’Etat américain, citant les données de NewsGuard, a détaillé les principaux composants de ces efforts dans un rapport.

Tandis que la force de frappe de désinformation du Kremlin a permis à la désinformation pro-Russie de rester prédominante, la désinformation anti-Russie ou pro-Ukraine, parfois reprise par les autorités ukrainiennes, a aussi commencé à émerger. Ces récits ont tendance à donner une image triomphante des forces armées ukrainiennes, tout en relayant des allégations anti-Russie sans fondement.

Par exemple, des vidéos du “Fantôme de Kyiv”, un pilote légendaire ukrainien qui aurait abattu six avions militaires russes, ont été diffusées auprès de millions d’utilisateurs sur TikTok et d’autres plateformes. Quelques jours après leur diffusion, on a découvert que les images provenaient en réalité d’un jeu vidéo, et qu’aucun élément ne permettait de corroborer l’existence du “Fantôme de Kyiv”.

Les chercheurs, plateformes, annonceurs, agences gouvernementales et autres institutions qui souhaitent accéder à la liste complète des sites peuvent nous contacter ici : Demander la liste de domaines.

Les principaux mythes sur la Russie et l'Ukraine

Ces mythes sont listés dans l'ordre où ils ont été décryptés par les analystes de NewsGuard, avec les décryptages les plus récents en haut de page.

MYTHE : Kateryna Prokopenko, la femme du commandant du régiment ukrainien Azov, est une néo-nazie.

LES FAITS : En mai 2022, de nombreux sites pro-Russes ont accusé Kateryna Prokopenko, la femme du commandant ukrainien du régiment de la garde nationale ukrainienne Azov, Denys Prokopenko, d’être une néo-nazie. Ils citaient comme preuves plusieurs posts sur les réseaux sociaux censés montrer des images de Kateryna Prokopenko en tenue nazie, en train de faire  un salut nazi.

Toutefois, quatre des photos qui ont circulé en ligne montrent une activiste néo-nazie ukrainienne bien connue du nom de Vita Zaverukha, et non pas Kateryna Prokopenko. Le journal ukrainien Vesti a publié l’une des photos de Vita Zaverukha tenant un drapeau nazi dans un article de 2016, et le Daily Mail a diffusé les trois autres photos en 2015.

Une autre photo, censée montrer Kateryna Prokopenko faisant un salut nazi aux côtés de deux autres personnes, est apparue pour la première fois sur des sites polonais, dès 2010, sans aucun lien connu avec Kateryna Prokopenko, selon l’organisation de fact-checking italienne Open. Le 13 mai 2022, Kateryna Prokopenko a partagé l’article de vérification  d’Open sur son compte Twitter, avec ce message : “LES GARS, CETTE FILLE N’EST PAS MOI ”.

Selon plusieurs médias, dont les sites de Libération et de France 24, Kateryna Prokopenko n’a jamais publiquement exprimé son soutien à l’extrême droite, ni à des groupes néo-nazis.

Cette fausse allégation a commencé à se propager en ligne lorsque Kateryna Prokopenko et Yulia Fedosiuk, la femme d’un autre membre du régiment Azov, ont rencontré le Pape François au Vatican, le 11 mai 2022. Par exemple, le site d’information russe TVZvezda.ru a écrit : “Les femmes des combattants du bataillon nationaliste Azov, qui ont été reçues par le Pape François, sont elles-mêmes des sympathisantes des idées nazies, et ont fait des appels au meurtre sur les réseaux sociaux”. Les deux femmes ont demandé au Pape de les aider à sauver leurs maris, qui défendaient à l’époque l’usine de sidérurgie assiégée d’Azovstal, alors le dernier bastion de résistance ukrainienne dans la ville de Marioupol, dans le Donbass. Yulia Fedosiuk a précisé après le rendez-vous que le Pape “nous a dit qu’il prierait pour nous”.

À la mi-mai 2022, selon l’agence de presse Reuters, des centaines de combattants qui défendaient l’usine de sidérurgie se sont rendus aux forces russes, et ont été placés en détention.

MYTHE : L’un des Français tués dans la région du Donbass, en Ukraine, n’était pas un journaliste mais un mercenaire

LES FAITS : Le 30 mai 2022, Andreï Marochko, un officier de la Milice populaire de Lougansk, a affirmé à tort que Frédéric Leclerc-Imhoff, un journaliste français de 32 ans tué lors d’un bombardement de la région de Lougansk, dans l’est du Donbass ukrainien, était en réalité un mercenaire. 

Il a dit : “Je ne le qualifierais pas de journaliste, puisque ses actes indiquent qu’il exerçait une activité tout à fait différente. C’est bien possible de dire qu’il était un mercenaire étranger. Et il est très clair qu’il servait de supplétif aux forces radicales d’extrême droite ukrainiennes”. 

Malgré l’absence de preuves pour appuyer ces dires, les allégations d’Andreï Marochko ont été relayées par des médias d’Etat russes, notamment Tass et NTV. 

En réalité, Frédéric Leclerc-Imhoff était un journaliste professionnel qui couvrait la guerre en Ukraine, selon le gouverneur de la région du Lougansk Sergeï Gaidai, et selon l’employeur de Frédéric Leclerc-Imhoff, la chaîne de télévision française BFMTV. Il n’existe aucune preuve suggérant que Frédéric Leclerc-Imhoff ait été un mercenaire, ou ait été associé de quelque manière que ce soit à des groupes d’extrême droite ukrainiens. 

Le 30 mai 2022, Sergeï Gaidai a écrit sur son compte Telegram : “Aujourd’hui, notre véhicule d’évacuation blindé, qui allait récupérer 10 personnes dans la région, a essuyé des tirs ennemis. Des éclats d’obus ont percé le blindage de la voiture, un journaliste français accrédité, qui rassemblait des informations sur l’évacuation, a été mortellement blessé au cou…. Nous arrêtons officiellement l’évacuation”. Sergeï Gaidai a également posté une image de l’accréditation de presse ukrainienne de Frédéric Leclerc-Imhoff, qui contient une photo du journaliste, et précise qu’il représente BFMTV. 

BFMTV a confirmé que Frédéric Leclerc-Imhoff avait été tué alors qu’il couvrait une opération humanitaire dans un véhicule blindé en route pour Lysychansk, près de la ville de Severodonetsk, dans l’est de l’Ukraine, dans un article du 30 mai 2022 intitulé “BFMTV a l’immense douleur d’annoncer la disparition de Frédéric Leclerc-Imhoff, journaliste reporter d’images, tué en Ukraine”. 

Frédéric Leclerc-Imhoff, diplômé en 2014 de l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine de l’Université Bordeaux-Montaigne, en était à sa deuxième mission de reportage en Ukraine depuis le début de la guerre, le 24 février 2022. Il travaillait pour BFMTV depuis six ans, selon la chaîne.

MYTHE : Hunter Biden a aidé à financer un programme de recherche d’armes biologiques en Ukraine

LES FAITS : Un mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des officiels russes ont affirmé, à tort, que le fonds d’investissement Rosemont Seneca, qui appartient à Hunter Biden, finançait un programme biologique militaire du Pentagone en Ukraine. 

Igor Kirillov, commandant des Forces de défense radiologique, chimique et biologique de l’armée russe, a déclaré, lors d’une conférence de presse du 24 mars 2022 : “Le fonds d’investissement Rosemont Seneca de Hunter Biden, fils du président américain Joe Biden, a financé le programme militaire biologique du Pentagone en Ukraine”.

Igor Kirillov a ajouté que les entreprises associées à Hunter Biden et au département de la Défense des États-Unis jouaient aussi un rôle dans la mise en place du programme. “Il existe un lien étroit entre le fonds [Rosemont Seneca] et les principaux sous-traitants du département militaire américain, notamment Metabiota, qui, avec Black & Veatch, est le fournisseur principal d’équipements pour les bio-laboratoires du Pentagone dans le monde entier”.

Les affirmations d’Igor Kirillov contiennent de fausses allégations. Premièrement, il n’existe aucune preuve que les États-Unis soient en train de développer des armes biologiques dans des laboratoires ukrainiens (voir notre vérification de ce mythe ici). Deuxièmement, il n’y a pas de preuve que Metabiota, une entreprise de biotechnologie américaine, ait fourni du matériel à ces supposés bio-laboratoires, gérés par le Pentagone en Ukraine ou ailleurs. 

Les États-Unis aident des laboratoires ukrainiens depuis 2005 quand un traité a été signé entre le Ministère de la santé ukrainien et le Pentagone pour limiter la menace bioterroriste. Cet accord s’inscrivait dans le cadre du Programme de réduction des menaces biologiques du département de la Défense américain, qui collabore avec des pays partenaires pour réduire la menace de propagation de nouvelles épidémies de maladies infectieuses dangereuses, selon le site de l’ambassade des États-Unis en Ukraine

Pour ce faire, le Pentagone a embauché différentes entreprises pour travailler en Ukraine, notamment la société d’ingénierie Black and Veatch (Kansas), qui sous-traite Metabiota depuis 2013. Andrea Chaney, responsable des affaires publiques de l’Agence qui met en œuvre le Programme de réduction des menaces biologiques, a déclaré à NewsGuard en mai 2022 que le travail de Metabiota en Ukraine était axé sur la recherche sur les maladies endémiques, ainsi que sur la formation du personnel ukrainien.

Troisièmement, Hunter Biden et Rosemont Seneca Partners, le fonds d’investissement basé à Washington D.C. qu’il a co-fondé en 2009, ne sont pas impliqués dans le financement d’un programme biologique militaire en Ukraine. Il est vrai que Metabiota a obtenu des fonds de la part d’une société d’investissement du nom de Rosemont Seneca Technology Partner (RSTP), qui était à une époque associée à Hunter Bien et à son fonds Rosemont Seneca Partners. Toutefois, un employé de Metabiota a déclaré à NewsGuard en mai 2022 que les investissements de la société n’avaient rien à voir avec de supposés laboratoires biologiques en Ukraine, et qu’ils se concentraient sur “l’exploitation des données et de leur analyse pour modéliser le risque d’épidémie, et essayer de le rendre plus prévisible”.

Un ancien investisseur du RSTP a également précisé au Washington Post que les investissements n’avaient aucun lien avec quelque laboratoire militaire que ce soit. Un rapport de Metabiota datant de 2014, obtenu et publié par le Washington Post, explique aussi que Metabiota disposait d’un bureau en Ukraine et qu’il comptait “mettre en œuvre un projet de recherche en Ukraine visant à comprendre la menace de la tularémie et de l’anthrax” et “élaborer et mettre en œuvre une campagne de sensibilisation auprès du public pour atténuer la menace de la peste porcine africaine”. En analysant ce rapport, NewsGuard n’y a trouvé aucune mention d’un programme militaire biologique en Ukraine. 

En outre, le Washington Post a rapporté que “Hunter Biden était à peine impliqué dans l’accord RSTP”. Si Hunter Biden était bien un partenaire de RSTP à travers ses actions chez Rosemont Seneca Partners, “il ne faisait pas partie du comité qui prenait les décisions quant aux investissements”, a précisé un investisseur de l’époque au Washington Post.

MYTHE : Les États-Unis recrutent des mercenaires de l’État Islamique pour combattre en Ukraine 

LES FAITS : En mai 2022, le Service des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie (SVR) a publié un communiqué affirmant que les États Unis recrutaient des membres d’organisations terroristes internationales, notamment l’Etat Islamique, pour combattre en Ukraine. Selon les affirmations du SVR, environ 60 militants de l’Etat Islamique, âgés de 20 à 25 ans, auraient été libérés de prison en Syrie et transférés vers la base militaire américaine d’al-Tanf, dans le sud de la Syrie. 

L’allégation du SVR a été répétée par des médias d’Etat russes, dont Sputnik News et RT, ainsi que des médias rattachés à l’Etat chinois, comme People’s Daily et Xinhua. Certains médias iraniens ont publié des informations similaires.

Le SVR, et ces médias n’ont fourni aucune preuve à l’appui de cette allégation, que le Pentagone a démentie auprès de NewsGuard. “Ce rapport est complètement faux”, a affirmé le Pentagone dans une déclaration non signée transmise à NewsGuard, faisant référence à l’allégation du SVR. 

De fait, selon des reportages, des représentants des autorités de défense américaines et certains experts estiment que c’est au contraire le Kremlin, et non les États-Unis, qui recrute des ressortissants syriens et d’autres combattants étrangers pour participer à l’effort de guerre contre l’Ukraine. 

La base américaine d’al-Tanf, située dans le sud de la Syrie, près des frontières avec la Jordanie et l’Irak, a été mise en place en 2016 pour entraîner les forces d’opposition syriennes dans le cadre de la lutte contre l’État Islamique, selon l’International Crisis Group, une ONG dont la mission affichée est de “prévenir les guerres et établir des politiques qui permettront de construire un monde plus stable.” 

Environ 200 soldats américains sont basés à al-Tanf, selon un rapport de l’inspecteur général du Pentagone daté de mai 2022. 

Il n’existe aucune preuve que cette base soit devenue une “plaque tournante du terrorisme” servant a entraîner des militants de l’Etat islamique depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, comme l’ont affirmé certains sites pro-Russes. “Je n’ai vu aucune preuve, ni même aucune affirmation crédible, qui appuierait l’idée que les États-Unis recrutent des membres d’organisations terroristes internationales pour combattre en Ukraine”, a assuré Martha Crenshaw, chercheuse au Centre pour la Sécurité et la Coopération Internationale de l’université de Stanford, par email à NewsGuard en mai 2022. “Je ne sais pas en ce qui concerne la Russie, même s’il est vrai que j’ai lu des rapports parlant de recrutements”. 

Selon un rapport du Wall Street Journal du 6 mars 2022, Moscou recruterait des combattants syriens entraînés au combat urbain pour les aider à s’emparer de la capitale ukrainienne, Kyiv. 

En avril 2022, l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un observatoire de guerre basé au Royaume-Uni, a rapporté que 40.000 Syriens s’étaient engagés à rejoindre les forces russes en Ukraine. Selon l’organisation, 22.000 Syriens se sont inscrits directement auprès de l’armée russe, et 18.000 auprès du groupe Wagner, une société militaire privée russe.  

MYTHE : Le président Ukrainien Volodymyr Zelensky est Russe, et par conséquent, sa présidence n’est pas légitime 

LES FAITS : En Avril 2022, Ilya Kiva, un ancien homme politique Ukrainien désormais pro-Russe, a partagé une image sur Telegram, en prétendant qu’il s’agissait du passeport russe du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Kiva a alors affirmé que Volodymyr Zelensky était un président illégitime, car l’Ukraine n’autorise pas les personnes ayant une double nationalité à se présenter à la présidence en Ukraine. Cette allégation a rapidement été reprise par des sites d’informations russes, notamment Gazeta.ru et Ura.ru.

En réalité, il n’existe aucune preuve que Volodymyr Zelensky soit un citoyen russe. Un article de vérification publié en mai 2022 par l’agence de presse allemande DPA a établi que l’image partagée par Ilya Kiva avait été créée de toutes pièces sur RF Screato, un logiciel d’édition qui permet aux utilisateurs de générer de faux passeports russes en ligne à partir d’un modèle type. Selon Deutsche Presse-Agentur, des photos de passeports pratiquement identiques, et issues du même logiciel, circulent sur internet depuis des années. 

Par ailleurs, la photo présente plusieurs erreurs. Par exemple, selon l’organisation Bellingcat, les troisième et quatrième chiffres d’un numéro de passeport russe indiquent l’année où le document a été délivré. Sur le document censé appartenir à Volodymyr Zelensky, ces chiffres sont 0 et 3. Cela signifie donc que ce passeport aurait été délivré en 2003. Or cela contredit la première page du passeport, qui indique que le passeport a été délivré en en 2001. 

Par ailleurs, la photo en noir et blanc de Volodymyr Zelensky qui apparaît sur le document n’est pas une photo de passeport authentique. Des fact-checkers ont remarqué qu’il s’agissait en réalité d’une portion tronquée d’une image de Volodymyr Zelensky qui avait été publiée, en couleur, dans de nombreux articles de presse ukrainiens. Enfin, la signature apposée sur ce qui est censé être son passeport ne correspond pas à la signature officielle de Volodymyr Zelensky, selon une comparaison effectuée par le site de fact-checking Lead Stories.  

MYTHE : Les habitants de la ville de Tampere, en Finlande, ont filmé un train finlandais transportant des centaines de tanks et d’équipements militaires vers la frontière avec la Russie en mai 2022, après que le pays a demandé à adhérer à l’OTAN 

LES FAITS : Après des semaines de tensions croissantes entre la Finlande et la Russie causées par l’annonce, par le gouvernement finlandais, de sa demande d’adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), une vidéo publiée le 3 mai 2022 sur le compte Telegram biélorusse pro-gouvernement BelVestnik, a affirmé que la Finlande envoyait des tanks vers la frontière russe. 

En réalité, le train aperçu sur la vidéo se dirigeait dans la direction opposée, selon une analyse d’images satellite Google Maps réalisée par NewsGuard. L’armée finlandaise a fermement démenti cette allégation, et aussi expliqué que le train s’éloignait de la Russie. 

“Les habitants de Tampere (Finlande) filment le transfert d’équipements militaires vers la frontière à l’est” avec la Russie, disait la légende de la vidéo postée sur Telegram. Tampere est une ville au sud-ouest de la Finlande, à près de 320 kilomètres de la Russie. Le clip de 50 secondes, qui avait été vu plus de 10.000 fois au 16 mai 2022, montre un train de marchandises transportant des dizaines de tanks et de véhicules blindés sur un pont dans une zone apparemment résidentielle de la Finlande. Cette vidéo a par la suite été reprise sur Facebook, Twitter, et YouTube.

Sur la vidéo, le train peut être vu se dirigeant vers la tour d’observation de Nässineula, à l’arrière-plan, et à sa gauche se trouve une tour de briques rouges. Une analyse par NewsGuard des images satellitaires Google Maps des monuments de Tampere par rapport à la localisation du train, montre qu’il se dirigeait vers l’ouest de la Finlande, et non vers la frontière russe, à l’Est.

Le 4 mai 2022, les Forces armées finlandaises ont démenti l’allégation selon laquelle la Finlande était en train de déployer des équipements militaires à sa frontière orientale. L’armée a dit dans un tweet que le train vu dans la vidéo était en cours d’acheminement vers les villes finlandaises de Niinisalo et Säkylä pour un exercice d’entraînement militaire appelé Arrow 22. “Une vidéo a circulé en ligne affirmant montrer des tanks déplacés vers la frontière finlandaise”, disaient les Forces armées finlandaises dans leur tweet. “Cela n’est pas vrai. Ces tanks étaient en train d’être déplacés vers l’exercice militaire d’infanterie mécanisée Arrow 22. Cet exercice se déroule à Niinisalo et Säkylä”.

Niinisalo et Säkylä se situent à l’ouest de la ville de Tampere, près du golfe de Bothnie qui sépare la Finlande et la Suède – à environ 400 kilomètres de la frontière russe.

L’objectif d’Arrow 22 est de développer “les compétences des unités de l’armée, dans le but de défense nationale et de créer et promouvoir l’interopérabilité internationale et le connectivité”, selon le communiqué de presse de l’armée finlandaise au sujet de l’exercice. 

MYTHE : Vladimir Poutine a utilisé un écran vert pour enregistrer une fausse apparition télévisée  

LES FAITS : Le 5 mars 2022, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu dans un établissement de formation de la compagnie aérienne russe Aeroflot en dehors de Moscou, et y a rencontré les salariés de la compagnie. Dans les heures qui ont suivi cette visite, des posts largement partagés sur les réseaux sociaux ont et des articles de presse ukrainiens ont affirmé qu’un clip vidéo montrant la rencontre d’Aeroflot prouvait que Vladimir Poutine n’était pas présent lors de cet événement, et avait été ajouté sur la vidéo grâce à un écran vert. De nombreux posts ont soutenu qu’à un moment donné, la main de Vladimir Poutine semblait traverser un microphone. 

Si la Russie a en effet souvent diffusé des contenus manipulés pour promouvoir sa propagande, cette vidéo de Vladimir Poutine est, elle, authentique. Des preuves montrent qu’il n’a pas utilisé d’écran vert. Les internautes et sites qui ont partagé cette allégation ont cité la mauvaise qualité des vidéos et des captures d’écran comme preuves, mais le moment du microphone n’apparaît pas sur des versions de meilleure qualité de l’enregistrement. 

Comme l’organisation de vérification des faits Snopes et plusieurs médias l’ont noté, l’image de la main de Vladimir Poutine passant au travers du microphone est un bug technique engendré par la piètre résolution de la vidéo, et non pas le résultat d’un effet utilisé ou d’un écran vert. Une vidéo de meilleure résolution de la rencontre, postée sur YouTube par NBC News et les journaux britanniques The Telegraph et The Independent, ne montre pas sa main traversant le microphone. Par ailleurs, des photos de Poutine participant à la réunion ont été prises par le photographe de Sputnik Mikhail Klimentyev, et reprises par l’Associated Press le 5 mars 2022.

Cette vidéo a attiré beaucoup d’attention après avoir été téléchargée sur Reddit le 5 mars 2022, avec la légende : “Écran vert détecté ! La ‘réunion’ d’aujourd’hui avec les employés d’‘Aeroflot’”. Certains utilisateurs de Twitter ont suggéré à tort que Poutine avait simulé son apparition à la reunion en réponse aux critiques, par plusieurs médias occidentaux, des mesures très strictes qu’il a prises pour s’isoler durant la pandémie de COVID-19 – comme l’utilisation d’une longue table pour communiquer avec ses conseillers. 

Ce clip a aussi été promu sur Twitter par des hommes politiques opposés à Poutine, comme le leader de l’opposition russe Lioubov Sobol. Le diplomate ukrainien Olexander Scherba a affirmé dans un tweet du 6 mars 2022 que Poutine était tourné en ridicule en raison de ses “vidéos photoshopées”. Le média ukrainien NV a écrit au sujet de cette vidéo, dans un article du 6 mars 2022 publié en russe et en ukrainien sous le titre “Il passe sa main au travers d’objets? La dernière vidéo de Poutine est en fait un faux de piètre qualité”. Dans cet article, NV citait le Centre de lutte contre la désinformation, qui dépend du Conseil de Sécurité et de Défense nationale d’Ukraine, qui a affirmé à tort dans un post sur Facebook que cette vidéo de Poutine avait été créée numériquement en combinant deux ou plusieurs images dans une seule. 

MYTHE : La Pologne se prépare à envahir l’ouest de l’Ukraine 

LES FAITS : Début mai, de nombreux posts sur les réseaux sociaux ont partagé un faux clip de la BBC annonçant que la Pologne se préparait à envahir l’Ukraine. Cette vidéo d’une minute, qui n’a jamais été diffusée par la BBC, a été partagée en ligne dans plusieurs langues, notamment en russe, en français, en italien, en tchèque, et en turc. 

En réalité, cette vidéo a été fabriquée pour ressembler à un reportage de la BBC. Shayan Sardarizadeh, journaliste de la BBC spécialiste de la désinformation, a partagé une capture d’écran de ce clip dans un post sur Twitter le 5 mai 2022, avec ce commentaire : “Encore une fausse vidéo avec le logo et la marque BBC News qui circule… La BBC n’a pas produit une telle vidéo, et la Pologne n’est pas sur le point de se mêler à la guerre”. Il n’existe aucune preuve que la Pologne, qui est membre de l’OTAN et de l’Union européenne, se prépare à envahir l’Ukraine. 

Cette vidéo commence avec le logo de BBC News, et des images d’un hélicoptère militaire atterrissant. Le texte, qui est écrit avec la police de caractère utilisée par la BBC, dit : “Le commandant en chef des forces armées polonaises a ordonné à l’armée de se préparer à l’invasion de l’Ukraine”, avec en fond, des images de soldats. La vidéo dit aussi : “la Pologne va envoyer des soldats au prétexte de ‘se protéger de la Russie’. Cela sera fait avec le soutien de Washington, mais l’Organisation du traité de l’Atlantique nord restera officiellement à l’écart.

Cette vidéo montre aussi de faux ordres militaires. Le clip dit : “le général Jaroslaw Mika a signé un ordre pour que l’unité de l’armée polonaise soit pleinement prête au combat”. Une photo du faux ordre a été utilisée dans des posts sur les réseaux sociaux et dans des articles sur des sites d’actualité pro-Russie, notamment Pravda.ru.

Dans un post du 3 mai 2022 sur Twitter, le commandant en chef des forces armées polonaises a écrit : “ceci est un faux ordre du chef d’état-major polonais. Ce document est un FAUX! Nous constatons de plus en plus de documents militaires contrefaits dans les médias polonais. S’il vous plaît, ne partagez pas cette FAUSSE INFORMATION”. 

MYTHE : L’Ukraine vend son surplus d’armes à des pays africains. 

LES FAITS : Le 19 avril 2022, la chaîne Telegram Rezident, qui est liée au Kremlin, a publié un faux document censé provenir du ministère ukrainien de la Défense, et daté du 19 mars 2022. Ce document prétendait montrer que l’Ukraine vendait son surplus d’armes à des pays africains. Cette fausse allégation a été partagée par des chaînes Telegram pro-Kremlin, dont Denazification UA (“Denatsifikatsii UA”) et des sites d’information comme News-Front.info.

Selon l’Institut international de recherche sur la Paix de Stockholm, un think-tank suédois sur les sujets de défense, l’Ukraine a exporté un “volume significatif” d’armes conventionnelles en Afrique subsaharienne entre 2005 et 2009, notamment des avions, de l’artillerie, et des blindés provenant de ses surplus. Toutefois, il n’existe aucune preuve que l’accord décrit par la chaîne Rezident soit réel ou que l’Ukraine vende en ce moment des armes à des pays africains. 

Le post Telegram de Rezident affirmait que, parmi les armes vendues à des pays africains, il y avait “des blindés, des tanks, des mitraillettes, des fusils, des grenades et même des gilets pare-balles”. Ce post disait que cette vente constituait un “un plan d’enrichissement astucieux”, et ajoutait : “Tandis que l’armée ukrainienne meurt d’un manque d’armes et de munitions, des responsables du ministère de la Défense les vendent à des pays africains en prétextant qu’il s’agit de surplus militaires”. 

Ce faux document partagé par la chaîne Rezident cite l’amendement numéro 1919 du décret du gouvernement ukrainien, qui a été introduit en 2011, et permet aux ministres de vendre les armes provenant des surplus à d’autres pays. Ce document affirmait aussi que NVK Techimpex, un fabricant privé d’équipements militaires et d’armes en Ukraine, vendait les armes en surplus, citant un supposé rapport de 970 pages détaillant l’accord. 

Toutefois, plusieurs signes évidents montrent qu’il s’agit d’un faux. Alors que l’en-tête imite celui des documents officiels du ministère de la Défense, la supposée signature du ministre de la Défense Oleksii Reznikov est différente de sa signature habituelle. Par ailleurs, le document est signé “A.YU. Reznikov”, qui est l’orthographe russe du nom du ministre. Son orthographe ukrainienne, que le ministre utilise dans les documents officiels, est “O.YU. Reznikov”. Par ailleurs, ce document ne contient pas de code barre ou d’adresse après le nom d’un député du peuple d’Ukraine, ce qui ne respecte pas les règles du ministère de la Défense relatives à la diffusion de documents. 

MYTHE : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dispose d’une fortune nette estimée à 850 millions de dollars. Il a accumulé cette richesse après son élection. 

LES FAITS :  Le 25 avril 2022, le parti ​​néerlandais d’extrême droite Forum pour la démocratie a affirmé, sans preuve, sur Telegram et Twitter : “Zel​​e​​nsky possède une fortu​​ne : plusieurs estimatio​​ns la valorise​​nt à e​​nviro​​n 850 millio​​ns. Et il ​​n’a gagné la plupart de cet argent qu’après avoir accédé au poste de président”. Peu de temps après ces posts, un déluge de posts sur les réseaux sociaux et sur des médias d’Etat russes comme Sputnik News et RIA-Novosti se sont fait l’écho de cette allégation, citant comme source le Forum pour la démocratie, un parti dont le président, Thierry Baudet, est soupçonné d’avoir des liens avec le Kremlin.

D’autres articles publiés en avril 2022, dont un article intitulé “Aux Pays-Bas, l’origine des 850 millions de dollars de revenus de Zelensky intéressent”, publié sur la chaîne d’Etat russe RT, faisait référence à un segment de l’émission de Tucker Carlson, sur Fox News, en avril 2022, dans lequel il suggérait que les fonds de Volodymyr Zelensky devraient faire l’objet d’un audit.D’autres posts sur les réseaux sociaux affirmaient que Volodymyr Zelensky possédait 1,4 milliard de dollars. 

Les chiffres avancés dans ces allégations n’ont aucun fondement et ne sont soutenus par aucune estimation crédible de la fortune de Volodymyr Zelensky. En réalité, les rapports dans les médias et divulgations financières suggèrent qu’il possédait, en avril 2022, entre 20 millions et 30 millions de dollars. 

Selon Forbes Ukraine, Volodymyr Zelensky “n’a jamais été un milliardaire”, et possède environ 20 millions de dollars. D’après Forbes aux Etats-Unis, sa fortune est inférieure à 30 millions de dollars, son principal bien étant 25% de Kvartal 95, une société de production qu’il a cofondée en 2003. La plus grande partie de sa fortune lui vient de sa carrière passée de comédien.

Volodymyr Zelensky a transféré ses parts de Kvartal 95 à ses partenaires avant de gagner l’élection présidentielle ukrainienne, comme l’a rapporté Forbes aux Etats-Unis, évaluant ses parts de la société à environ 11 millions de dollars. Forbes a estimé que son portfolio immobilier valait 4 millions de dollars. Et Forbes Etats-Unis et Forbes Ukraine ont tous deux estimé que lui et sa femme Olena Zelenska avaient environ 2 millions de dollars sur leur compte commun, et que leurs autres biens, dont des voitures et des bijoux, valaient 1 million de dollars tout au plus. 

Les données financières les plus récentes dévoilées par Volodymyr Zelensky ne montrent pas non plus de fortune de plusieurs centaines de millions de dollars. Il a fait état d’un revenu familial d’environ 751.388 dollars (22.748 millions de hryvnias) pour 2020, selon un communiqué de presse, et selon sa déclaration de patrimoine à l’Agence nationale de la prévention de la corruption. Sa déclaration d’intérêts financiers montre qu’il a reçu 11.000 dollars (336.000 hryvnias) en salaire, 152.000 dollars (4,6 millions de hryvnias) en droits d’auteur, et 442.000 dollars (13,4 millions de hryvnias) de la vente de biens immobiliers cette année-la. Cela place son revenu total pour 2020 à environ 605.000 dollars. 

MYTHE : Google Maps a révélé en avril 2022, durant la guerre Russie-Ukraine, des images satellite non censurées de sites militaires russes qui étaient auparavant floutées. Ce changement visait à aider les ennemis de la Russie à évaluer les capacités et avances de l’armée russe. 

LES FAITS : Le 17 avril 2022, le site d’actualité sur la défense Defense Express, qui est basé en Ukraine, a publié un article qui affirmait à tort que Google Maps avait dévoilé des images satellites “de haute qualité” de plusieurs bases militaires russes et “points stratégiques”. 

Defense Express a dit que cette décision de Google offrait une opportunité d’évaluer les progrès et ressources de l’armée russe, notamment des porte-avions et des dépôts de munitions. Cet article contenait des photos de supposées installations militaires russes. 

Le jour suivant, un compte non vérifié à destination des forces armées ukrainiennes et depuis supprimé (@ArmedForcesUkr) a tweeté que Google Maps avait “ouvert l’accès” aux installations militaires russes, permettant aux gens de voir, pour la première fois, “une multitude de lanceurs russes, de mines de missiles balistiques, de postes de commandement, et des lieux de stockage secrets, avec une résolution d’environ 0,5 mètres par pixel”.  

En réalité, Google n’a pas changé ses images publiquement disponibles de la Russie. Le 18 avril 2022, le compte Twitter officiel de Google Maps a écrit : “veuillez noter que nous n’avons effectué aucun changement de floutage de nos images satellites de la Russie”.

Google Maps a parfois flouté les images satellite de zones militaires sensibles, comme la base aérienne 705 de l’armée française, qui est pixelisée depuis 2014. La BBC a rapporté en 2018 que des pays européens dont l’Allemagne et la Belgique avaient demandé à Google Maps de flouter ses sites militaires. Toutefois, il n’existe aucune preuve que Google ait par le passé flouté des images de sites militaires à la demande de la Russie. En réalité, une analyse de NewsGuard montre que pendant des années, Google a fourni des images satellites détaillées des zones russes mentionnées dans le tweet de @ArmedForcesUkr.

Par exemple, la première image incluse dans le tweet des forces armées ukrainiennes montre plusieurs avions stationnés sur un terrain extérieur dans la base aérienne de Kursk-Khalino — qui héberge une vingtaine d’avions de chasse depuis 2021. L’affichage des cartes au fil du temps sur Google Earth, qui permet de visualiser des versions anciennes des images satellite de Google Maps, montre que Google fournit des images non floutées, et détaillées de cette base depuis au moins 2003. (Google Maps et Google Earth partagent les mêmes images satellite). 

Une autre image montre un grand bateau rouge et au moins quatre sous-marins dans la baie de Krasheninnikov, dans l’océan Pacifique. Ce port se situe près d’une base balistique nucléaire sous-marine dans la péninsule de Kamchatka, laquelle a hébergé des sous-marins avec des capacités nucléaires pendant la guerre froide. Google Earth fournit des images satellites claires de ce site depuis au moins 2013. 

Commentant l’allégation selon laquelle Google Maps aurait récemment retiré le floutage de ces images, Rob Lee, Chercheur associé au programme Eurasie du Foreign Policy Research Institute, un groupe de réflexion américain basé à Philadelphie, a tweeté le 18 avril 2022 qu’il avait “toujours pu regarder les sites militaires russes avec Google Maps, y compris les bases de ses opérations spéciales d’élites”.

MYTHE : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté les Ukrainiens à se rendre. 

LES FAITS : Le 16 mars 2022, la chaîne de télévision ukrainienne Ukraine 24 a diffusé une vidéo censée montrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky exhortant les Ukrainiens à capituler face à la Russie. Dans la vidéo, Volodymyr Zelensky apparait disant : “Mon conseil est de déposer les armes et de retourner voir vos familles. Mourir dans cette guerre n’en vaut pas la peine. Le conseil que je vous donne est de vivre. Je vais faire la même chose”. Ce clip a été posté sur YouTube, Telegram, Facebook, et le réseau social russe Vkontakte.

En réalité, cette vidéo est un “deepfake”, c’est-à-dire une vidéo manipulée montrant une personne ou un objet disant ou faisant quelque chose qu’elle n’a pas dit ou fait.Volodymyr Zelensky n’a pas appelé les Ukrainiens à se rendre. Peu après la publication de ce deepfake, le ministre de la Défense ukrainien a publié sur Twitter  une vidéo du vrai Volodymyr Zelensky, qualifiant ce clip de “provocation puérile”, et disant : “nous n’allons déposer aucune arme jusqu’à la victoire”. 

Nina Schick, experte en technologie et auteur de “Deepfakes: The Coming Infocalypse” (“Deepfakes, l’Infocalypse qui vient”), a dit que la vidéo ressemblait a “un échange de visages très mal fait”, en référence aux programmes collant le visage d’une personne sur le corps d’une autre, a rapporté Reuters le 17 mars 2022. La vidéo contenait des différences de ton entre la peau du visage et celle du cou de Volodymyr Zelensky, et des pixels autour de sa tête, qui apparaissait disproportionnée. Sa voix était aussi plus grave qu’habituellement.

Nathaniel Gleicher, responsable de la politique de sécurité de Meta, le propriétaire de Facebook, a indiqué que la société avait retiré le clip pour violation de sa politique interdisant les médias manipulés trompeurs. Dans un post publié sur Twitter le 16 mars 2022, Nathaniel Gleicher a écrit : “nos équipes ont identifié et retiré une vidéo deepfake affirmant montrer le président  Zelensky faisant une déclaration qu’il n’a jamais faite”. 

Ukraine 24 a dit dans un post sur Facebook le 16 mars 2022 que cette vidéo avait été diffusée par des “hackers ennemis” et était “FAUSSE!”. Cette vidéo est aussi brièvement apparue sur le site internet de Ukraine 24.

MYTHE : Des conseillers militaires de l’OTAN se cachent dans un laboratoire d’armes biologiques souterrain de l’OTAN appelé PIT-404, qui est financé par Metabiota, une société affiliée à Hunter Biden. Ce laboratoire se trouve sous le complexe sidérurgique d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine. 

LES FAITS : Début avril 2022, plusieurs blogs et sites connus pour avoir promu de la désinformation russe ainsi que des utilisateurs des réseaux sociaux ont relayé des articles affirmant qu’un laboratoire d’armes biologiques secret de l’OTAN se trouvait sous le complexe sidérurgique d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine. De nombreux internautes ont affirmé que des conseillers militaires de l’OTAN se cachaient dans le laboratoire, souvent appelé “PIT-404”. Certains ont aussi affirmé que le laboratoire était financé par Metabiota, une société ayant des liens avec Hunter Biden, le fils du président américain Joe Biden. Cette allégation a été faite dans plusieurs langues, notamment en russe, en anglais, en italien, et en français.

Le complexe sidérurgique d’Azovstal est devenu le dernier bastion des forces ukrainiennes pendant le siège de la ville, qui a commencé fin février 2022. Toutefois, il n’existe aucune preuve de l’existence d’un laboratoire d’armes biologiques de l’OTAN abritant des conseillers militaires de l’OTAN sous l’aciérie.

Les utilisateurs des réseaux sociaux et sites ayant relayé cette allégation n’ont pas fourni de preuve à son appui. L’Ukraine n’est pas un membre de l’OTAN, et l’organisation indique ne pas avoir de bases militaires sur le territoire ukrainien.

Le directeur général d’Azovstal, Enver Tskitishvili, a démenti ces allégations dans un post Facebook du 12 avril 2022. “Il n’y a pas de tunnels secrets avec des laboratoires biochimiques à Azovstal”, a-t-il écrit. “L’usine n’a rien à voir avec le développement ou le stockage d’armes quelles qu’elles soient, y compris biochimiques. Notre société n’a jamais effectué de recherches ou produit quoi que ce soit du genre”.

Un porte-parole de Metabiota a déclaré au Washington Post en mars 2022 que la société n’opérait plus en Ukraine, disant : “Metabiota a travaillé en Ukraine jusqu’en 2020, fournissant des formations pour aider à améliorer la capacité locale à détecter et répondre aux menaces sanitaires”. Metabiota et Hunter Biden n’ont aucun lien depuis 2015, comme l’a rapporté le Washington Post. Hunter Biden faisait partie de l’équipe de direction de l’un des investisseurs de Metabiota, Rosemont Seneca Technology Partners (désormais appelé Pilot Equity Group), mais il a été écarté de l’entreprise en 2015 après avoir été renvoyé de la réserve de la Marine pour avoir utilisé de la cocaïne l’année précédente.

Il n’y a pas non plus de preuve d’une relation de travail entre Metabiota, une société américaine qui conseille des gouvernements et des entreprises sur les épidémies, et le complexe sidérurgique d’Azovstal.

L’allégation selon laquelle il y aurait un laboratoire d’armes biologiques de l’OTAN sous le complexe sidérurgique d’Azovstal fait suite à des allégations similaires propagées depuis au moins 2018 par des responsables russes et des médias d’Etat russes sur des laboratoires d’armes biologiques américains en Ukraine. Il n’existe aucune preuve de ces allégations.

MYTHE : Un document secret appelé le “dossier du chancelier” prouve que l’OTAN a planifié une guerre contre la Russie il y a plusieurs dizaines d’années. 

LES FAITS : Le 24 mars 2022, l’auteur allemand et réalisateur de films Ralph T. Niemeyer a partagé sur sa chaîne Telegram et sur son compte Facebook la photo d’une lettre affirmant qu’elle prouvait que “l’OTAN avait planifié la guerre contre la Russie très en avance et forcé le chancelier (Olaf) Scholz à l’approuver en janvier. Bien avant que le président Poutine ait envahi quelque pays que ce soit”. Ce post affirmait que cette information pouvait être trouvée dans le “dossier du chancelier”. Cette allégation a été largement partagée par des comptes Telegram pro-Russie et QAnon, accumulant plus de 250.000 vues sur le service de messagerie en avril 2022. Des posts similaires sont apparus sur d’autres réseaux sociaux, dont Facebook.

L’allégation selon laquelle l’OTAN aurait programmé une guerre contre la Russie bien avant l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février 2022, n’a aucun fondement.

L’organisation autrichienne de vérification des faits Mimikama a rapporté en avril 2022 que le document posté par Ralph T. Niemeyer sur Telegram était un faux. Selon Mimikama, la lettre est d’abord apparue sur le site du magazine d’extrême droite Unabhängige Nachrichten en 1999, et était censée avoir été envoyée au service de renseignement fédéral allemand et provenir du “ministre d’Etat Dr. Rickermann”. En réalité, l’Allemagne n’a jamais eu de ministre d’Etat du nom de Rickermann. (Unabhängige Nachrichten a décrit la lettre comme un “teaser” – ou extrait avant publication – d’un livre écrit par une personne du nom de “James Shirley”. Un tel livre n’a jamais été imprimé).

Dix ans après la publication du teaser de ce livre, Unabhängige Nachrichten a publié un autre article sur le sujet. Cette fois-ci, la publication a rapporté “ne pas pouvoir prouver l’authenticité de cette information. Toutes les requêtes sur un certain Dr. James Shirley, qui est censé avoir enquêté sur cette affaire dans un livre, ont été sans succès”.

La lettre affirmait que l’Allemagne avait signé un traité secret avec les alliés occidentaux après la Seconde Guerre mondiale obligeant chaque chancelier allemand à signer un accord appelé le “dossier du chancelier”.

Le 19 novembre 2007, en réponse à une question demandant si Angela Merkel, alors chancelière allemande, “avait dû signer le dossier du chancelier”, le service de presse et d’information du gouvernement fédéral a publié une déclaration disant : “le ‘traité d’État secret’ que vous mentionnez appartient au domaine des légendes. Ce traité d’État n’existe pas. Et le chancelier, bien sûr, n’a pas dû signer un prétendu ‘Chancellor’s File’ sur ordre des Alliés avant de prêter serment”.

Selon Mimikama, la lettre dont certains estiment qu’elle prouve que l’OTAN a planifié depuis longtemps une guerre contre la Russie contient certaines fautes d’orthographe et autres erreurs. L’en-tête semble indiquer qu’elle provient du service de renseignement fédéral allemand, mais Mimikama souligne qu’en 1992, cette agence n’utilisait pas encore cet en-tête. Par ailleurs, comme noté plus haut, l’Allemagne n’a jamais eu de ministre d’Etat appelé “Rickermann”.

L’OTAN a aidé à financer les forces armées ukrainiennes, et certains de ses Etats membres ont commencé à envoyer des armes en Ukraine mi-janvier 2022, avant son invasion par la Russie. Toutefois, l’OTAN elle-même ne s’est pas engagée militairement, car l’Ukraine n’est pas un membre de l’OTAN.

MYTHE : La Russie n’utilise pas le type de missile qui a servi à attaquer la gare de Kramatorsk.

LES FAITS : Le 8 avril 2022, des missiles ont frappé la gare de Kramatorsk, une ville de l’est de l’Ukraine. Au moins 50 personnes ont été tuées, selon des responsables ukrainiens. L’ONU a déclaré le 8 avril 2022 que cette attaque avait “tué et blessé de nombreux civils”.

La Russie et l’Ukraine ont toutes deux déclaré que Tochka-U, un missile balistique de courte portée, avait été utilisé dans l’attaque, mais chaque pays a accusé l’autre.

La Russie a affirmé que seules les forces ukrainiennes utilisaient des missiles Tochka-U. Dans une déclaration du 8 avril 2022 postée sur Telegram, le ministre russe de la Défense a déclaré : “Toutes les déclarations de représentants du régime nationaliste de Kyiv sur “l’attaque au missile” supposément menée par la Russie le 8 avril 2022 à la gare de la ville de Kramatorsk sont une provocation, et totalement fausses”. La déclaration ajoute : “nous insistons sur le fait que les missiles tactiques Tochka-U, dont des fragments ont été trouvés près de la gare de Kramatorsk, et publiés par des témoins, ne sont utilisés que par les forces armées ukrainiennes”.

Il est vrai que l’Ukraine utilise des missiles Tochka-U, mais la Russie en utilise aussi, selon des experts. Patrick Wilcken, chercheur sur le contrôle des armes pour Amnesty International, a dit a NewsGuard dans un entretien par email : “l’Ukraine et la Russie possèdent toutes deux le Tochka”. Et d’ajouter : “nous avons vu la Russie déployer le système [Tochka] en Ukraine et documenté une attaque sans discrimination par la Russie près d’un hôpital de Vuhledar, dans le Donetsk, avec un missile balistique Tochka 9M79”.

Le 29 mars 2022, Belarusky Hayun, un groupe activiste qui surveille les activités militaires au Belarus, a posté une vidéo montrant une colonne de missiles Tochka marqués de la lettre V, se déplaçant au nord de Kyiv. Selon le groupe de fact-checking ukrainien StopFake, V et Z sont les deux lettres latines utilisées pour indiquer que des équipements appartiennent à l’armée russe.

L’agence d’Etat russe RIA-Novosti, et d’autres médias pro-russes ont affirmé que l’Ukraine avait frappé Kramatorsk en citant la similitude entre le numéro de série d’un missile Tochka-U trouvé dans la gare et d’autres missiles lancés par l’Ukraine par le passé. Ils ont obtenu le numéro de série d’un cliché extrait d’une vidéo de la chaîne de télévision italienne TG-LA 7.

Un article publié par RIA-Novosti le 9 avril 2022, citait le post Telegram de la chaîne de télévision du Donetsk Z Union, disant : “Le numéro de série de la roquette Tochka-U qui est tombée sur la gare de Kramatorsk le jour précédent est apparu sur le web. Roquette 9M79-1, numéro de série Ш91579. Précédemment, des militants ukrainiens ont utilisé des roquettes de la même série”. L’article partageait le post de Z Union, qui listait les missiles portant le même numéro de série, supposément utilisé par l’armée ukrainienne en 2015.

En réalité, le numéro de série ne prouve pas que les missiles utilisés à Kramatorsk appartiennent à l’armée ukrainienne. StopFake a écrit le 10 avril 2022 : “Ce numéro de série – Ш91579 – est une marque de l’usine, et n’identifie en aucun cas le missile comme appartenant à l’armée ukrainienne”.

Patrick Wilcken, qui travaille pour Amnesty International, a dit à NewsGuard qu’il était d’accord avec cette évaluation : “Un numéro de production d’usine ne donne aucune information au sujet de l’armée dont proviennent ces missiles, cela vous indique juste quelle usine a produit le missile”, a-t-il dit. “Seule une analyse du site de l’explosion pour déterminer la direction / trajectoire du missile, et une cartographie des positions des différentes forces en relation avec cette trajectoire peut indiquer avec certitude qui a tiré le missile, mais la provenance russe semble probable”.

MYTHE : Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a aidé à mettre en œuvre des évacuations forcées d’Ukrainiens vers la Russie. 

LES FAITS : Le 24 mars 2022, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Moscou. L’agence de presse turque Turkish Anadolu Agency a rapporté le même jour que Peter Maurer avait demandé la permission à Sergueï Lavrov d’ouvrir un bureau dans la ville russe de Rostov-on-Don, près de la frontière orientale de l’Ukraine, et des posts sur les réseaux sociaux ainsi que des commentaires en ligne ont commencé à accuser le CICR de soutenir, ou de participer aux transports forcés d’Ukrainiens vers la Russie.

Il n’existe aucune preuve crédible que le Comité international de la Croix-Rouge ait aidé à organiser des évacuations forcées d’Ukrainiens vers la Russie. Le CICR a démenti cette accusation à plusieurs reprises, publiant un communiqué de presse le 26 mars 2022 sur son site disant :  “Le CICR n’aide jamais à organiser ou conduire des évacuations forcées”.

Des utilisateurs de Twitter ont publié des posts affirmant fournir des preuves de l’aide apportée par le CICR pour déporter des Ukrainiens vers la Russie. Le 26 mars 2022, un post contenant un lien vers une vidéo YouTube affirmait montrer que “les résidents de Marioupol fuyant vers l’ouest sont arrêtés par les troupes russes, placés de force dans des bus de la Croix-Rouge vers la Russie”. La vidéo montrait un embouteillage avec des personnes se tenant debout autour de voitures et de bus portant le symbole de la Croix-Rouge, mais ne montrait pas de soldats russes forçant des personnes à entrer dans des bus.

En réalité, cette vidéo a d’abord été publiée sur Twitter plus tôt le même jour par le gouverneur de la région administrative du Donetsk, Pavlo Kirilenko, qui ne faisait aucune mention de personnes placées de force dans des bus de la Croix-Rouge. Les seuls bus qu’il a mentionnés étaient des “bus d’évacuation qui transportent des personnes de Berdyansk vers Zaporizhia”, une ville sous contrôle ukrainien.

D’autres utilisateurs de Twitter ont posté des captures d’écran d’un rapport sur les activités de la Croix-Rouge russe intitulé “Évacuation de personnes de la région du Donbass vers la Russie”, qui a été brièvement publié, puis supprimé du site de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), suggérant que ce rapport montrait la participation de la FICR dans l’évacuation d’Ukrainiens vers la Russie. Un billet suggérait qu’une capture d’écran montrant la phrase “Aide par le mouvement RCRC (Red Cross and Red Crescent Movement, NDLR) : 9.000” en était la preuve. D’autres captures d’écran montraient des descriptions de dispositions prises pour accueillir des personnes déplacées arrivant en Russie depuis l’Ukraine. Toutefois, ceux-ci ne montraient pas que la Croix-Rouge russe avait participé au transport d’Ukrainiens vers la Russie.

La FICR a affirmé que ni elle, ni la Croix-Rouge russe n’avaient participé au transport d’Ukrainiens vers la Russie, disant sur son site internet : “Ni la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ni la Croix-Rouge russe n’ont jamais été impliquées dans un quelconque mouvement de personnes de l’Ukraine vers la Russie”. Dans un email d’avril 2022 a NewsGuard, Benoît Carpentier, directeur par intérim de la communication de la FICR, a dit : “Au sujet des 9.000 personnes aidées, cela fait référence au nombre de personnes qui ont traversé la frontière entre l’Ukraine et la Russie, et reçu de l’aide de la part de la Croix-Rouge russe. Ni la FICR, ni la Croix-Rouge russe ne sont impliquées dans le transport de personnes”.

Ce rapport a été supprimé du site car il “faisait “faisait référence à certaines parties de l’Ukraine d’une manière qui ne correspondait pas à notre neutralité et à notre impartialité”, a expliqué la FICR sur son site, en faisant référence à l’utilisation, par le rapport, des termes “républiques populaires de Donetsk et de Loughansk”, les noms choisis par ces deux régions séparatistes de l’est de l’Ukraine, qui, en avril 2022, n’étaient reconnues que par la Russie.

MYTHE : Des documents confidentiels montrent que l’Ukraine préparait une offensive contre le Donbass.

LES FAITS : Le 9 mars 2022, le gouvernement russe a affirmé à tort que des documents confidentiels obtenus par le ministère russe de la Défense montraient que l’Ukraine s’apprêtait à attaquer le Donbass en mars 2022. Un message posté le 9 mars 2022 sur Twitter et Facebook par le ministère russe des Affaires étrangères contenait des photos de ces documents en ukrainien avec le commentaire suivant : “Des documents confidentiels (à la requête du commandant de la Garde nationale ukrainienne), obtenus par @mod_russia, confirment sans l’ombre d’un doute que le régime de Kiev préparait secrètement une offensive contre le #Donbass, prévue pour mars 2022”. Twitter a depuis ajouté une étiquette à ce message, avertissant les internautes que “Ce média ne correspond pas au contexte”.

Ces allégations ont été répétées sans aucun recul par divers sites d’information, dont l’agence de presse d’État russe Tass. Un article du 10 mars 2022 dans Einreich.de, un site allemand pro-russe qui, d’après une analyse de NewsGuard, publie régulièrement de faux contenus, a affirmé que la Russie avait empêché une attaque planifiée par l’Ukraine contre la région du Donbass en mars 2022.

En réalité, selon StopFake, une organisation ukrainienne de fact-checking, ce document n’est pas confidentiel, et il ne fait pas non plus référence à une tentative d’attaque. La Garde nationale ukrainienne (la NSU) a déclaré à StopFake que ce document n’était pas secret et ne concernait pas le Donbass. “Il s’agit d’une ordonnance standard pour des camps réguliers d’entraînement communs à l’AFU (Forces armées ukrainiennes, NDLR) et la NSU à Starychy (région de Lviv). Ces ordonnances sont régulièrement émises chaque année. Ce document concerne l’organisation d’un camp d’entraînement” à Lviv, a déclaré la NSU à StopFake. Lviv est située dans l’ouest de l’Ukraine, à l’opposé de la région du Donbass.

Christo Grozev, le directeur exécutif de Bellingcat, une organisation de journalisme d’investigation en ligne, a déclaré à PolitiFact que bien que le Donbass soit mentionné dans le document, cette région n’était ni “une partie importante du document ni référencée dans le contexte d’une attaque, deux allégations faites dans la présentation trompeuse de la Russie”.

MYTHE : Le massacre de civils à Boutcha, en Ukraine, était une mise en scène.

LES FAITS : Début avril 2022, plusieurs agences de presse, dont Reuters, l’Associated Press et l’AFP, ont documenté le meurtre de civils à Boutcha, une ville près de Kiyv, la capitale ukrainienne, qui était sous occupation russe depuis le 27 février 2022. Plusieurs médias se sont entretenus avec des habitants de Boutcha après le départ de l’armée russe. Ils ont tous témoigné du fait que des Russes étaient responsables de meurtres de civils.

Le gouvernement russe a contesté ces conclusions. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué du 3 avril 2022 : “pas un seul résident local n’a subi de violences”. Le 3 avril 2022, le ministère russe des Affaires étrangères a partagé sur Telegram un communiqué du ministère russe de la Défense, qui affirmait : “les photos et les vidéos de Boutcha sont une manipulation de plus, une mise en scène et une provocation du régime de Kiev pour les médias occidentaux”.

Le 3 avril 2022, le ministère russe de la Défense a partagé sur Telegram une version au ralenti d’une vidéo d’abord publiée par la chaîne de télévision ukrainienne Espreso.tv. Le message Telegram affirmait qu’un des corps avait été vu en train de soulever son bras et un autre en train de s’asseoir, ce qui prouverait qu’ils étaient vivants. “La vidéo des corps est déroutante : ici à la douzième seconde le ‘cadavre’ de droite bouge son bras. À la trentième seconde dans le rétroviseur, le ‘cadavre’ s’assied”, indiquait le message. “Les corps dans la vidéo semblent avoir été délibérément disposés pour créer une image très dramatique”.

En réalité, la vidéo ne montre aucun cadavre en train de soulever son bras. Shayan Sardarizadeh, journaliste de la BBC qui couvre la désinformation en ligne, a publié une version encore plus au ralenti de la vidéo sur Twitter, qui lui avait été fournie par le groupe international de fact-checking Aurora Intel. La vidéo, que NewsGuard a consultée, montre qu’une marque ou une goutte de pluie sur l’écran donne la fausse impression d’un corps se déplaçant dans certains clips à faible résolution, comme l’a fait remarquer Shayan Sardarizadeh.

La vidéo ne montre pas non plus de cadavre “assis”, comme l’ont affirmé certains responsables russes. Selon Shayan Sardarizadeh, la “version au ralenti montre des bâtiments en arrière-plan déformés par un rétroviseur. Ajoutez la compression des réseaux sociaux et la vidéo donne l’impression que le corps bouge”. Ce même phénomène a également été démontré par le fact-checkeur finlandais Janne Ahlberg.

Un analyse des vidéos et des images satellite du 4 avril 2022 par le New York Times a montré que de nombreux morts gisant dans les rues de Boutcha avaient été tués à la mi-mars 2022, alors que la Russie, selon ses propres dires, contrôlait Boutcha. Une vidéo filmée par un membre du conseil municipal le 1er avril 2022 montre plusieurs cadavres éparpillés le long de la rue Yablonska à Boutcha, selon le New York Times. Maxar Technologies, une société de technologie spatiale au Colorado, a fourni des images satellites au journal qui montrent qu’au moins 11 des corps sont apparus dans les rues de Boutcha entre le 9 et le 11 mars 2022, et ont donc probablement été tués pendant cette période.

Par ailleurs, des habitants de Boutcha ont déclaré à Human Rights Watch que des civils avaient été tués par des Russes en mars 2022. Dans un rapport du 3 avril 2022, l’organisation internationale de défense des droits humains a rapporté que les forces russes à Boutcha avaient arrêté cinq hommes et exécuté sommairement l’un d’entre eux le 4 mars 2022.

MYTHE : Les États-Unis développent des armes biologiques visant les personnes d’origine ethnique russe.

LES FAITS : Peu de temps après le début de l’invasion russe, des responsables russes ont rapporté plusieurs allégations selon lesquelles des programmes biologiques militaires menés par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN en Ukraine utilisaient des agents pathogènes dangereux pour créer des armes biologiques n’infectant que les “personnes d’origine ethnique slave”.

Igor Kirillov, le chef de la protection chimique et biologique des forces armées russes, a déclaré lors d’un briefing le 10 mars 2022, que des laboratoires en Ukraine travaillaient sur des agents pathogènes dangereux visant spécifiquement les Russes et d’autres personnes d’origine ethnique slave.

“Les documents à notre disposition confirment de nombreux cas de transfert d’échantillons biologiques de citoyens ukrainiens à l’étranger. Nous pouvons dire qu’il y a une forte probabilité que l’un des objectifs des États-Unis et de leurs alliés soit la création d’agents biologiques capables d’infecter de manière sélective divers groupes ethniques”, a déclaré Igor Kirillov, citant en exemple un rapport selon lequel des chercheurs ukrainiens auraient envoyé des échantillons de sérum sanguin au Peter Doherty Institute for Infection and Immunity, un centre de recherche médicale en Australie.

En réponse aux allégations du Kremlin, une porte-parole du Peter Doherty Institute a déclaré à l’Australian Broadcasting Corporation, un média australien, qu’elle avait reçu environ 300 échantillons de sérum d’Ukraine en 2019 dans le but d’être utilisé pour la recherche sur la rougeole. Le porte-parole a expliqué que recevoir des échantillons d’autres laboratoires était “une pratique courante pour le succès de cette initiative de santé publique”. Rien n’indique que l’institut ait été impliqué dans des recherches sur des armes biologiques.

Il n’existe par ailleurs aucune preuve que les États-Unis développent des armes biologiques dans des laboratoires ukrainiens (voir ici notre fact-check sur ce mythe). Un porte-parole du département d’État américain a déclaré à Newsweek en mars 2022 que les allégations concernant en particulier des armes biologiques ethniques étaient complètement fausses.

De plus, les experts s’accordent à dire que les agents biologiques ne peuvent tout simplement pas viser des groupes d’individus spécifiques sur la base de leur origine ethnique. Dans un commentaire au “Science Media Centre” du Royaume-Uni, Oliver Jones, responsable des biosciences et de la technologie alimentaire à l’Université RMIT de Melbourne, en Australie, a déclaré : “Cette affirmation appartient purement au domaine de la science-fiction ! Les êtres humains sont tout simplement trop génétiquement similaires pour qu’on puisse trouver quelque chose qui n’affecte que certains individus et pas d’autres (…) Il n’y a aucun moyen de créer un agent, biologique ou autre, qui pourrait affecter un groupe ethnique et pas d’autres. Ça n’arrivera tout simplement pas”.

En mars 2022, le site d’information américain The Intercept a rapporté qu’un groupe de biologistes russophones avait examiné les allégations de la Russie et avait conclu que la création “d’une bactérie ‘militaire’ réservée à une certaine nationalité, et en particulier aux Russes, est absolument impossible sur le plan de l’évolution”.

MYTHE : Des photos montrent le président ukrainien Volodymyr Zelensky combattant sur le terrain, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

LES FAITS : Des publications sur les réseaux sociaux et certains sites d’actualité ont partagé de vieilles images du président ukrainien Volodymyr Zelensky portant un treillis, un casque et un gilet pare-balle, les présentant à tort comme montrant le président se battant sur le terrain, après que la Russie a envahi l’Ukraine. Cette allégation a été relayée dans plusieurs langues depuis février 2022, notamment en espagnol, français, arabe, et hébreu. 

Hananya Naftali, un influenceur israélien qui a plus de 1,2 million d’abonnés sur Facebook, a partagé l’une de ces images dans un post Facebook le 25 février 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il a écrit : “Voici le président ukrainien Zelensky. Il a enlevé ses vêtements, et endossé un uniforme militaire pour rejoindre les troupes qui se battent pour protéger la patrie ukrainienne. C’est un vrai leader”. Ce post a été partagé plus de 70.000 fois. Facebook a ajouté un label à cette publication, alertant les utilisateurs que “des fact-checkers indépendants disent que cette information peut être trompeuse”. 

Un tweet du 25 février 2022 a partagé cette image, avec ce commentaire : “le président ukrainien est au front, combattant pour son peuple. Le président Zelensky a pris les armes et rejoint les troupes pour repousser l’invasion russe”. Toutefois, cette photo n’est pas nouvelle et ne montre pas Volodymyr Zelensky au front en 2022. Elle a été prise lors d’une visite rendue par Zelensky aux troupes ukrainiennes sur le front dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, en décembre 2021. Une recherche d’image inversée effectuée par NewsGuard montre que la photo d’origine est d’abord apparue sur Getty Images, une agence mondiale de photos. La légende de cette photo d’origine disait : “Le président ukrainien Volodymyr Zelensky rend visite aux soldats ukrainiens en première ligne dans le Donbass, en Ukraine, le 6 décembre 2021”. D’autres photos de Volodymyr Zelensky, prises en février, avril et octobre 2021, lors de voyages à l’est de l’Ukraine, ont aussi été partagées sur les réseaux sociaux, et présentées à tort comme montrant le président se rendant au front après l’invasion russe.

MYTHE : Des vidéos montrent le Fantôme de Kyiv abattant des avions russes. 

LES FAITS : Le 24 février 2022, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valerii Zaluzhnyi, a écrit dans un post sur Facebook qu’au moins six avions russes et deux hélicoptères avaient été détruits au premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le jour suivant, une vidéo a commencé à circuler sur Twitter et Facebook, censée montrer un MiG-29 ukrainien abattant un avion de chasse russe Su-35. La vidéo a par la suite été retweetée par le ministère ukrainien de la défense. Certains utilisateurs ont affirmé que cette vidéo montrait le “Fantôme de Kyiv”, un pilote ukrainien non identifié qui aurait abattu plusieurs avions russes.

La vidéo citée plus haut, prétendant montrer un MiG-29 ukrainien abattant un avion russe Su-35, ne montre pas de vraies images, et a en fait été réalisée en utilisant le jeu vidéo Digital Combat Simulator (abrégé en “DCS”) puis mal légendée par des utilisateurs des réseaux sociaux. Cette vidéo, qui a été postée sur Twitter et Facebook, a d’abord été publiée sur YouTube avec le titre “Le Fantôme de Kiev tue”, et une description indiquant : “Ces images sont issues de DCS, mais ont été faites en hommage au Fantôme de Kiev’”. Le Fantôme de Kiev n’a pas été identifié, et il n’a pas non plus été prouvé qu’il existe. L’administration de l’armée ukrainienne et l’ancien président Petro Porochenko ont fait des références au Fantôme de Kyiv sur les réseaux sociaux, et The Times a rapporté qu’une “source militaire ukrainienne” avait dit que le pilote existait bel et bien. Toutefois, des organismes de fact-checking, dont PolitiFact et Deutsche Welle, ont tenté de confirmer l’existence du Fantôme de Kyiv, sans obtenir de réponse de la part du gouvernement ukrainien.

MYTHE : L’Ukraine a menacé la Russie d’invasion.

LES FAITS : Le 7 mars 2022, des sites d’Etat russes ont affirmé que le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, Oleksiï Danilov, avait menacé la Russie d’invasion, citant un billet posté par ce dernier sur Facebook le  7 mars 2022. Un article de l’agence d’Etat russe RIA-Novosti, intitulé “Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine a menacé la Russie d’invasion”, citait comme preuve ce passage du post d’Oleksiï Danilov : “nous nous souvenons de tout le monde et de tout, nous n’oublierons jamais personne. Vous ne vous cacherez nulle part : ni derrière les grillages de vos maisons, ni dans vos villas à Miami, ni sur un yacht aux Seychelles ou dans un bunker dans l’Oural… Vous êtes venus sur notre terre et dans nos familles – nous viendrons vous chercher”. 

Cet article déforme les déclarations d’Oleksiï Danilov. Ce dernier n’a pas menacé d’envahir la Russie. Dans son post Facebook, il donnait son point de vue selon lequel la Russie ne pourra pas échapper à la justice pour son invasion de l’Ukraine, faisant référence de manière implicite à l’enquête de la Cour Pénale internationale sur de possibles crimes de guerre perpétrés par la Russie en Ukraine, et qui a été ouverte le 3 mars 2022. Il a écrit : “Je suis convaincu que le futur tribunal pour les criminels russes sera significatif pour le monde entier, et pour la Russie elle-même, puisque la guerre avec l’Ukraine, parmi d’autres choses, a lancé un processus de liquidation du régime de Poutine”.  S’adressant au gouvernement russe, il a ajouté : “Vos crimes sont documentés, et leur mémoire est au fer chaud dans les cœurs. Ceux qui ont donné les ordres, comme ceux qui les ont effectués, en visant avec des missiles nos villes paisibles sont sur notre liste. Vous êtes venus sur notre terre et dans nos familles – nous viendrons vous chercher”.

MYTHE : Des parachutistes américains ont atterri en Ukraine.

LES FAITS : Le 7 mars 2022, une vidéo Facebook, postée sur le compte “Current News Update”, montre des parachutistes américains, et affirme à tort qu’ils sont des “soldats américains dans le ciel ukrainien”.  La vidéo avait été vue plus de 7,6 millions de fois le 16 mars 2022. Elle a été diffusée en Inde, au Pakistan, au Brésil, aux Philippines, au Ghana sur Facebook, et a été partagée sur d’autres plateformes de réseaux sociaux.

Cette vidéo n’est pas nouvelle, et ne montre pas des parachutistes américains atterrissant en Ukraine en 2022. Une recherche d’image inversée avec l’outil YouTube Data Viewer d’Amnesty International montre que la vidéo originale a d’abord été postée sur YouTube en 2016  par le compte “AiirSource Military”, qui dit couvrir “les événements et missions militaires” de l’armée américaine. Ce compte n’a pas posté de vidéos ces trois dernières années. La vidéo montre des parachutistes de la 82e et de la 101e division aéroportée effectuant des exercices de parachutisme à Fort Bragg, en Caroline du Nord.

Les Etats-Unis ne sont pas directement impliqués dans la guerre de 2022 en Ukraine, même s’ils ont fourni des armes et de l’aide au pays. Mi-février 2022, environ deux semaines avant que la Russie envahisse l’Ukraine, des soldats américains de la 82e division aéroportée, qui apparaît dans la vidéo, ont été déployés dans une base près de Przemysl, en Pologne, à environ 6 kilomètres de la frontière ukrainienne, “pour rassurer nos alliés de l’OTAN, dissuader toute agression potentielle contre le flanc oriental de l’OTAN”,  comme l’a expliqué un haut responsable du ministère américain de la défense, selon le Washington Post.

MYTHE : Des missiles russes ont touché un centre de traitement des déchets nucléaires à Kyiv.

LES FAITS : Le 27 février 2022, de nombreux sites d’actualité ont publié des articles en ukrainien, en russe et en anglais, affirmant que des missiles russes ont touché un centre de déchets nucléaires de la succursale à Kyiv de “Radon”, une entreprise détenue par l’Etat. Les articles citaient un post sur la page Facebook officielle de la Commission de réglementation nucléaire ukrainienne, qui disait : “Au 27 février 2022, à 1.20, heure de Kiev, à la suite des bombardements massifs de Kiev avec tous types de missiles et d’armes anti-aériennes disponibles en Russie, des obus ont atterri dans le centre de déchets radioactifs de la branche de Kiev de l’Association Radon”. Ce post disait aussi que “selon une évaluation préliminaire de la réglementation d’Etat, il n’existe aucune menace pour la population hors de la zone de protection sanitaire”.  Selon le site ukrainien de fact-checking StopFake, la commission s’appuyait sur des “informations reçues par téléphone via des personnels du centre qui ont appelé depuis un abri anti-aérien”.

Toutefois, le 27 février 2022, le Service d’Etat ukrainien des urgences a posté une déclaration sur sa page Facebook officielle, disant qu’ils avaient visité le site de l’attaque pour examiner les dégâts et constaté que les débris des explosions proches étaient tombés près du centre, mais n’avaient abîmé aucun de ses bâtiments. Le post disait : “sur les lieux, nous avons déterminé qu’en raison du tir d’obus, un objet non identifié est tombé près du bâtiment mais n’a pas touché d’objets importants”. Le 15 mars 2022, de nombreux articles n’incluaient pas cette mise à jour du Service d’Etat ukrainien des urgences.

MYTHE : Des “nationalistes” ukrainiens ont saisi environ 20 véhicules de l’OSCE dans l’est de l’Ukraine.

LES FAITS : Le 1er mars 2022, plusieurs médias d’Etat russes dont TASSRIA NovostiSputnik News, et RT ont publié des articles affirmant que des “forces nationalistes” ukrainiennes avaient capturé une vingtaine de véhicules appartenant à une Mission spéciale d’observation de  l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Ukraine à Kramatorsk, une ville ukrainienne proche de l’autoproclamée République populaire de Donetsk (une république séparatiste pro-russe). Les articles disaient que des “nationalistes ukrainiens” planifiaient d’utiliser les véhicules pour mettre en oeuvre des “provocations” contre des employés de l’OSCE et ensuite accuser les milices de la RPD, et que le sort des employés de l’OSCE qui étaient en possession de ces véhicules était inconnu. (L’OSCE est une organisation de sécurité régionale qui dispose d’une Mission spéciale d’observation en Ukraine depuis 2014 pour faire état, d’une manière impartiale, de la situation en Ukraine, et pour faciliter le dialogue entre les parties). 

Il n’existe aucune preuve que des véhicules de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE à Kramatorsk aient été volés fin février ou début mars 2022, et l’OSCE a démenti que des véhicules aient été volés à Kramatorsk. Le 1er mars 2022, l’organisation a tweeté : “Aucun véhicule de l’OSCE à Kramatorsk ne manque à l’appel. Les rapports selon lesquels des véhicules de @OSCE_SMM auraient été volés de notre base sont faux”. Des représentants de l’OSCE ont aussi démenti que leurs véhicules aient été volés auprès du site français de fact-checking FactAndFurious.com, et du site ukrainien de vérification des faits StopFake.org

Les rapports quotidiens de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE des 28 février 2022 et 1er mars 2022, ne mentionnaient pas de capture de véhicules ou de personnels, et le rapport du 28 février indiquait qu’aucun représentant de l’OSCE n’était à Kramatorsk à ce moment-là. “La mission a fini l’évacuation de la plupart des membres de la mission internationale après la décision du 25 février”, écrivait l’organisation. “L’évacuation des équipes d’observations présentes à Lviv, Chernivtsi, Ivano-Frankivsk, Dnipro, Odessa, Kyiv et au bureau principal de Kyiv, et des équipes d’observations des centres de patrouilleurs de Sievierodonetsk, Marioupol et Kramatorsk est terminée”.

MYTHE : L’Ukraine a mis en scène l’attaque de l’hôpital de Marioupol.

LES FAITS : Des représentants russes, les médias d’Etat russes et des sites d’actualité pro-Kremlin ont affirmé à tort que le 9 mars 2022, un raid aérien contre une maternité de Marioupol, au sud de l’Ukraine, qui a blessé 17 personnes, selon l’OMS, avait été mis en scène par des acteurs et que l’hôpital était une base pour l’armée ukrainienne et des radicaux. 

L’ambassade de Russie au Royaume-Uni a déclaré dans un tweet du 10 mars 2022 que des images de deux femmes blessées, prises par l’Associated Press sur le lieu de l’attaque, étaient fausses. L’ambassade a affirmé qu’une blogueuse beauté, Marianna Podgurskaya, “avait joué les rôles” des deux femmes; une femme enceinte emmenée sur un brancard et une femme enceinte en pyjama à pois descendant les escaliers de l’hôpital. 

Cette affirmation est fausse. La femme enceinte en pyjama à pois en photo est bien une blogueuse beauté. Toutefois, son nom est Marianna Vishegirskaya, et comme les photos le montrent, elle n’est pas la même personne que la femme transportée dans un brancard, qui est morte par la suite avec son bébé,  selon un article de l’Associated Press publié le 15 mars 2022.  En utilisant un outil de vérification faciale, Bellingcat, un média d’enquête, a montré qu’il y avait zéro pour cent de chances que les deux visages dans les photos appartiennent à la même personne. L’Associated Press a dit être incapable de déterminer l’identité de la femme sur le brancard.

Des officiels russes et des médias d’Etat ont aussi affirmé que l’hôpital était utilisé comme une base par le bataillon Azov, un groupe paramilitaire d’ultra-droite ukrainien  qui fait partie de la garde nationale ukrainienne, selon Reuters, et qui avait vidé l’hôpital de tous personnels et patients. Lors d’une conférence de presse du 10 mars 2022, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que “le bataillon Azov a depuis longtemps pris le contrôle de l’hôpital et d’autres radicaux et que toutes les femmes en travail, toutes les infirmières, et de manière générale, tous les personnels, s’étaient vu demander de partir. Il s’agissait d’une base pour le bataillon ultra-radical Azov”.

Faisant écho aux propos de Sergueï Lavrov, le 9 mars 2022, un post Twitter sur le compte officiel de l’ambassade de Russie en Israël a partagé une image censée montrer des tanks en face de la maternité vide, avec ce commentaire: “La vérité est que la maternité n’a pas servi depuis le début de l’opération spéciale de la Russie en Ukraine. Les médecins ont été dispersés par les militants du bataillon nationaliste Azov. #StopFakeNews”.

En réalité, l’image utilisée par le post Twitter de l’ambassade ne montrait pas la maternité de Marioupol. Selon Bellingcat, le 11 mars 2022, les données de géolocalisation montraient que le bâtiment de la photo était en réalité situé à 10 kilomètres de l’hôpital.

Par ailleurs, le photographe Yevgeny Maloletka, qui a pris certaines des photos de l’attaque de l’hôpital de Marioupol pour l’Associated Press, a dit au site d’actualité de Lettonie The Insidеr, le 10 mars 2022 : “nous avons photographié ce qui se passait. Il y a eu un raid aérien, et l’hôpital était plein de gens. Des personnes sortaient du sous-sol et du bâtiment – nous les avons  filmées. Le Bataillon Azov n’était pas là”.

MYTHE : Les universités européennes expulsent les étudiants russes.

LES FAITS : En mars 2022, il n’existait aucune preuve que des universités européennes aient expulsé ou menacé d’expulser des étudiants russes en représailles de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Ces allégations semblent avoir commencé après que la Haut-Commissaire aux droits de l’homme de la Fédération de Russie, Tatiana Moskalkova, a écrit dans un post Instagram le 28 février 2022 qu’elle et le ministre des sciences et de l’éducation supérieure de Russie, Valery Falkov, avaient pris “des mesures sans précédent pour protéger les droits des étudiants russes expulsés d’universités en France, en République tchèque, en Belgique, et dans d’autres Etats européens en raison de la situation en Ukraine”. Ce post a depuis été supprimé. 

Tatiana Moskalkova n’a pas fourni de preuve à l’appui de cette allégation, mais des comptes sur les réseaux sociaux et des sites russes de premier plan soutenant le président russe Vladimir Poutine ont rapidement commencé à répéter cette allégation. L’agence d’actualité d’Etat RIA Novosti a rapporté que les étudiants russes exclus des universités européennes pourraient étudier gratuitement dans les universités russes, telles que la Haute Ecole d’Economie, l’Université d’Etat de Moscou, et l’Université d’Etat de Saint Pétersbourg. 

L’allégation s’est rapidement répandue sur les campus d’universités européennes, et les réseaux sociaux. Plus d’une dizaine d’universités, dont des écoles en France, en République tchèque, et en Belgique ont publié des déclarations en mars 2022 affirmant que les étudiants russes ne risquaient pas d’être expulsés. 

Dans un tweet posté le 1er mars 2022, L’Association des universités européennes (EUA), qui comprend environ 850 universités dans plus de 40 pays, a dit : “Plusieurs rumeurs ont émergé selon lesquelles des #universités européennes ont expulsé des étudiants russes depuis l’agression en Ukraine… Cela n’est pas vrai et l’EUA n’a reçu aucun rapport faisant état d’expulsions potentielles, de la part d’aucun de ses membres”. 

Luc Sels, le recteur de KU Leuven, une université à Louvain, en Belgique, a tweeté au sujet de cette rumeur le 2 mars 2022, écrivant : “rien n’est plus éloigné de la vérité. Nous soutenons tous les étudiants de #kuleuven et accueillons les nouveaux étudiants, dans un esprit de paix et de solidarité”. Michel Deneken, président de l’Université de Strasbourg, en France, a dit à Radio France en mars 2022 que les étudiants russes inscrits à l’université avaient pris cette allégation pour un fait. “Le fait qu’on ait eu des réponses d’étudiants russes nous disant ‘merci de nous rassurer’ montre qu’ils avaient été inquiétés par ces fake news”,  a dit Michel Deneken.   

Le ministère français de l’Enseignement supérieur a aussi démenti la rumeur, et a déclaré lors d’une réunion de février 2022 avec des représentants d’universités que les quelque 5.000 étudiants et chercheurs russes étudiant en France pourraient continuer leurs études dans le pays, comme l’a rapporté Radio France.

MYTHE : Un homme du nom de “Bernie Gores” a été la première victime américaine de la crise ukrainienne.

LES FAITS : Un tweet provenant d’un compte se faisant passer pour CNN a annoncé à tort, le 23 février 2022, qu’un homme du nom de Bernie Gores était “la première victime américaine de la crise ukrainienne”.  Ce tweet, provenant d’un compte non vérifié, et depuis suspendu, @CNNUKR, montrait une photo de Bernie Gores, et disait : “Pensées et prières pour la famille de l’activiste Bernie Gores qui est mort ce matin après qu’une mine posée par des séparatistes pro-Russes a explosé”.

Un tweet similaire posté le 16 août 2021 depuis un compte non vérifié et depuis supprimé appellé  @CNNAfghan, avait partagé une image du même homme. Le post disait : “Le journaliste de #CNN ‘Bernie Gores’ executé à #Kaboul par des soldats #Taliban”.

Certains utilisateurs des réseaux sociaux ont partagé les deux tweets côte à côte, suggérant que CNN produisait de fausses informations. Un post sur Facebook du 25 février 2022 disait : “Voyez comme CNN MENT éhontément au public!” Un autre post Facebook du 26 février 2022 disait : “CNN est l’ennemi du peuple”.

Ces allégations sont fausses. Les photos censées montrer “Bernie Gores” sont en fait celles d’un YouTubeur et joueur de jeux vidéo qui s’appelle Jordie Jordan. Comme expliqué plus haut, ces posts Twitter proviennent de comptes non vérifiés et n’ont pas été partagés par CNN. Dans un article de vérification de mars 2022, CNN a déclaré à propos des fausses allégations sur Bernie Gores : “Ces deux tweets sur ‘Bernie Gores’ ayant été tué sont des fabrications qui n’ont rien à voir avec CNN. Les comptes ‘CNN Ukraine’ et ‘CNN Afghanistan’ derrière ces tweets sont des faux, qui ont été suspendus par Twitter pour avoir violé ses politiques contre l’usurpation d’identité”.

Une recherche d’image inversée sur Google réalisée par NewsGuard montre que l’image utilisée dans les posts Twitter a été publiée sur le profil sur Wikitubia de Jordie Jordan. Wikitubia est un site du type Wikipédia pour les joueurs de jeux vidéos. Jordie Jordan est vivant, comme le montre sa dernière vidéo YouTube, postée le 16 mars 2022.

MYTHE : L’Ukraine forme des enfants soldats.

LES FAITS : En février et mars 2022,  de nombreuses publications sur les réseaux sociaux partageaient des photos d’enfants ukrainiens portant des uniformes militaires et brandissant des armes, avec des légendes affirmant à tort que ces enfants s’entraînaient pour combattre après que la Russie a envahi l’Ukraine, en 2022.

Ces photos sont apparues dans un post publié le 8 mars 2022 sur la chaîne Telegram d’un groupe complotiste,  Outreach Worldwide, qui affirmait que des “enfants soldats” étaient formés “sur le modèle d’ISIS” et que l’Ukraine violait ainsi les traités internationaux sur les droits de l’Homme.

Une publication Facebook du 25 février 20022 en Sinhala, la langue la plus parlée au Sri Lanka, partageait ces photos avec la légende : “La guerre est une malédiction. Les enfants prennent les armes pour sauver leur mère patrie. Les enfants soldats d’Ukraine”. En réalité, ces photos ont été prises par l’Associated Press dans le cadre d’un essai intitulé “L’Ukraine forme au combat” (“Ukraine Groomed to Fight”) en juillet 2017, trois ans après le début du conflit entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes. La légende originale de la photo disait : “Sur cette photo prise le samedi 8 juillet 2017, des étudiants au camp paramilitaire pour enfants frappent leurs poings sur leurs cœurs durant une cérémonie nocturne en dehors de Kiev, en Ukraine. Alors que le conflit mortel en Ukraine orientale entre dans sa troisième année, certains parents en Ukraine souhaitent s’assurer que leurs enfants sont prêts à combattre, au lieu de nager ou de jouer au volley”.

D’autres photos affirmant montrer des enfants soldats ukrainiens en 2022 ont en fait été prises par l’European Press photo Agency en août 2015. La légende de l’une de ces photos dit : “des enfants portent des armes factices lors d’une formation dans le camp d’été militaro-patriotique pour jeunes ‘Azovets’, près de Kiev, en Ukraine, le 12 août 2015”. Il n’existe aucune preuve laissant penser que des enfants se battent dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine.

MYTHE : La guerre en Ukraine est une manipulation.

LES FAITS : En mars 2022, des utilisateurs des réseaux sociaux ont répandu la fausse allégation selon laquelle la guerre en Ukraine serait fausse, mise en scène par des acteurs et orchestrée par les médias occidentaux.

Une vidéo de reporters en face de dizaines de personnes allongées sur le sol, couvertes par ce qui ressemble à des housses mortuaires, a fait le buzz sur plusieurs plateformes de réseaux sociaux. Au bout de quelques secondes dans le clip, une personne dans une housse bouge de manière très visible. Une publication sur Twitter du 1er mars 2022 a publié une légende trompeuse de cette vidéo, affirmant : “Miracle ! Des morts ukrainiens reviennent à la vie après être morts sur les réseaux sociaux mais avoir été repérés comme vivants en direct en vidéo”.

En réalité, ce clip vidéo n’est pas nouveau, et il ne montre pas des acteurs en Ukraine en 2022.  Cette vidéo a été publiée par la chaîne d’actualité autrichienne OE24 sur YouTube le 24 février 2022, avec la légende :  “Vienne : Manif contre la politique climat”. Elle montre une manifestation contre le changement climatique en Autriche, le 1er février 2022, plus de trois semaines avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, selon le journal autrichien Osterreich. Cette manifestation a été organisée par des militants du climat du mouvement de jeunesse “Vendredi pour le futur”. L’utilisation de housses mortuaires visait à mettre en évidence la menace que représentent les émissions carbones.

Une vidéo manipulée plus sophistiquée utilisait un reportage d’actualité autrichien, et remplaçait son audio par celui d’un reportage en anglais de NBC News réalisé à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, dans lequel le correspondant Cal Perry parlait des victimes au premier jour de la guerre. Ce faux remplaçait aussi la bannière originale du reportage autrichien par le texte anglais qui était apparu sur NBC, et disait : “57 morts, 169 blessés dans toute l’Ukraine alors que la Russie lance son attaque : ministère ukrainien de la santé”. Cette vidéo a été partagée sur Twitter  le 2 mars 2022 par Lee Stranahan, supporter auto-proclamé de la Russie, qui présente une émission sur la radio d’Etat russe Sputnik, avec la légende : “Comment perdre son travail d’acteur de crise…” Cette fausse vidéo a généré plus d’un million de vues sur Twitter uniquement, avant d’être retirée de la plateforme le 7 mars 2022.

Fin février, plusieurs utilisateurs des réseaux sociaux ont affirmé à tort qu’une photo d’une femme blessée en  Ukraine avait été prise en 2018, et non pas en 2022, et que cette femme était une actrice. Par exemple, une  vidéo TikTok du 26 février 2022 disait à tort que la photo avait été utilisée dans un article de juillet 2018 sur une fuite de gaz. Le 15 mars 2022, cette vidéo avait généré plus de 473.000 vues et 22.000 likes sur TikTok, et elle avait aussi été partagée sur Facebook. Une publication Facebook du 26 février 2022 partageait la vidéo avec ce commentaire : “Les acteurs de crise en pleine forme”.

En réalité, la photo a été prise par le photographe Wolfgang Schwan le 24 février 2022, au premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Elle montre une femme, blessée lors d’une attaque à l’obus sur un bâtiment résidentiel de Tchouhouïv, en Ukraine. Une recherche d’image inversée effectuée par NewsGuard ne montre aucune instance où cette photo aurait été publiée avant le 24 février 2022.

MYTHE : Les Etats-Unis possèdent un réseau de laboratoires d’armes biologiques en Europe de l’Est.

LES FAITS : Le 24 février 2022, un billet sur le compte Twitter @WarClandestine suggérant que l’invasion russe de l’Ukraine visait en fait des laboratoires d’armes biologiques américains en Ukraine, est largement partagé sur les réseaux sociaux, avec le hashtag  #USBiolabs. Ce billet cite les allégations d’officiels russes selon lesquelles les Etats-Unis gèrent un réseau de laboratoires d’armes biologiques près des frontières russes avec l’Europe de l’Est. Les médias d’Etat russes ont promu des allégations similaires depuis au moins 2016.

Ces allégations s’appuient en général sur une interprétation erronée du programme de réduction des menaces biologiques du ministère de la Défense des États-Unis, qui collabore avec des pays partenaires pour réduire la menace d’épidémies de maladies infectieuses dangereuses, en aidant ces partenaires à sécuriser les pathogènes dangereux, et à rapidement détecter les épidémies, selon le site de l’ambassade des Etats-Unis en Ukraine. Les Etats-Unis fournissent de l’aide aux laboratoires ukrainiens depuis 2005, quand le ministère ukrainien de la Santé, et le ministère américain de la Défense ont signé un accord visant à limiter la menace du bioterrorisme, en mettant en place des dispositifs de sécurité sur les pathogènes mortels datant des programmes d’armement biologiques de l’ère soviétique. Le programme de réduction des menaces biologiques du ministère de la défense des États-Unis a depuis aidé à construire et à moderniser des laboratoires ukrainiens. Mais ces laboratoires sont gérés et principalement financés par le gouvernement ukrainien. Dans une déclaration de mai 2020 en réponse à ces allégations sur la présence de laboratoires militaires biologiques américains, les services de sécurité de l’Ukraine (SBU) ont déclaré: “aucun laboratoire biologique étranger n’opère en Ukraine”.

MYTHE : La Russie n’a pas utilisé d’armes à sous-munitions pendant son opération militaire en Ukraine.

LES FAITS : La Russie a répété que ses forces armées n’utilisaient que des armes de haute précision en Ukraine en 2022, et a démenti les rapports faisant état de l’utilisation, par son armée, d’armes à sous-munitions, qui peuvent faire davantage de victimes. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré le 1er mars 2022 que ces rapports étaient “sans aucun doute des fake ​​​​news”, selon Reuters. Dmitri Peskov a ajouté que les opérations russes visaient des cibles militaires, et non civiles, d’après Reuters.

Les armes à sous-munitions sont connues pour faire des ravages parmi les civils, car elles certaines des sous-munitions n’explosent pas à l’impact, et restent actives sur le sol, agissant de fait comme des mines. C’est pour cela qu’un traité des Nations Unies, entré en vigueur en 2010, et signé par 108 pays, mais pas par la Russie, l’Ukraine, les Etats-Unis, ni par d’autres pays, a interdit leur utilisation.

Toutefois, Human Rights Watch a déclaré le 4 mars 2022 que le 28 février 2022, la Russie avait utilisé des armes à sous-munitions pour tirer sur au moins trois zones résidentielles de Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine, tuant au moins trois civils. Human Rights Watch a dit : “Les entretiens menés avec deux témoins et l’analyse de 40 vidéos et photographies mettent en évidence l’usage de sous-munitions transportées par des roquettes Smerch 9M55K de fabrication russe”.

Selon le site de journalisme d’enquête Bellingcat, les preuves semblent montrer que la Russie s’en prend aux civils, notamment via l’utilisation de roquettes à sous-munitions dans les zones résidentielles, en s’appuyant sur des photos et vidéos crédibles. Bellingcat a écrit dans un rapport du 27 février 2022 que la Russie semblait avoir tiré avec des armes à sous-munitions depuis plusieurs systèmes de lance-roquettes, BM 27 et BM 30. “Nous pouvons le dire au vu des munitions typiques utilisées par chaque système et la direction depuis laquelle elles semblent avoir voyagé avant l’impact”.

Une enquête du 4 mars 2022 de la BBC a analysé des images d’une attaque du 28 février 2022 sur Kharkiv, et recueilli des opinions de spécialistes des armes. La BBC en a conclu : “Les preuves montrent clairement que l’attaque en question a été menée par les forces russes. D’autres images partagées en ligne montrent des sous-munitions russes lâchées dans le même quartier le jour de l’attaque”.

Lors d’une réunion le 4 mars 2022 à Bruxelles, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que la Russie avait attaqué l’Ukraine avec des armes à sous-munitions, selon des articles de Reuters et du New York Times. “Nous avons vu l’utilisation d’armes à sous-munitions et nous avons vu des rapports sur l’utilisation d’autres types d’armes, qui seraient en violation du droit international”, a dit Jens Stoltenberg.

MYTHE : L’OTAN dispose d’une base militaire à Odessa.

LES FAITS : En décembre 2021, plusieurs sites d’actualité pro-russes ont affirmé que l’OTAN avait établi une base navale à Odessa, une ville portuaire du sud de l’Ukraine.

Des navires de l’OTAN ont accru leur présence sur la mer Noire depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, selon un article publié en anglais dans la section Actualités du site officiel de l’OTAN en juillet 2021. L’alliance y dit : “des navires de l’OTAN circulent régulièrement dans la mer Noire, d’une manière qui respecte le droit international, en général en patrouillant sur l’eau pendant les deux tiers de l’année environ”.

En réalité, les bases militaires étrangères ne sont pas autorisées en Ukraine, selon l’article 17 de la Constitution du pays, et il n’existe aucune preuve qu’une telle base existe. La carte interactive de l’OTAN, qui montre où les systèmes et les centres d’entraînement de l’organisation sont localisés, montre qu’aucune base de l’OTAN ni aucun autre centre ou installation militaire ne se trouvent en Ukraine. Sur une page du site mise à jour pour la dernière fois en janvier 2022, l’OTAN a écrit :  “Hors du territoire de l’OTAN, l’organisation n’a une présence militaire qu’au Kosovo et en Irak”.

MYTHE : La Russie n’a pas visé d’infrastructures civiles en Ukraine 

LES FAITS : Quand la Russie a lancé son invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022,  le gouvernement russe a affirmé que son armée utilisait des armes de haute précision visant seulement les sites militaires, et pas les infrastructures civiles. Ces affirmations ont été répétées sans recul par de nombreux sites d’actualité financés par l’Etat russe.

En réalité, Amnesty International a recueilli des preuves de multiples attaques de cibles civiles par l’armée russe en Ukraine. Le lendemain de l’attaque russe, l’association a déclaré que la Russie commettait “des attaques aveugles contre des zones civiles mais aussi des frappes contre des infrastructures protégées telles que des hôpitaux”, après avoir recensé trois incidents qui auraient coûté la vie à au moins six civils, et blessé au moins 12 autres dans les villes de Vuhledar, Kharkiv, et Uman. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré que l’armée russe avait utilisé “des missiles balistiques et d’autres armes explosives à effet généralisé dans des zones densément peuplées”, ajoutant que certaines de ces attaques pouvaient constituer des crimes de guerre.

MYTHE : L’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie communiste

LES FAITS : Le 21 février 2022, trois jours seulement avant que la Russie attaque l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a déclaré : “L’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, plus précisément par la Russie bolchévique, et communiste”. Il a ajouté regretter que les communistes aient “donné à ces Républiques le droit de quitter l’Union (soviétique) sans aucun terme ou conditions”.

Il est exact que la Russie et l’Ukraine actuelles, qui sont toutes deux d’anciens Etats soviétiques, partagent de longues périodes communes de leur histoire. Toutefois, elles ont passé beaucoup plus de temps séparées qu’unies. L’héritage partagé de la Russie et l’Ukraine remonte à plus de 1.000 ans, quand Kyiv était le centre du premier État slave, la Rous de Kyiv, un empire médiéval fondé par les Vikings au 9e siècle, et le lieu de naissance de l’Ukraine et de la Russie. La réalité historique de l’Ukraine est l’histoire complexe de dix siècles de déplacements de frontières et de conquêtes par de multiples puissances concurrentes. Si des bouts de l’Ukraine moderne se trouvaient dans l’empire russe pendant plusieurs siècles, d’autres zones du pays, dans sa partie occidentale, étaient sous le contrôle de l’empire austro-hongrois, la Pologne ou la Lituanie.

Contrairement à l’affirmation de Vladimir Poutine selon laquelle “les bolchéviques ont inventé l’Ukraine”, l’Ukraine s’est battue pour son indépendance, et l’a obtenue en 1918 – un statut qui n’a duré que quelques années. En 1922, les bolchéviques russes ont écrasé le gouvernement national ukrainien, et établi à sa place la République Socialiste Soviétique d’Ukraine. L’Ukraine a fait partie de l’Union pendant les 69 années suivantes.

Les déclarations de Vladimir Poutine selon lesquelles Moscou a “donné” à l’Ukraine le droit de devenir indépendante de l’Union soviétique “sans aucun terme ou conditions” sont aussi erronées, puisque ce sont les Ukrainiens qui ont choisi l’indépendance lors d’un référendum démocratique. En 1991, avec la dissolution de l’Union soviétique, 84% des électeurs ukrainiens se sont rendus aux urnes, et plus de 92% ont voté pour quitter l’Union. Moscou a même promis de respecter la souveraineté de l’Ukraine comme une condition d’abandon, par l’Ukraine, de ses armes nucléaires – ce qui a été enregistré en 1994, dans un accord connu sous le nom de Mémorandum de Budapest.

MYTHE : La Crimée a rejoint la Russie légalement.

LES FAITS : Fin février 2014, des soldats opérant sans insigne national ont saisi des installations gouvernementales et des checkpoints dans la péninsule ukrainienne de Crimée, dont le bâtiment du parlement, à Simferopol. Lors d’une conférence de presse d’avril 2014, le président russe Vladimir Poutine a admis que des soldats russes avaient été déployés en Crimée pour soutenir les forces de défense locales, après avoir affirmé un mois plus tôt que les hommes armés appartenaient aux forces de défense locales. En mars 2014, le Premier ministre  séparatiste russe nouvellement installé en Crimée, Sergueï Aksionov, a organisé un référendum sur le statut de la Crimée, dont les résultats ont été un soutien écrasant à l’annexion à la Russie. Le gouvernement russe a affirmé à tort que la Crimée avait rejoint la Russie légalement puisque le référendum avait été tenu en accord avec le droit international.

En réalité, le référendum n’était pas légitime, et c’est pour cela que la plupart des pays ne reconnaissent pas la Crimée comme appartenant à la Russie. L’Assemblée générale de l’Onu et la Commission de Venise, un organe consultatif du Conseil de l’Europe regroupant des experts légaux, ont déclaré que le référendum et ses résultats étaient illégitimes pour plusieurs raisons. D’abord, le référendum n’a pas donné à tous les citoyens ukrainiens le droit de voter sur le statut de l’Ukraine, en violation de la constitution du pays, qui impose que tout changement apporté au territoire ukrainien soit approuvé par référendum par tous les électeurs en âge de voter en Ukraine. Par ailleurs, les options sur le bulletin de vote excluaient la possibilité pour la Crimée de maintenir son statut de l’époque, et de rester dans l’Ukraine. Les deux seules options étaient : rejoindre la Russie, ou retourner à la Constitution de 1992, qui donnait à la péninsule une large autonomie.

Il faut aussi préciser que le droit international ne reconnaît pas les référendums réalisés sous agression armée. Marc Weller, professeur de droit international à l’université de Cambridge, a écrit sur le site de la BBC en mars 2014 : “la Crimée ne peut pas continuer une éventuelle sécession ou même incorporation dans la Russie tant que Moscou exerce son influence sur le terrain”. Igor Strelkov, un commandant russe de premier plan en Crimée en 2014, aussi connu sous le nom d’Igor Girkin, a déclaré lors d’une interview donnée en 2015 à l’émission russe “Polit-Ring” que les militants sous son commandement avaient “forcé” des parlementaires à voter lors du référendum. “Les membres du parlement ont été rassemblés par les militants et ont été forcés à entrer dans le hall (du Parlement) pour qu’ils votent”, a-t-il dit.

MYTHE : Des saboteurs parlant polonais ont tenté de bombarder une usine de chlore dans le Donbass.

LES FAITS : Plusieurs jours avant que la Russie envahisse l’Ukraine, la République populaire de Donetsk (est de l’Ukraine), qui est soutenue par la Russie, a partagé une vidéo affirmant qu’elle montrait que ses milices avaient empêché des “saboteurs” parlant polonais de faire exploser des récipients contenant du chlore dans un centre de traitement des eaux usées près de la ville de Horlivka, qui est contrôlée par des séparatistes, le 18 février 2022. La République populaire de Donetsk a aussi déclaré que les saboteurs faisaient partie de “deux unités spéciales de l’armée ukrainienne”. Toutefois, cette vidéo s’est avérée avoir été manipulée, et il n’existe aucune preuve que des saboteurs aient tenté une telle attaque à Horlivka.

D’après le média d’enquêtes Bellingcat, une analyse des métadonnées de la vidéo a montré qu’elle avait été enregistrée plusieurs jours avant l’attaque supposée. Les métadonnées de la vidéo, consultées par NewsGuard, confirment qu’elle a été enregistrée le 8 février 2022, dix jours avant l’attaque présumée. Par ailleurs, selon Bellingcat, la piste audio a été manipulée pour y ajouter des sons d’explosion qui semblent avoir été tirés d’une vidéo d’exercices de l’armée finlandaise, postée sur YouTube en avril 2010.

MYTHE: Les forces ukrainiennes ont bombardé une école maternelle à Lougansk le 17 février 2022.

LES FAITS : Des sites d’actualité russes ont affirmé que l’armée ukrainienne avait bombardé une école maternelle dans le village de Novaya Kondrashovka, ajoutant que ce village se situe dans la République séparatiste pro-Russe de Lougansk, à l’est de l’Ukraine. Toutefois, des analystes de Bellingcat ont rapporté que la localisation de l’école, et les preuves sur le terrain, montraient que les tirs venaient en fait du sud, où les lignes de front des séparatistes russes sont localisées. En plaçant correctement l’école dans le village de Novaya Kondrashovka, qui est en fait à quelques kilomètres au nord de la zone de front des séparatistes pro-Russes, et via une analyse d’un cratère près du site, on constate que “les tirs d’obus sont clairement venus du sud”, souligne Aric Toler, directeur de la recherche chez Bellingcat.

MYTHE : Les Etats-Unis et le Royaume-Uni envoient des armes vieilles et obsolètes en Ukraine.

LES FAITS : Le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont commencé à envoyer des armes en Ukraine mi-janvier 2022, quand la crainte d’une possible invasion russe du pays commençait à grandir. Le Royaume-Uni a fourni à l’Ukraine des missiles anti-tank à courte portée NLAW, et les Etats-Unis ont envoyé 300 missiles Javelin  et d’autres fournitures, dans le cadre d’un paquet sécuritaire de 200 millions de dollars pour l’Ukraine.

Des sites d’Etat russes et des sites d’actualité pro-russes ont affirmé que ces armes étaient obsolètes et inefficaces. Ces allégations ont été utilisées pour suggérer que ces armes ne soutiendraient les capacités de l’armée ukrainienne en cas de guerre, et que l’Occident n’avait aucunement l’intention d’aider l’Ukraine.

En janvier 2022, le site d’actualité russe Vesti a écrit que la durée de conservation des missiles britanniques NLAW “touchait à sa fin” et que l’Ukraine devenait une “décharge pratique pour l’Occident”.

En réalité, les missiles NLAW ne sont pas en train de devenir obsolètes. La durée de conservation des missiles anti-tank NLAW est de 20 ans, selon Saab, une société suédoise d’aérospatiale et de défense, qui fabrique ces armes. Les missiles NLAW ont été mises en service en 2009 et obtenus par le Royaume-Uni la même année. Ces armes n’expirent donc pas avant 2029.

Vesti a aussi suggéré que les missiles Javelin anti-tank provenant des Etats-Unis n’étaient pas efficaces. Le site citait Ruslan Pukhov, directeur du centre d’analyse des stratégies et des technologies de Moscou, disant : “elles ne vont pas renforcer l’armée ukrainienne”.

Les missiles Javelin américains ont été utilisés à 5.000 reprises en situation de combat avec plus de 94% de taux de fiabilité, selon l’industriel Lockheed Martin. Ces missiles ont aussi prouvé leur efficacité en Ukraine. En décembre 2021, l’armée ukrainienne a utilisé un Javelin, reçu en octobre de la même année dans le cadre de l’aide militaire annuelle en provenance des Etats-Unis, pour frapper un tank à 1,5 kilomètre de distance. La Direction du renseignement du ministère de la Défense de l’Ukraine a dit dans une publication Facebook en décembre 2021 : “Bien que cela ait été la première fois que les soldats ont utilisé cette arme, la tâche a été effectuée avec succès – la cible a été touchée”.

Selon le U.S. Army Acquisition Support Center (l’agence chargée de conseiller le gouvernement américain sur les achats d’armements), “Javelin est hautement efficace contre diverses cibles a des grandes distances, pour des opérations de jour ou de nuit,  avec des obscurcissants du champ de bataille, avec des conditions météorologiques défavorables et de multiples contre-mesures”. En 2017, un article du Wall Street Journal a décrit les missiles Javelin comme “les armes anti-tank portables les plus efficaces d’Amérique”.

MYTHE : Le nazisme est endémique dans la société et la politique ukrainiennes, soutenu par les autorités de Kyiv. 

LES FAITS : Des groupes radicaux d’extrême droite existent en effet en Ukraine, et selon un rapport de 2018 de Freedom House (une association américaine qui produit des rapports sur la démocratie), ils représentent une “menace pour le développement démocratique de l’Ukraine”. Toutefois, ce rapport a aussi souligné que les extrémistes d’extrême droite avaient peu de représentation politique en Ukraine, et aucune voie d’accès plausible au pouvoir. Durant les élections parlementaires de 2014, le parti nationaliste d’extrême droite Svoboda a obtenu 4,7% des voix. Lors de l’élection présidentielle de 2019, le candidat de Svoboda, Ruslan Koshulynsky, a obtenu 1,6% des voix, et aux élections parlementaires, Svoboda a obtenu 2,2% des voix. Svoboda dispose aujourd’hui d’un siège au parlement ukrainien.

Ce mythe va de pair avec les allégations d’antisémitisme généralisé en Ukraine. En 2014, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que des “forces antisémites” se “déchaînaient” dans certaines régions de l’Ukraine, une déclaration contredite par des membres de la communauté juive d’Ukraine. Dans une lettre ouverte à Poutine, des représentants d’associations juives et des rabbins ont déclaré que ses propos sur l’augmentation de l’antisémitisme ne reflétaient pas “la réalité”. Par ailleurs, selon un rapport publié en 2018 par le Groupe de surveillance des droits des minorités nationales, une association qui surveille l’antisémitisme et la xénophobie en Ukraine, le nombre d’incidents antisémites a en réalité baissé en Ukraine ces dernières années.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui est juif, s’est adressé aux Russes dans un discours du 24 février 2022, disant que ces allégations ne reflétaient en rien la “véritable” Ukraine. “On vous dit que nous sommes des nazis. Mais des personnes qui ont perdu plus de 8 millions de vies dans la bataille contre le nazisme pourraient-elles soutenir le nazisme?”

MYTHE :  L’Occident a organisé un coup d’Etat pour destituer le gouvernement ukrainien pro-russe en 2014.

LES FAITS : Il n’existe aucune preuve que la révolution de Maïdan de 2014 en Ukraine, qui a mené au départ du président de l’époque, Viktor Ianoukovitch, était un coup d’Etat orchestré par des pays occidentaux.

Les Etats-Unis ont en effet soutenu la révolution de Maïdan. En décembre 2013, le sénateur américain John McCain s’est rendu à Kyiv, où il a déclaré aux manifestants : “Nous sommes ici pour soutenir votre juste cause, le droit souverain de l’Ukraine à déterminer son propre destin de manière libre et indépendante”. Entre 1992 et 2013, le gouvernement américain a donné environ 5 milliards de dollars à des programmes de soutien à la démocratie en Ukraine. L’aide américaine à l’Ukraine en 2013 – année pendant laquelle les manifestations ont commencé – a été soutenir de nombreuses activités, notamment des efforts de non-prolifération des armes nucléaires, un programme visant à réduire les grossesses non désirées en encourageant l’utilisation de contraceptifs, et une initiative pour améliorer les tests standardisés. Toutefois, il n’existe aucune preuve que l’Occident ait orchestré la révolution.

En effet, elle avait tous les traits d’une révolte populaire, et non d’un coup d’Etat.

En novembre 2013, des milliers d’Ukrainiens se sont rendus sur la Place de l’Indépendance de Kyiv (“Maidan Nezalezhnosti”) pour manifester contre la décision de Viktor Ianoukovitch, alors président du pays, de suspendre le travail préparatoire à la signature d’un accord de libre échange et d’association avec l’Union Européenne (UE), prévu pour la semaine suivante. Dans les mois qui ont suivi, les manifestations, souvent désignées sous le terme de “mouvement Euromaïdan”, du nom du square où elles ont eu lieu, ont grossi. Des négociations entre le gouvernement ukrainien et l’opposition pro-UE, avec la médiation des ministères des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, ont mené à un accord signé le 21 février 2014, donnant davantage de pouvoir au parlement ukrainien, et prévoyant une élection présidentielle d’ici la fin de l’année.

Toutefois, des manifestants en colère ont exigé la démission immédiate de Viktor Ianoukovitch, et des centaines de policiers surveillant les bâtiments gouvernementaux ont abandonné leurs positions. Viktor Ianoukovitch a fui le jour de la signature de l’accord, et des manifestants ont pris le contrôle de plusieurs bâtiments gouvernementaux le jour suivant. Le parlement ukrainien a par la suite voté 328 à 0 la destitution de Viktor Ianoukovitch, et décidé qu’il y aurait une élection présidentielle anticipée en mai, comme l’a rapporté la BBC. Ces événements – qui sont souvent désignés comme la “révolution de Maïdan” – ont été largement couverts par les médias internationaux avec des correspondants en Ukraine, dont la BBCl’Associated Press, et le New York Times.

MYTHE : Les habitants russophones du Donbass sont victimes d’un génocide.

LES FAITS : La Cour pénale internationale, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe ont tous dit qu’il n’existait aucune preuve d’un génocide dans le Donbass, région de l’est de l’Ukraine en partie occupée par des séparatistes soutenus par la Russie depuis 2014. La mission américaine auprès de l’OSCE a qualifié l’allégation de génocide de “mensonge répréhensible” dans un billet publié le 16 février 2022 sur son compte Twitter officiel. Ce message ajoutait : la mission “a un accès complet aux zones de l’Ukraine contrôlées par le gouvernement, et n’A JAMAIS fait état de quoi que ce soit ressemblant de près ou de loin aux allégations de la Russie”. 

Un rapport publié en 2021 par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme accusait les autorités des Républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk de plusieurs abus, notamment via des atteintes graves à la liberté de mouvement, en ayant forcé des personnes à adopter la nationalité russe, et via des arrestations arbitraires. Au même moment, l’ONU a rapporté trois cas de détention arbitraire et de mauvais traitements infligés par les services de renseignement de l’Ukraine, et 13 cas similaires dans les républiques auto-proclamées, dont l’ONU disait qu’ils étaient “en général” le fait d’agents du “Ministère de la Sécurité de l’État”, connu sous le nom de MGB.

Un rapport de la Cour pénale internationale de 2016 a estimé que les actes de violence supposément commis par les autorités ukrainiennes en 2013 et 2014 pouvaient constituer “une attaque contre des populations civiles”. “L’information disponible ne fournit pas de base raisonnable pour penser que l’attaque était systématique ou généralisée”, a-t-il toutefois ajouté.

Correction : Une version précédente de ce Centre de suivi faisait référence à Mimikama comme un groupe de vérification des faits allemand. En réalité, Mimikama est autrichien. NewsGuard regrette cette erreur.